Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Adèle Blanc-Sec » : Tardi feuilletoniste !
15 ans après la publication du neuvième épisode des « Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec »,Jacques Tardi propose le dixième et dernier épisode des pérégrinations de son héroïne apparue en 1976. Après avoir abordé dans ses ouvrages précédents des sujets plus sérieux et lui tenant à cœur, il renoue avec un genre qualifié de mineur — mais oh combien difficile — où il excelle : le feuilleton.
En ce début des années 1920, Paris vit des heures aussi folles que dramatiques. Les momies du monde entier se réunissent à la Comédie française pour un congrès, avec pour point d’orgue une conférence proposée par le professeur Boutardieu : lequel leur a promis des révélations époustouflantes. L’élixir Pisco concocté par le bon docteur Chou transmet un virus qui transforme la population parisienne en bovins. Beau-frère d’Adèle, Honoré Fiasco, vêtu de noir avec un F sur son collant, vole au musée Grévin l’antidote que convoite sa femme Mireille.
La sœur d’Adèle rêve de sauver la population, tout en devenant une riche héroïne. Gaston, qui dit avoir été aviateur pendant la Grande Guerre et avoir vaincu le fameux Baron rouge, est désespéré depuis qu’il a assisté à l’enlèvement d’un bébé aux Buttes Chaumont, emporté par un poulpe géant aux tentacules rouges. Chez Raoul, où on picole sec, les clients (dont des tentacules sortent de leurs oreilles…) assistent à l’arrivée fracassante de Stigmate : flic adjoint du commissaire Laumanne. Ce dernier erre dans Paris sous l’aspect d’un Minotaure destructeur.
Au milieu de ce capharnaüm, Adèle,traquée par six clones explosifs et dotée d’un mal de dents tenace et de tentacules lui sortant des oreilles, se rend chez le dentiste Francis. Elle est accompagnée par sa momie favorite et par l’étrange mademoiselle Copihue Milagros, venue de San Pedro de Aracama… Bien d’autres personnages, tout aussi insolites, croisés au fil des neuf albums précédents,interviennent tout au long de ce récit délirant au scénario ciselé, dont le bouquet final a pour cadre le Jardin des Plantes : là où tout a commencé.
En bon feuilletoniste, Jacques Tardi pratique à merveille l’art de rebondir, sortant ses personnages des pires situations par une pirouette. Il reprend avec aisance le fil de l’aventure abandonnée 15 ans plus tôt, alors qu’il avait réalisé, puis abandonné, ses premières pages, habité par le désir de faire autre chose. 
Adèle revient enfin pour une ultime histoire de 62 pages. Son géniteur ayant dès le début annoncé ne pas souhaiter dépasser les dix épisodes. « Son histoire est construite sans structure rigide préalable. Parfois, quelque chose ne fonctionne pas bien et crée une structure supplémentaire. Un élément du décor peut conduire le récit dans une direction inattendue. Des idées me viennent souvent de mes repérages… Dans les épisodes précédents, je pouvais repousser la solution de l’énigme à l’album suivant. Là, je disposais de 14 ans pour les résoudre toutes », confie-t-il à Marius Jouanny dans la revue Casemate.
Osons dire qu’il s’en tire fort bien et qu’il serait injuste de considérer « Adèle Blanc-Sec » comme une série mineure au sein d’une œuvre ambitieuse où figurent aussi quatre superbes enquêtes de « Nestor Burma ». Les 476 pages dédiées aux « Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec », tout comme le feuilleton radio « Le Perroquet des Batignolles », coécrit avec Michel Boujut (version BD avec Stanislas chez Dargaud), témoignent du plaisir que prend Tardi à se frotter au genre difficile du feuilleton. Graphiquement, les pages sont raccord avec les ouvrages précédents, riches en décors qui raviront les amoureux du Paris des années 1900. Le texte, peut-être parfois envahissant, se justifie par les nombreuses explications qu’imposait la conclusion définitive de la série.
Le présent album est également proposé en édition de luxe en noir et blanc au format 28,1 x 37,1 cm. La réédition du premier épisode « Adèle et la bête » bénéficie, elle aussi, d’un tirage de luxe, alors que les albums « Adieu Brindavoine » et « Le Démon des glaces » sont également réédités par Casterman dans leur version standard, au prix de 14,50 €.
Un dossier de presse de 20 pages propose un entretien avec Tardi, tout comme les revues Casemate n° 161 et dBD n° 168.
Enfin, un CD écrit et interprété par Dominique Grange, compagne de Tardi, reprend « Immortelle Adèle : la chanson des momies à l’Académie » inspirée par la vieille chanson populaire « Ne pleure pas Jeannette », sur l’air de « La Romance de Paris ». Il devrait être offert par les auteurs lors des séances de dédicaces.
Henri FILIPPINI
« Adèle Blanc-Sec T10 : Le Bébé des Buttes-Chaumont » par Jacques Tardi
Éditions Casterman (14,50 €) — EAN : 978-2-2030-1313-1
« Adèle Blanc-Sec T10 : édition luxe » par Jacques Tardi
Éditions Casterman (35 €) — EAN : 978-2-2030-6367-9
Parution 12 octobre 2022

Le dossier de presse réservé aux journalistes et aux libraires, avec un entretien de Tardi avec Jean-Laurent Truc.

















