Décès de Jean Teulé : « Ci-gît un mec vraiment sympa »…

Aujourd’hui adulé pour son œuvre romanesque, Jean Teulé était un touche-à-tout génial qui a vécu une autre vie à la fin des années 1970 : auteur de bandes dessinées. Enfant de la « nouvelle BD », comme on l’appelait à l’époque, il en a proposé une forme originale : inventant la BD reportage avant l’heure. Toujours avec bienveillance et gentillesse. Il nous a quittés ce mardi 18 octobre 2022, à 69 ans, victime d’un arrêt cardiaque respiratoire à la suite d’une intoxication alimentaire.

Jean Teulé.

Jean Teulé est né le 26 février 1953 à Saint-Lô (en Normandie), dans une famille communiste.

Élève moyen, il évite le lycée professionnel grâce à un professeur qui l’oriente vers le dessin.

Il suit les cours de l’école d’art de la rue Madame, à Paris, tout en livrant ses premiers dessins dans Avant-garde, La Vie ouvrière, Mademoiselle Âge tendre, Union

Il publie ses premières histoires en BD à partir de 1978, dans L’Écho des savanes où il propose des chroniques urbaines teintées de poésie (certaines sur scénarios de Jean Rouzaud) : premiers pas timides d’une certaine forme de reportages en BD.

« Virus »

Ces récits – dont un est prépublié dans Charlie Mensuel en 1981 – seront réunis dans les albums « Virus » et « Banlieue Sud » aux éditions du Fromage en 1980 et 1981, puis dans « Morsures » en 1982 chez Albin Michel.

« Morsures ».

En 1982, il entreprend l’adaptation de « Bloody Mary » : le roman de Jean Vautrin dont les premières pages sont publiées dans le n° 84 et dernier de la première version de L’Écho des savanes.

Le mensuel disparu, l’ouvrage est édité en 1983 par Glénat, puis réédité en 2018 par Flblb.

« Bloody Mary » devient même le chouchou des médias et de la presse spécialisée, notamment de l’association des journalistes et critiques de bande dessinée (ACBD) !

Ses membres lui décernent un premier trophée et donnent son nom au prix qu’ils attribuent chaque année à un album de BD, à partir de 1984, et qui deviendra le Grand Prix de la critique.

« Bloody Mary ».

En 1983, il démarre une collaboration régulière avec le mensuel Circus.

Il y livre la matière de l’album « Filles de nuit », puis « Sita Java » (illustrations de textes de Jean-Marie Gourio.

On lui doit aussi des récits indépendants pour les numéros hors-séries de Circus : ils sont réunis par Glénat dans l’album « Copy-rêves », en 1984.

Il travaille également pour (À suivre) à partir de 1986, après un passage à l’éphémère Zéro dont le rédacteur en chef est Gébé.

Dans ces journaux, il peaufine son expérience des BD reportages : particulièrement avec « Gens de France » et « Gens d’ailleurs » publiées dans (À suivre).

Deux albums sont édités par Casterman en 1988 et 1990, réédités en un volume par Ego comme X en 2005, puis par les éditions Fakir en 2021.

Mêlant photos, photocopies, dessins (car Jean dessinait, ne se contentant pas de monter des photographies !) et couleurs, il expérimente une forme de bande dessinée originale aux scénarios à la fois durs et poétiques, qui n’appartiennent qu’à lui.

Après un recueil d’illustrations chez Comixland en 1988 (« Zazou ! ») et avoir obtenu au salon d’Angoulême de 1989 une mention spéciale pour sa contribution exceptionnelle au renouvellement de la BD, il s’en éloigne à la fin des années 1980.

« Gens d’ailleurs » dans (À suivre).

Il devient chroniqueur auprès de Bernard Rapp de « L’Assiette anglaise », puis de « Tranches de cake » sur la deuxième chaîne, avant de participer à « Nulle part ailleurs » sur Canal +. Il travaille sur la réalisation de films destinés à Canal + et France 3. En 1990, il écrit son premier roman (« Rainbow pour Rimbaud » édité par Julliard) en 1991. Le succès de ces ouvrages lui ouvre les portes d’une brillante carrière d’écrivain où il multiplie les best-sellers : « L’Œil de Pâques » en 1992, « Ballade pour un père oublié » en 1995, « Darling » en 1998, « Bord cadre » en 1999, « Longues Peines » en 2001, « Les Lois de la gravité » en 2003, « Ô Verlaine » en 2004, « Je, François Villon » en 2006, « Le Magasin des suicides » en 2007, « Le Montespan » en 2008, « Mangez-le si vous voulez » en 2009, « Fleur de tonnerre » en 2013, « Entrez dans la danse » en 2018, « Crénom Baudelaire » en 2020, « Azincourt par temps de pluie » en février 2022. Il était le compagnon de l’actrice Miou-Miou depuis de nombreuses années.

Ces incursions dans la bande dessinée deviennent alors assez rares : « Les Phrases assassines » avec Véronique Ozanne illustré par Florence Cestac en 2001 chez Verticales et « Je voudrais me suicider, mais j’ai pas le temps » en hommage à Charlie Schlingo, toujours avec Florence Cestac, chez Dargaud en 2009.

« Banlieue Sud ».

À partir de 2010, les éditions Delcourt entreprennent l’adaptation de ses romans : « Le Montespan » avec Philippe Bertrand en 2010, « Je, François Villon » trilogie dessinée par Luigi Cretone de 2011 à 2016, « Le Magasin des suicides » par Domitille Collardey en 2012, « Charly 9 » en 2013 et « Entrez dans la danse » en 2019 par Richard Guérineau ou « Mangez-le si vous voulez » par Dominique Gelli en 2020.

Sans oublier « Fleur de tonnerre » par Jürg et Jean-Luc Cornette chez Futuropolis, également en 2020.

Rédacteur en chef de Circus, j’ai eu le grand privilège de travailler avec Jean Teulé.

Ses visites à la rédaction du journal étaient un véritable bonheur.

Son éternel sourire bienveillant aux lèvres, il avait toujours une anecdote insolite à nous raconter, transformant le pire cauchemar en un éclat de rive : un grand bonhomme !

BDzoom.com, dont la plupart des rédacteurs le connaissaient bien aussi, partage la peine de ses proches.

Henri FILIPPINI

Relecture, corrections, rajouts, compléments d’information et mise en pages : Gilles RATIER   

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2 réponses à Décès de Jean Teulé : « Ci-gît un mec vraiment sympa »…

  1. Marcel dit :

    Je ne crois pas que Bord cadre soit son premier roman, vu qu’il est sorti en 1999 et non en 1990. C’est plutôt Rainbow pour Rimbaud.

    • Gilles Ratier dit :

      Exact, c’est « Rainbow pour Rimbaud » qui est son premier roman : on a dû s’emmêler nos pinceaux…
      C’est corrigé !
      Merci pour votre lecture attentive…
      La rédaction