Plus dangereuse que la COVID-19, la pandémie U4 se répand dans une série addictive…

Adaptés de romans parus en 2015, les quatre albums de la série concept « U4 » peuvent se lire indépendamment les uns des autres. Une belle immersion dans un futur proche qui pourrait ressembler au notre : un monde meurtri par une pandémie soudaine dans lequel des adolescents survivent en faisant preuve d’humanité et d’empathie. Une lecture qui peut s’avérer addictive jusqu’à la parution de l’épilogue en mai prochain.

Toute ressemblance avec une actualité récente n’est pas fortuite dans le scénario de la série « U4 » : une belle prescience pour les auteurs qui ont écrit ces récits croisés, il y a plus de sept ans. Les romans de Carole Trébor, Vincent Villeminot, Florence Hinckel et Yves Grevet présentent une Terre frappée par une terrible épidémie, avec un taux de contagion de 98 % et une létalité de 90 %. La population épargnée se compose majoritairement d’adolescents.

Chaque écrivain a décrit le parcours d’un jeune adulte sur quelques semaines, entre la mort de leurs proches et peu avant un mystérieux rendez-vous que leur a fixé le maitre du jeu en ligne « Warriors of Time » :

« Ceci est sans doute mon dernier message. Les connexions s’éteignent peu à peu dans le monde entier. Gardez espoir. Nous sommes toujours les Guerriers du temps. Je connais le moyen de remonter le temps. Je l’ai toujours connu. Mais seul, je ne peux rien faire. Rejoignez-moi. Ensemble, nous pourrons éviter la catastrophe en réécrivant le passé. Croyez en moi, croyez en vous, et nous gagnerons contre notre ennemi le plus puissant : le virus. Rendez-vous le 24 décembre à minuit sous la plus vieille horloge de Paris. »

Denis Lapière et Pierre-Paul Renders ont adapté les romans en bande dessinée. Ainsi, dans chaque tome, nous suivons le parcours d’un lycéen, livré à lui-même dans une France qui a vu disparaitre l’essentiel de sa population. En fin d’album, les personnages se croisent, car ils ont un dernier espoir qui tient à ce message ambigu reçu juste avant la catastrophe. Bien peu y croient, mais même si c’est un espoir illusoire, c’est une chance infime de revenir, pourquoi pas, au monde d’avant.

« U4 : Stéphane » page 7.

Koridwen est, comme son prénom l’indique, une Bretonne : dernière survivante d’un petit hameau près de Morlaix. Elle accuse le coup de la perte de ses proches ; s’occuper des animaux de la ferme l’empêche de trop penser au suicide. Joueuse experte de « Warriors of Time », elle se décide à partir à Paris pour être à l’heure à ce mystérieux rendez-vous de la veille de Noël.

Elle emprunte pour cela le tracteur familial : seul engin qu’elle sait conduire. Sur la route, elle embarque Max, son petit cousin, handicapé mental. Dans la capitale, ils doivent se protéger de bandes de jeunes violents, tout en se cachant de l’armée qui organise des regroupements impératifs de survivants dans des lieux qu’elle contrôle.

Koridwen se découvre l’héritière de savoirs celtiques de sa grand-mère. Elle psalmodie régulièrement la comptine «Ar Rannoù » : un étrange dialogue entre un druide et son élève. Cela l’aide à affronter un quotidien anxiogène.

« U4 : Yannis» page 6.

À Paris, Koridwen croise Jules : un habitant de la capitale abasourdi par ce qu’il voit de la fenêtre de son appartement. Les rues sont jonchées de cadavres, ses parents sans doute morts et il ne peut compter sur son grand frère toxicomane. En rejoignant un R-Point, point de regroupement surveillé par ce qu’il reste de l’armée, il découvre, dans un appartement voisin, une petite fille seule et apeurée. Il décide de protéger Alicia en attendant ce fameux rendez-vous avec Kronos.

« U4 : Yannis » page 8.

D’autres joueurs experts de « Warriors of Time » s’approchent du lieu où se sont réfugiés Koridwen et Jules, comme Stéphane et Yannis.

Stéphane est une jeune fille qui n’aime pas son prénom mixte. Fille d’un spécialiste des virus, elle réussit à quitter Lyon pour rejoindre le laboratoire de son père à Paris.

Elle a appris à se défendre avec Yannis, un Marseillais hanté par les fantômes de sa famille.

En scooter, puis en voiture, le jeune garçon des quartiers nord de la cité phocéenne n’a plus qu’un but : savoir si Kronos, le maitre anonyme de son jeu en ligne favori, à une solution pour sortir de la crise sanitaire sans précédent ou si son dernier message n’était qu’un leurre.

« U4 : Koridwen» page 6.

Série concept intrigante et vraiment addictive, « U4 » plonge le lecteur dans une France touchée de plein de fouet par une pandémie plus mortelle que la peste noire et beaucoup plus dangereuse que la COVID-19.

Les auteurs ont parfaitement réussi à créer l’atmosphère délétère dans laquelle évoluent des personnages sympathiques, profondément humains qui cherchent une raison de (sur)vivre dans un pays soumis à la violence de gangs, devenu un gigantesque cimetière à ciel ouvert.

L’univers cohérent de la tétralogie est mis en images par le Madrilène Adrián Huelva et colorisé par Amparo Crespo. Le graphisme est facilement lisible, d’une grande efficacité, dynamique et sobre à la fois. Le dessinateur a su aller à l’essentiel en devant dessiner les près de 600 pages des quatre albums.

La coloriste a su varier les ambiances suivant les épisodes et les séquences de de chaque volume. Ainsi le lecteur peut aisément reconstituer le puzzle du récit éparpillé sur les quatre volumes.

« U4 : Koridwen» page 8.

Nous ne pouvons que souhaiter un grand succès à cette série palpitante adaptée de quatre romans vendus à plus de 350 000 exemplaires lors de leur première parution aux éditions Nathan/Syros.

Elle est plus particulièrement destinée à un lectorat adolescent qui se reconnaitra dans le parcours sinueux d’héros leur ressemblant soumis à des thématiques propres à cet âge :

- amitiés fortes,

- amours naissantes,

- méfiance du monde des adultes et de l’autorité,

- besoin de s’affirmer avec ses propres forces et valeurs.

Vivement le mois de mai pour l’épisode inédit et conclusif : « Khronos », en espérant que d’ici là nous soyons sortis d’une pandémie, certes moins grave, mais bien gênante dans notre quotidien.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« U4 : Yannis » par Adrián Huelva, Pierre-Paul Renders et Denis Lapière

Éditions Dupuis (14,50 €) – EAN : 979-1-0347-3775-8

« U4 : Stéphane » par Adrián Huelva, Pierre-Paul Renders et Denis Lapière

Éditions Dupuis (14,50 €) – EAN : 979-1-0347-3774-1

« U4 : Jules » par Adrián Huelva, Pierre-Paul Renders et Denis Lapière

Éditions Dupuis (14,50 €) – EAN : 979-1-0347-3635-5

« U4 : Koridwen » par Adrián Huelva, Pierre-Paul Renders et Denis Lapière

Éditions Dupuis (14,50 €) – EAN : 979-1-0347-3773-4

Parution 7 janvier 2022

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