« Le Serpent et le coyote » : il était une fois un affranchi…

1970, quelque part en Arizona, un camping-car roule tranquillement dans la solitude du désert. Cependant, Joe, son conducteur, avec son passif de truand remontant aux années 1930, n’est pas comme tout le monde : des tueurs à ses trousses sont bien décidés à l’empêcher de témoigner à New York contre leurs chefs mafieux… Ira-t-il, finalement ? Il ne le sait pas encore lui-même ! En attendant, bien des obstacles vont se dresser sur sa route.Ce road-movie au long cours, conjuguant tant l’aventure que la psychologie, la romance ou l’histoire, prend le temps de se développer dans l’espace (grandes cases ou absence de dialogue) et dans le temps (130 planches et une dizaine de chapitres). Très attendu en cette rentrée, ce titre a bien sa place dans la prestigieuse collection Signé des éditions du Lombard.

Après le calme du désert et les grands espaces majestueux rappelant les plus grands westerns, notre voyageur solitaire va croiser… un chien. C’est une vraie et belle rencontre, puisqu’ils ne vont pas se quitter. Joe est le seul témoin encore vivant susceptible de témoigner dans un procès crucial pour la police et la justice américaine. De ce fait, il doit être protégé par le FBI, dans le cadre de la récente loi sur les témoins et les repentis. Mais Joe n’est pas de cet avis,préférant agir seul et aimant foncièrement être libre. Il a tout le temps, pendant ce (long) trajet empli d’évènements imprévus, pour se décider. 

Certains se mettront en travers de sa route et — fin renard — il saura les neutraliser, y compris de façon violente. Quelques chapitres éclairent sa jeunesse de truand dans les années 1930-1940, de la Prohibition à l’après-guerre, pour arriver jusqu’aux années 1960 et à son idylle avec Georgia : une femme noire énergique à l’esprit très aiguisé. Joe, qui aégalement perdu de vue sa fille maintenant adulte, la recroisera lors d’un épisode dramatique. 

Par son graphisme réaliste, clair et élégant et par sa narration digne d’un récit en temps réel, cette aventure à la première personne touche par sa justesse.

C’est d’abord le portrait, avec ses silences et ses non-dits, d’un être rendu complexe de par ses défauts, dans un cadrepresque intimiste, malgré les grands espaces et les temps forts. Toutes les scènes, y compris celles dont Joe est absent, convergent pour faire une composition éclatée de sa personnalité ou de son parcours chaotique. 

Dans cette longue course-poursuite, les cases méditatives alternent avec celles où explosent l’action et les soudaines flambées de violence, dans un tempo maîtrisé. On l’a compris, le plaisir est grand à la lecture de ce western moderne, qui contient des clins d’œil au cinéma (en premier lieu « Il était une fois en Amérique », « Les Affranchis ») et une apparition très brève d’un grand acteur français récemment disparu… Déjà responsable de la belle série « Tango » (voir« Tango T2 : Sable rouge » par Philippe Xavier et Matz) également aux côtés de Matz, scénariste reconnu, Philippe Xavier confirme son talent, déjà découvert notamment dans « XIII Mystery T13 : L’Enquête, deuxième partie » (voir « XIII T13 : L’Enquête, deuxième partie » par Philippe Xavier, William Vance et Jean Van Hamme) et surtout dans « Hyver 1709 » (voir « Hyver 1709 T1 : Livre 1 » par Philippe Xavier et Nathalie Sergeef). Ce nouvel opus confirme sa place dans le peloton de tête des réalistes très solides d’aujourd’hui, après les chevronnés Boucq, Rossi, dans la lignée des Rouge (père et fils), Meyer, Cuzor, Berlion, et d’autres… Una bella famiglia !

Pour les collectionneurs, notons qu’une version en noir et blanc est déjà parue depuis le 26 août (voir la couverture ci-contre).

Patrick BOUSTER

« Le Serpent et le coyote » par Philippe Xavier et Matz

Éditions du Lombard (23,50 €) — EAN : 978-2-808205375

Parution 9 septembre 2022

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