« Mattéo » : 15 ans après, la boucle se referme…

Après 387 pages sublimissimes, Jean-Pierre Gibrat abandonne Mattéo au vent hasardeux de la grande Histoire. Il lui aura fallu 15 années pour en parcourir les soubresauts avec originalité, en mettant en scène un héros humain et attachant, du 31 juillet 1914 au 4 juin 1940. Une des plus belles épopées de l’histoire de la bande dessinée prend fin avec ce sixième album qui, sans nul doute, s’annonce comme l’une des grandes nouveautés de cette fin d’année pourtant riche en découvertes.

29 août 1939 : de retour d’Espagne où le général Franco commence une dictature sanglante reconnue par la République française, Mattéo parvient à s’évader, alors que des gendarmes le conduisent à la prison de Perpignan. Il gagne Collioure où il retrouve son ami d’enfance le sommelier Paulin, sa mère mourante, et Juliette : la mère de Louis, son fils. Il entretient une correspondance avec Amélie, la belle infirmière dont il a sans cesse croisé la route depuis leur rencontre en 1914… Elle demeure son grand amour après la tragédie espagnole et vit en Angleterre. Lieutenant de l’armée française en déroute, Louis est prisonnier des Allemands dans un monastère près de Sedan. Mattéo, toujours traqué par les gendarmes, décide de partir libérer ce fils qui ignore qu’il est son père. Après une longue errance sur les routes de France où se pressent les réfugiés, Louis, Mattéo et Amélie se retrouvent à Dunkerque, après la débâcle de l’armée française : ultime escale sur le sol français, en ce 3 juin 1940 qui laisse présager un avenir incertain pour le trio.

De son midi de la France natal en juillet 1914 aux brumeuses côtes anglaises en juin 1940, Mattéo aura vécu deux guerres mondiales, connu la révolution russe et la guerre d’Espagne. Personnage romanesque épris de justice dont l’avenir n’appartient plus à Jean-Pierre Gibrat, mais à lui seul. Pour Mattéo, la boucle est bouclée.

Au fil des 50 années d’une carrière exemplaire, Jean-Pierre Gibrat a peaufiné un univers graphique personnel qui séduit les lecteurs les plus exigeants. Les gros plans aux cadrages audacieux et les visages expressifs de ses personnages rivalisent avec la joliesse de ses plans éloignés aux couleurs lumineuses réalisées avec des encres acryliques. Cette beauté place ses originaux au sommet des cotes dans les galeries pour lesquelles il réalise aussi des dessins inédits.

Né le 7 avril 1954 à Paris, Jean-Pierre Gibrat suit des cours de dessin publicitaire, puis d’art plastique, avant de se diriger vers la bande dessinée. Ses premières planches sont publiées par Pilote, puis dans Charlie Mensuel, Fluide glacial… Il crée « Goudard » et « La Parisienne » avec Jackie Berroyer. Parmi des tentatives sans suite, notons « Pinnochia » avec Francis Leroi, avant la publication du « Sursis », puis de « Le Vol du corbeau » où il assure scénario et dessin pour la collection Aire libre chez Dupuis. C’est en 2008 qu’il démarre « Mattéo » pour Futuropolis. Il fête cette année ses 50 ans de dessin !

Henri FILIPPINI

« Mattéo T6 : Sixième Époque (2 septembre 1939-3 juin 1940) » par Jean-Pierre Gibrat

Éditions Futuropolis (17 €) — EAN : 978 2 7548 2473 6

Parution : 2 novembre 2022

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