« La Grande Peste » : une pandémie chasse l’autre…

La covid-19 n’est pas la première pandémie ayant frappé les populations de la planète. Les anciens se souviennent de la grippe espagnole évoquée avec terreur par leurs parents… Plus loin encore, en l’an 1347, un mal inconnu, la pestilence, a vidé l’Europe de ses habitants, totalisant plus de 25 millions de morts en cinq ans. Stalner père et fils évoquent ce mal aux origines mystérieuses au fil d’un diptyque passionnant.

En septembre 1347, le navire du jeune Baldus de l’ordre des chevaliers hospitaliers qui lutte contre les infidèles croise, en Méditerranée, un bâtiment byzantin. À son bord, Baltus découvre qu’il est habité par une horde de rats grouillant au milieu des cadavres de l’équipage rongé par la pestilence. De retour sur son bâtiment, le jeune homme voit surgir la mort sous la forme d’un cavalier tout droit sorti de l’apocalypse de saint Jean. Unique survivant de l’attaque du nouveau venu qui a décimé ses frères, Baltus échoue sur les côtes calabraises. Le miraculé serre dans sa main un objet étrange découvert sur la galère byzantine : une pierre d’origine inconnue représentant un mystérieux labyrinthe.  

Au printemps 1348, la peste atteint le Dauphiné. La jeune Alixe, de retour d’une cueillette d’herbes médicinales, retrouve sa mère morte. La pauvre femme a été lapidée pour sorcellerie par le baron, accompagné par la population voisine. Pour la jeune fille, une vie d’errance commence.

Se croyant poursuivi par le cavalier noir, en proie à la folie, Baldus arrive à Spolète au nord de Milan où il croise la route des flagellants : une secte redoutable aux rites païens, dont les membres profitent du trouble engendré par la peste pour dresser les populations contre les juifs, mais aussi le clergé.

Alixe entre à Spolète lorsque Baldus quitte la cité, afin de poursuivre son voyage dans le duché de Milan. Elle parvient à réunir toutes les filles du village d’Oligieri, les encourageant à faire danser la population jusqu’à l’épuisement, sans manger ni dormir. Avec pour but d’oublier la peste qui leur noue l’estomac. Baldus, à la recherche d’Alexander Daverio qui devrait pouvoir l’aider dans sa quête sur les origines du labyrinthe, croise la route d’Alixe à Oligieri. L’érudit leur demande de détruire l’objet hurlant qu’il est le cavalier. À son tour, Alixe tombe sous l’emprise maléfique du labyrinthe que plus personne ne doit regarder… 

Au fil de son récit, scindé en chapitres parfaitement maîtrisés, Cédric Simon évoque la montée du mal inconnu, à travers le destin tragique de deux protagonistes attachants, malgré leurs folies. Chaque chapitre se termine par une carte en double page replaçant la fiction dans la grande Histoire. Après avoir proposé l’adaptation de « Pot Bouille » et de « La Curée » ou tâté du fantastique avec « Exillum », Cédric Simon retrouve son père avec ce diptyque involontairement d’actualité.

Après avoir longtemps travaillé à quatre mains aux côtés de son frère Jean-Marc, Éric Stalner a multiplié les séries dans les domaines les plus divers. Avec « La Grande Peste », il renoue avec la fiction historique : genre qu’il a longtemps privilégié. Malgré les contraintes économiques qui obligent de plus en plus les dessinateurs réalistes à aller à l’essentiel, son trait demeure précis et soigné, respectueux envers ses lecteurs. Une performance qui mérite d’être saluée d’autant plus que la pagination est importante.

La seconde partie de cet ouvrage de 128 pages est annoncée pour septembre prochain.

Henri FILIPPINI

« La Grande Peste T1 : Le Quatrième Cavalier » par Éric Stalner et Cédric Simon
Les Arènes BD (20 €) — EAN : 979 1 0375 0285 8

Galerie

Une réponse à « La Grande Peste » : une pandémie chasse l’autre…

  1. EC Comics fan dit :

    _ Superbe !! … un Grand cru assurément ; et la couverture
    qui colle parfaitement à l’ensemble .
    Se sera avec moi , avec rdv en septembre pour le deuxième
    volume .