Faut-il vraiment se comporter comme « Si nous étions adultes… » ?

Après une prépublication chapitre après chapitre sur les différents services de vente de livres numériques, la série « Si nous étions adultes… » est dorénavant publiée sur support papier : ce qui la rend accessible à un plus large lectorat. Avec sa couverture aux couleurs diffuses (comme les sentiments de ses protagonistes), Takako Shimura signe encore une fois une œuvre fine, subtile et réaliste. Découvrons ce que veut dire, devenir adulte, avec les yeux et le cœur d’Ayano et Akari.

La réunion avec les parents d’élèves s’étant terminée plus tôt, Ayano a un peu de temps pour elle. Elle a toujours voulu être professeur d’école primaire. Et on comprend, en quelques pages, que son métier la passionne. Ce soir-là, la jeune femme décide de s’aventurer dans un bar qu’elle ne fréquente pas très souvent. Akari, assise à côté d’elle, entame immédiatement la conversation. De fil en aiguille, l’alcool aidant, le courant passe très bien entre les deux femmes qui n’hésitent pas à s’embrasser en sortant. Akari a sa maison à deux pas du bar, elles finissent donc la soirée chez elle. C’est là qu’elle découvre le travail de sa nouvelle amie : surprise, elle va apprécier de dévoyer une jeune professeur modèle. Mais Ayano cache pourtant une autre vie en parallèle : elle est déjà mariée… Cette découverte, Akari va la faire de la pire manière qui soit : le couple débarquant dans le restaurant où elle officie.


C’est le troisième manga de Takako Shimura paru en France. Il y a 12 ans, « Fleurs bleues » était publié aux éditions Asuka, et c’est seulement en ce début d’année 2021 que la très étrange série « Comme un adieu » a été publiée chez Akata. Cette dernière met en scène deux hommes dont l’un redevient enfant, de manière inexpliquée. Comment passer d’un couple gay tenu secret à un adulte qui vit avec un gamin ? Toutes ces séries sont travaillées en douceur, à l’image des couvertures aquarellées qui reflètent bien la quiétude du contenu. Dans « Si nous étions adultes… », l’autrice traite avec délicatesse et beaucoup de tact la naissance des sentiments entre deux personnes du même sexe. Il est également question du cheminement compliqué, semé de questionnement sur sa vie passée comme future. Les nombreux gros plans font que l’on se sent proche des personnages, que l’on vit avec eux leurs aventures avec simplement l’expression de leur visage. Pas besoin de dialogues superflus pour comprendre ce qui se dit. Bien sûr, il y a les sentiments du mari qui rentre en ligne de compte : mais celui-ci se sent rapidement abandonné et résigné. Il ne fait pas un drame de la situation, car l’épanouissement de sa femme semble primer avant tout.

Manga calme et agréable à lire, « Si nous étions adultes… » n’est pas qu’une histoire d’amour entre femmes. C’est avant tout une histoire de personne : une tranche de vie avec ses complications et ses situations inattendues. C’est un manga dépouillé où les expressions graphiques prennent tous leurs sens. C’est surtout une romance entre personnes déjà adultes. On est loin des amourettes naissantes de l’adolescence que le genre shōjo manga nous a habitués à mettre en scène. Chaque action a forcément des conséquences qu’il faut prendre en compte, et rien ne se fait à la légère : même si, justement, les personnages aimeraient bien que tout soit léger et clair dans leurs sentiments.

La série est toujours en cours avec, pour le moment, cinq tomes déjà publiés. Peu de suspense à attendre, car c’est une aventure qui se construit calmement, au fil des pages. Dès le début, le lecteur comprend que la jeune professeur n’est pas aussi stricte et coincée qu’elle paraît : mais entamer une nouvelle relation, qui plus est lesbienne, n’est pas quelque chose qui se prend à la légère. Une belle aventure avance tranquillement dans ce premier tome et ne demande qu’à se développer dans les volumes suivants, que l’on ne peut qu’attendre avec délectation.

Gwenaël JACQUET

« Si nous étions adultes… » T1 par Takako Shimura
Éditions Akata (6,99 €) – ISBN : 978-2382120088

Parution 10 novembre 2021

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