« Mademoiselle Baudelaire » : le nouveau chef-d’œuvre d’Yslaire !

Dans le cadre du bicentenaire de la naissance de celui que l’on connaît surtout pour son recueil de poèmes « Les Fleurs du mal », l’auteur de la saga des Sambre consacre un superbe roman graphique — de pas moins de 150 pages ! — à l’histoire d’amour contrariée entre Charles Baudelaire et sa maîtresse métisse : une certaine Jeanne Duval, Lemer ou Prosper suivant les sources, dite la Vénus noire, qui l’a tant inspiré. Une biographie romantique du poète bohème et maudit, mais qui fut quand même reconnu par ses pairs après sa mort, racontée du point de vue de sa muse : et quelle muse !

En s’adressant à la génitrice de son amant — qui, elle, ne favorisa jamais l’envie d’écrire de son fils — et en replongeant dans la matière sulfureuse de sa vie avec l’écrivain vilipendé, la narratrice mulâtresse évoque un siècle aux préjugés misogynes et racistes, mais peuplé d’artistes rebelles, aux libertés cachées, qui méprisaient les conventions bourgeoises.

Notre dandy débauché y côtoiera, d’ailleurs, d’autres jeunes aussi insouciants que lui, à l’instar de Félix Tournachon (caricaturiste, écrivain et photographe connu sous le pseudonyme de Nadar), le poète Théodore de Banville, l’écrivain et historien Ernest Prarond ou les encore plus célèbres Gérard de Nerval, Théophile Gautier et Gustave Courbet.

Pourtant, de cette esclave créole, muse immorale et passion dévastatrice qui éloignera notre Prince des nuées du monde réel, mais dont le rôle réapparaît sublimé dans la résonance féministe de notre époque, on ne sait presque rien : ni son vrai nom, ni sa date de naissance, ni sa date de décès. Seuls demeurent quelques témoignages, une photo de Nadar non authentifiée et des portraits dessinés par Baudelaire lui-même, sans oublier, toutefois, tous les poèmes qu’elle lui a inspirés.Quant à la fascination d’Yslaire pour Baudelaire, elle remonte à l’adolescence ! Pour lui, « la poésie est l’expression ultime de la beauté en littérature. Chez Baudelaire, il y a ce quelque chose qui touche à l’abstraction, à l’absolu, un mélange de contrainte formelle, d’une évocation de la réalité crue d’une époque et une plongée dans la notion d’idéal universel de l’adolescent éternel », explique-t-il, passionné, à Lucie Servin : la rédactrice du somptueux dossier de presse qui accompagne l’album.Il en résulte un ouvrage sublime de la collection Aire libre : tant par le sujet que par la narration totalement maîtrisés, mais aussi — et surtout — par des dessins, souvent expérimentaux, qui raniment le parfum de scandale et la sexualité crue d’une poésie en quête d’absolu. Alternant, dans une ambiance quasiment diabolique (mise en exergue par une coloration discrète tout en ocre, en gris et en violet), des cadrages osés, des dessins pleines-pages, des collages, des esquisses, des récitatifs littéraires et des planches composées de façon plus traditionnelle (2), celui qui débuta sous son vrai nom de Bernard Hislaire (avec les mythiques « Bidouille et Violette » dans Spirou) et qui est salué désormais, depuis plusieurs décennies maintenant, en tant qu’Yslaire (avec « Sambre », mais également avec son « XXe ciel.com » ou ses « Ciel au-dessus… »), a peut-être réalisé, avec cette « Mademoiselle Baudelaire », sa bande dessinée la plus accomplie : ou, tout du moins, celle où il a mis le plus de lui-même !

 Gilles RATIER

 (1)   Sur Yslaire, voir entre autres : Yslaire, de la planche à l’écran…, « Sambre T8 : Celle que mes yeux ne voient pas… » par Yslaire, « Sambre T7 : Fleur de pavé » par Bernard Yslaire, « Sambre » T6 par Yslaire, « Sambre T1 : Plus ne m’est rien… » par Yslaire et Balac : analyse de planche, « La Guerre des Sambre : Maxime & Constance T1 : Automne 1775 » par Marc-Antoine Boidin et Yslaire, Úropa par iSlaire

 (2)   Rappelons que les coulisses du travail d’Yslaire sur « Madame Baudelaire » (planches en cours, esquisses, recherches et croquis) ont été compilées dans trois indispensables cahiers dont Henri Filippini nous a déjà dit le plus grand bien à deux reprises : Yslaire : premier « Cahier Baudelaire » ! et « Cahiers Baudelaire 3 » : sublime Yslaire !.

 « Mademoiselle Baudelaire » par Yslaire

Éditions Dupuis (26 €) — EAN : 979-1034749171

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5 réponses à « Mademoiselle Baudelaire » : le nouveau chef-d’œuvre d’Yslaire !

  1. BARRE dit :

    Quelle hauteur atteint cet auteur! Depuis « Bidouille et Violette », c’est un régal de découvrir les albums de cet artiste! ( Pour M. Ratier: c’est Mademoiselle et non Madame )

    • Gilles Ratier dit :

      Oui, désolé, mon clavier a fourché : c’est bien Mademoiselle et non Madame ! Je corrige tout de suite…
      Désolé de cette bévue…
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

  2. Moujik dit :

    Bonjour, comment puis-je me procurer le dossier de presse? Merci.

    • Gilles Ratier dit :

      Bonjour !
      À moins d’avoir dans vos connaissances un libraire ou un journaliste l’ayant reçu et qui ne veuille pas le garder, ça va être compliqué de vous le procurer… Tentez quand même votre chance en demandant à l’éditeur.
      Bien cordialement
      Gilles Ratier

      • Moujik dit :

        Bonjour, merci pour vos bons conseils : j’ai mon exemplaire du dossier de presse ! C’est effectivement une petite merveille.