Des contes russes enchâssés : un enchantement pour petits et grands…

L’année dernière nous découvrions le travail d’Alexander Utkin, le talentueux auteur russe de l’album « Le Roi des oiseaux ». Ce magnifique titre fait honneur au palmarès du Prix jeunesse de l’ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée), prix qui lui a été attribué à l’automne 2020. « La Princesse guerrière » prolonge l’univers singulier du Moscovite qui s’inspire des contes du monde slave pour construire des récits longs où ses couleurs chatoyantes illuminent des fables parfois cruelles.

Vassilissa est une cendrillon russe pleine de ressources. Orpheline de mère, elle subit les remarques désobligeantes de la nouvelle épouse de son père et de sa fille arrogante. La marâtre colérique lui confie des tâches ménagères à n’en plus finir, alors que sa demi-sœur paresseuse se prélasse. Pendant ce temps, son père dépérit à vue d’œil.

Après l’avoir ensorcelé, sa nouvelle épouse n’est-elle pas en train de l’empoisonner ?

En dépit de cette enfance gâchée, Vassilissa devient une jeune fille bonne, douce et humble. Pour l’éloigner et pour que personne ne découvre ses manigances, sa belle-mère l’autorise à aller chercher, au cœur de la forêt, un feu magique qui guérit toutes les maladies. Mais pour sauver son père, elle devra affronter Baba Yaga, la vieille sorcière.

L'oiseau Gamaïoun.

La cabane de Baba Yaga.

Commence alors pour la candide jeune fille un périple à travers la sombre forêt jusqu’à la cabane juchée sur des cuisses de poulet de la redoutable Baba Yaga. En chemin, elle croise trois cavaliers qui chevauchent des créatures fantastiques et le soir venu, elle pénètre dans l’inquiétante demeure d’une vieille femme énigmatique.

Celle-ci lui propose un marché : trois épreuves à surmonter pour posséder le feu éternel mais si elle échoue, c’est la mort assurée, sa tête rejoindra les crânes qui ornent, sur des piquets le jardin de la sorcière.

« La Princesse guerrière » page 9.

À la lecture de « La Princesse guerrière », vous découvrirez comment Vassilissa surmonte tous les défis pour apporter le remède à son père et quel secret sensible lui cache une ambivalente Baba Yaga Vous y ferez la rencontre de John, ou Ivan tsarévitch comme l’appelle Baba Yaga, un fils de roi qui cherche par tous les moyens, lui aussi, à sauver son père malade.

C’est lui qui rencontre une belle princesse guerrière à qui il vole des pommes magiques, lesquelles peuvent sauver le roi son père. Vous découvrirez aussi beaucoup d’autres personnages, bons ou mauvais, fragiles et humains toujours.

C’est Gamaïoun, l’oiseau magique à tête humaine de la mythologie slave qui nous narre ces histoires palpitantes.

Le travail d’Alexander Utkin est remarquable. Il construit un récit au long cours en entremêlant différents contes du folklore russe autour de la figure mythique de Baba Yaga.

Cette vieille sorcière a un comportement équivoque ; elle peut être une adversaire redoutable, mais aussi une donatrice sincère, une meurtrière sans remords et une protectrice qui n’attend rien en retour. L’univers ainsi créé est une d’une grande profondeur, pittoresque, onirique mais aussi parfois inquiétant et d’une grande noirceur.

L’auteur magnifie ces contes par un graphisme exceptionnel, plus que le trait il joue sur des couleurs franches qui parfois embrasent littéralement les planches de cette fable initiatique, tourmentée et complexe comme l’âme russe. Avec « La Princesse guerrière », Alexander Utkin confirme le talent que critiques et lecteurs avaient déjà remarqués avec « Le Roi des oiseaux ». Vivement la suite des contes de Gamaïoun…

Baba Yaga et Vassilissa.

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« La Princesse guerrière : un conte inspiré du folklore russe » par Alexander Utkin

Éditions Gallimard (21,00 €) – EAN : 978-2-07-515948-7

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