Roumanie d’hier… Russie d’aujourd’hui ?

Au premier abord, on ne discerne pas le profil qui se découpe sur la couverture de « L’Ours de Ceausescu » : c’est une tête d’ours, tout simplement. Sous son terrible « règne », en Roumanie, Ceausescu était en effet le seul à avoir le droit de tuer ces bêtes. Le dirigeant communiste, qui se surnommait entre autres titres flatteurs le Conducator (le « guide »), n’était pas à un privilège près. Avec son épouse, ils représentent sans conteste l’un des degrés ultimes et abominables du culte de la personnalité…

Il y a quelques mois, nous vous invitions à un petit voyage en Roumanie avec la lecture de « Goodbye Ceausescu » signé Bouqé et Dutter : « un road-trip documentaire dans la Roumanie post-communiste », un reportage avec interviews, commentaires, rappels historiques…

L’album (voir chronique ici-même) commençait fort logiquement au moment où le tyran Nicolae Ceausescu allait disparaitre du paysage politique de ce pays qu’il gouvernait d’une main de fer depuis 1965, s’appuyant sur une Securitate sans état d’âme. En ce mois de décembre 1989, beaucoup de téléspectateurs seront marqués par les bulletins télévisés évoquant l’exécution du couple après un procès pour le moins expéditif…

Chez le même éditeur, c’est sur cet épisode qui a marqué les esprits que revient Aurélien Ducoudray par un biais très original. Le scénariste réunit en effet sous nos yeux différents individus, sans lien apparent, des gens plutôt ordinaires, pour évoquer la fin de cette dictature sans nom.

À l’heure où Poutine fait oublier par son inhumanité et sa folie celles d’autres dictateurs, rappeler combien le couple Ceausescu a fait vivre des heures terribles à ce pays si proche de nous n’est pas inutile.

On est en 1989 et sept personnages vivent donc sous nos yeux des situations manifestement sans rapport : une petite fille, Irina, humilie sa maitresse le jour où la femme du Président visite son école ; un jeune échoue au recrutement pour la Securitate pour une histoire de vocabulaire grossier ; un vieil écrivain vient faire valider son  permis de possession de machine à écrire ; une femme de ménage est fascinée par la célèbre collection de chaussures de la femme du dictateur…

Ducoudray a-t-il inventé ces personnages ? C’est probable, mais les faits ou les situations auxquels il les expose, surréalistes pour certains, sont manifestement tirés de l’univers ubuesque et écœurant à la fois des Ceausescu, un univers auquel Gaël Henry, de son trait caricatural, donne une épaisseur très particulière et qui convient bien.

Ce n’est pas le premier dictateur qui intéresse Ducoudray. Avec « L’Anniversaire de KimJong-il », chez Delcourt, en 2016, il évoquait déjà les conditions de vie misérables des 24 millions d’habitants du pays le plus fermé au monde, la Corée du Nord, avec les privations de nourriture, les privations de liberté et les certitudes de Jun Sang découvrant toute l’horreur du régime et la cruauté de son leader.

Par ailleurs, avec « Amère Russie » (Tchétchénie), « Camp Poutine » (les camps d’entrainement de jeunes pour devenir de patriotes prêts à défendre la Russie), « Les Chiens de Pripyat » (l’aprés Tchernobyl)  et surtout « Maidan Love » (Kiev, 2014), Ducoudray est plus que jamais dans l’actualité !

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« L’Ours de Ceausescu » par Gaël Henry et Aurélien Ducoudray

Éditions Steinkis (20 €) – EAN :  9782368464670

Parution 21 avril 2022

« Goodbye Ceaucescu » par Bouqé et Romain Dutter

Éditions Steinkis (20 €) – EAN : 9782368463246

http://bdzoom.com/171384/actualites/bonjour-la-roumanie%e2%80%a6/

 

 

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Une réponse à Roumanie d’hier… Russie d’aujourd’hui ?

  1. L’armee americaine a annonce le repositionnement vers la Roumanie d’un escadron d’avions de chasse F-16 habituellement bases en Allemagne, « pour renforcer la securite regionale » en pleine tension avec la Russie sur l’Ukraine.