Des Halles au Louvre, en passant par le Moulin Rouge, Ecoline peint Paris !

Après un premier tome paru en juin 2021 (voir Chien artiste, mais pas chienne de garde), Ecoline trouve sa voie dans le Paris des impressionnistes…), le duo formé par la dessinatrice Ana Martinez et le scénariste Stephen Desberg livre aujourd’hui un attendu second tome de leur série anthropomorphique : « Ecoline ». Pentimento.

D’emblée, la joliesse des couleurs numériques signées de l’autrice des dessins séduit le lecteur qui feuillette ce second tome. Une riche alternance de fortes atmosphères recherchées et déclinées dans des gammes de gris colorés, intelligemment assourdies, habille l’album. Porté par un trait de contour léger, le sympathique dessin d’Ana Teresa Martínez Alanis est avant tout vivant en diable, tout comme sa mise en scène. Il s’évanouit même parfois dans la couleur. Par endroit, cette colorisation numérique peut prendre l’aspect d’envolées picturales, se morcelant en touches : leur juxtaposition rappelle d’ailleurs certains peintres de l’école pointilliste ou de la première École de Paris. Judicieux clin d’œil, puisque la peinture demeure l’un des substrats dans lesquels baigne ce récit concocté par Stephen Desbergscénariste d’une autre charmante série animalière : « Billy the Cat ». Mais ne nous fions pas à la délicatesse chromatique, les coloris habillent un univers éloigné de tout manichéisme : une fable sensible à hauteur d’animal, parfois cruelle, toujours implacable, où l’humain considère toute faune comme sa marchandise. Qui est Ecoline, l’héroïne anthropomorphique, canine d’aspect, si humaine d’esprit ? Cette petite chienne s’avère être l’archétype du jeune artiste provincial quittant son écosystème rural — et particulièrement son ami Muddy, le cochon rêveur — pour monter à la Ville-Lumière, toute en clair-obscur.Tentant sa chance dans le Paris de la Belle Époque, Ecoline y croise bientôt une carriole emportant Muddy et d’autres naïfs compagnons de sa ferme vers un destin incertain. Appuyée par un cercle d’amis allant de son agent Raoul, le pigeon, à Musette, la féline, danseuse au Moulin Rouge, elle parvient à forger son style ; si bien que le marchand d’art Lacazette — l’un des rares humains de l’album — organise la première exposition d’Ecoline :synonyme de reconnaissance publique. Maintenant, la peintre canine se lie d’amitié avec un vieux cabot pianiste de jazz, car une sensibilité artistique commune les rapproche. Alors que d’autres animaux peignent désormais à la suite de son succès, galvaudant son talent, elle entend impressionner son nouvel ami en acceptant l’offre du félin avocat Félix de la Miaule : peindre une série de toiles représentant les mets des Halles de Paris. Or, l’avocat est sous le charme de Jennifertiti, la chatte égyptienne du Louvre, qui vocifère contre ses trois stupides sbires : des bouledogues incompétents à ses yeux… Aux Halles — qu’elle atteint discrètement par les égouts —, Ecoline retrouve son ami cochon enfermé dans une cage, alors que d’autres congénères pendent à des crochets de boucherie… Livrant ses dessins à Félix, elle comprend qu’ils servent de menu visuel pour Jennifertiti : irritable danseuse de cabaret qui décide aussi de manger son ami Raoul… Ecoline réussira-t-elle à sauver ses amis de la voracité de cette ignoble antagoniste et du mercantilisme des bipèdes ? Quels surprenants complices l’aideront-ils ? L’art d’Ecoline muera-t-il avec toutes les fortes émotions qui l’animent aujourd’hui ? Vous le saurez en dévorant ce délicieux opus tout en rebondissements, courant des Halles au Louvre en passant par le Moulin Rouge. Bref, ne boudons pas notre plaisir. Miam, un autre plat, chefs !

Jean-François MINIAC 

«Ecoline T2 : Peintre de Paris » par Ana Martínez et Stephen Desberg

Éditions Grand Angle (16, 90 €) — EAN : 978-2-8189-9092-6

Parution 11 janvier 2023

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