« Nautilus » : rencontre improbable entre Rudyard Kipling et Jules Verne…

Il est de plus en plus rare que la lecture d’un album laisse le vieil épistolier qui vous parle autant émerveillé. C’est pourtant ce que vient de réussir ce « Nautilus » qui réunit deux héros mythiques issus de la littérature de la fin du XIXe siècle : Kim le jeune adolescent irlandais élevé dans les rues de Bombay imaginé par Rudyard Kipling et Némo le fascinant capitaine du Nautilus immortalisé par Jules Verne. Particulièrement inspirés, Mathieu Mariolle et Guénaël Grabowski proposent une improbable rencontre entre ces deux personnages incontournables…

1899 : depuis près d’un siècle, l’Angleterre et la Russie s’espionnent secrètement avec pour but le contrôle du Raj (territoire colonial britannique des Indes depuis bientôt 100 ans). Kim, Kimball O’Hara, Irlandais né aux Indes ayant vécu dans les rues de Bombay, a grandi auprès d’un éleveur de chevaux, puis a été adopté par le colonel Creighton. Agent secret des services secrets britanniques, il suit un espion russe à bord du HMS Northampton où se déroule la célébration du couronnement du nouveau vice-roi. Victime d’un attentat, le paquebot coule au fond de la baie, alors que Kim, surpris dans ses entrailles, est accusé d’avoir placé les explosifs. La mort de 12 personnalités russes accroît les tensions entre les deux nations. Afin de prouver son innocence, Kim doit récupérer des documents secrets placés dans un coffre par l’espion russe qu’il suivait. Traqué par l’officier Java, il part à la recherche du capitaine Némo qui, depuis dix ans, croupit dans La Maison des morts : une forteresse russe érigée sur les contreforts d’un lac glacé. Son but : persuader Némo de le conduire au Nautilus, seule solution pour récupérer le coffre prisonnier des fonds marins…Mathieu Mariolle, né en 1978 à Paris, se livre à un exercice de haute voltige, mêlant habilement le riche contexte historique, les personnages romanesques, et son propre récit. Une performance remarquable à laquelle s’ajoutent des séquences spectaculaires, une intrigue aux multiples ramifications, sans oublier les mystères qui entourent le passé riche en secrets de Kim. Tout aussi étonnant est le travail de Guénaël Grabowski, dont c’est le premier album publié. La maîtrise du dessin est digne d’un auteur aux solides connaissances graphiques. Son réalisme classique comblera les amateurs de dessins soignés, de décors détaillés, de séquences impressionnantes. Né en 1987 à La Rochelle, il suit les cours de dessin de l’école Pivaut de Nantes. Il commence sa carrière en réalisant les décors et l’encrage du tome 2 de « Malicorne » de Timothée Montaigne, qui fut son professeur. Hélas, la faillite des éditions 12 bis empêchera l’album de sortir. Mathieu Mariolle, qui fait partie de son jury de fin d’études, lui propose de se lancer dans son projet « Nautilus ». Une riche idée qui lui permet non seulement de rebondir, mais aussi de figurer parmi les meilleurs dessinateurs de sa génération. Il faut une bonne dose de courage et d’inconscience pour se lancer dans un genre qui demande du temps et des sacrifices. Guénaël Grabowski, retenez ce nom, il ira loin !

Un cahier graphique réservé à la première édition est proposé en fin d’ouvrage.

Henri FILIPPINI

« Nautilus T1 : Le Théâtre des ombres » par Guénaël Grabowski et Mathieu Mariolle

Éditions Glénat (14,95 €) — EAN : 978 2 3440 2325 9

Galerie

Les commentaires sont fermés.