« Harlem » : Madame Queen !

Après avoir signé une dizaine d’albums, le Franco-Canadien Mikaël consacre un troisième diptyque à la ville de New York. On ne peut que se réjouir de l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs, dignes de leurs aînés, qui n’ont pas peur d’affronter les exigences du réalisme classique.

New York 1931 : après le fameux jeudi noir qui a anéanti des fortunes, la Grande Dépression touche durement les plus pauvres. Tout particulièrement la population noire habitant Harlem : le quartier nord de Manhattan. Ces pauvres bougres n’hésitent pas à jouer leurs derniers cents dans la loterie clandestine illégale organisée par Stéphanie St. Clair : une Martiniquaise qui a fait fortune dans le jeu et dont elle possède le monopole sur Harlem. Jusqu’au jour où Dutch Schultz (alias Le Hollandais), mafieux de la Yiddish Connection et baron de la bière qui sent venir la fin de la prohibition, décide de s’emparer par tous les moyens du juteux commerce des loteries. Une guerre implacable débute entre Schultz le nabot de la Mafia et celle que l’on surnomme Quinnie (1), Madame Queen ou encore Frenchie Stéphanie St. Clair. Des flash-back judicieusement intercalés au fil du récit reviennent sur le passé mystérieux de la pulpeuse Stéphanie.

Après « Giant » et « Bootblack », Mikaël situe une fois encore la trame de son histoire au cœur du New York de la première moitié du XXe siècle. Fasciné par le personnage de Queenie, Antillaise engagée dans la défense de la population afro-américaine devenue par ses activités criminelles la reine de Harlem, il imagine, à partir de deux biographies qui lui sont consacrées, une histoire aux personnages hauts en couleurs. Ses images aux mises en pages audacieuses, voire spectaculaires, invitent le lecteur à suivre ses héros au cœur d’une ville de New York tentaculaire qui ne dort jamais. Robert Bishop reporter au Herald, Bumpy le garde du corps et amant, Harriet et Tillie les amies de Stéphanie, Jack le coursier de rue… sont quelques-uns des protagonistes d’un scénario dont chaque détail compte. Ce troisième diptyque se savoure avec le même bonheur que les deux premiers.

Auteur autodidacte, Mikaël (dont on ignore le patronyme) est né en France le 9 avril 1974. Il émigre au Canada au début des années 2000, résidant dans la région de Québec. Il débute comme illustrateurs de livres pour enfants, notamment avec la série « Junior l’aviateur » comptant six ouvrages publiés de 2001 à 2009 par l’éditeur breton P’tit Louis. Depuis une dizaine d’années, il travaille comme auteur complet pour la bande dessinée destinée aux adultes : avec la trilogie « Promise » aux éditions Glénat, puis les diptyques « Giant » et « Bootblack » dont les ventes dépassent les 100 000 exemplaires.

Notons que la première édition de « Harlem » présente un cahier graphique de huit pages et que le n° 153 (janvier 2022) du mensuel Casemate consacre, à cet ouvrage, un excellent dossier de 32 pages réalisé par Paul Giner, avec un long entretien en compagnie de Mikaël qui commente son travail.

Henri FILIPPINI 

(1)  Sur le personnage de Queenie, voir aussi l’article de Philippe Tomblaine sur une autre BD qui lui a été récemment consacrée : « Queenie », la marraine du crime oubliée…. 

« Harlem » T1 par Mikaël

Éditions Dargaud (14,50 €) — EAN : 978 2 5051 1080 4

Parution le 21 janvier 2022

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