Un fléau, par Flao : ou… que d’eau ! Que d’eau !

On parle beaucoup du réchauffement climatique et tout autant de la montée des eaux qu’il va falloir combattre intensément. Mais il faudra pour beaucoup, faute de mieux, apprendre à vivre avec, un peu à la manière des personnages que Flao met en scène quelque part, dans des marécages un peu glauques et des confins d’un estuaire, dans un futur plus ou moins proche…

Si rien ne l’indique vraiment, on est en France et plutôt dans les pays de la Loire. Sur ces côtes urbanisées, industrialisées, l’eau a dangereusement monté. Beaucoup se sont installés en amont, sur des maisons flottantes ou sur pilotis, à la manière de certains villages d’Asie. Mais, dans ce monde-là, les autorités ne l’entendent pas de cette oreille : elles veulent à tout prix regrouper les habitants dans des centres d’hébergement d’urgence construits à la chaîne. Ce qui ne plait pas à tout le monde…

C’est le cas de la famille de Jeanne et de ses deux fils, Hans et Groza. Jeanne a grandi sur les rives du Danube, donc habiter au bord de l’eau, c’est toute sa vie et pas question qu’elle en déloge. Ses deux fistons sont bien d’accord : autant Hans est vif et rebelle, autant Groza tient du géant mutique. Ils font la paire en matière de solidarité et ce sont eux qui mènent la barque (c’est le cas de le dire !). Pas question pour eux, en tout cas, d’accepter les diktats de l’État alors qu’ils peuvent vivre (survivre ?) en marge.

On n’oubliera pas le chien bleu, narrateur un peu énigmatique de ce récit, qui commente ce que font ses maitres, pas plus qu’on ignorera le narrateur extérieur qui commente joliment les images de ses pensées poétiques et philosophiques ; tout comme on attend impatiemment le second tome pour savoir ce que va devenir Venee la « punkette » intrigante, intransigeante et à fleur de peau, et fille de Hans… Bref, une belle brochette de personnages atypiques et pittoresques.

Une autre particularité de ce récit est le mélange des styles graphiques : Flao se moque de la cohérence visuelle et joue à merveille de sa capacité à créer à certains moments des paysages colorés, affinés et fascinants quant à d’autres moments, pour la narration plus quotidienne, il se lâche et brosse à gros traits ses héros aux trognes si particulières. Cela joue sur le rythme de la lecture, obligeant ici et là le lecteur à se poser au bord de l’eau, pour réfléchir au drame écologique en cours… Depuis « Kililana song », il y a 10 ans, ou plus récemment avec « Essence » ou « Va’a, une saison aux Tuamotu » (voir les chroniques, ici-même sur BDzoom.com), Flao trace sa route, indéniablement originale et voyageuse.

Cela dit, si le trop-plein d’eau vous rebute, faites donc un plein de soleil avec « Rocking chair », un récit situé en pleine conquête de l’Ouest, paru également chez Futuropolis. C’est, là, aux mésaventures d’un rocking chair que nous assistons et aux individus qui le côtoient peu ou prou.  Comme un passage de relai, le fauteuil à bascule relie différentes histoires, différents lieux, différentes époques, tantôt admiré, respecté, tantôt écarté, oublié, le tout au fil d’une conquête de l’Ouest par deux jeunes orphelins qui finiront par se perdre, puis par se retrouver. Aucun personnage emblématique du western ne manque à cette chaîne pittoresque : trappeur, indien, cowboy, prostituée… que le dessin de Kokor saisit à la perfection, prenant ici ou là son temps, jouant ailleurs la carte de l’action. Très bel album également.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

[L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook.

« L’Âge d’eau T1 : La Constellation du chien » par Benjamin Flao

Éditions Futuropolis (22 €) – EAN : 9782754831178

Parution 12 janvier 2022

« Rocking chair » par Alain Kokor et Jean-Philippe Peyraud

Éditions Futuropolis (22 €) – EAN : 9782754829793

Parution 12 janvier 2022

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