Émotion, amour et tolérance dans les mondes dystopiques de deux nouvelles séries jeunesse de Kid Toussaint…

En quelques années, Kid Toussaint est devenu un pilier du journal Spirou et des éditions Dupuis. Il scénarise des séries jeunesse intelligentes et surprenantes comme « Magic 7 », « Télémaque », « Animal Jack » ou « Kid Noize ». La sortie simultanée des premiers volumes de « Love Love Love » et « Absolument Normal » est l’occasion pour nous de faire le point sur son travail d’écriture et les grandes thématiques qu’il développe.

« Love Love Love » et « Absolument Normal » sont deux dystopies dans lesquelles Kid Toussaint construit des univers angoissants, menaçants pour les libertés individuelles de chacun. L’occasion pour de jeunes héros d’affirmer leurs différences à la suite de luttes contre l’ordre établi. Ces récits d’initiation ne font que débuter dans ces premiers volumes de séries amener à se poursuivre sur plusieurs albums.

« Absolument Normal T1 : Tous différents » page 3.

Dans le monde légèrement futuriste de « Absolument Normal » Cosmo est un adolescent en souffrance.

Il est profondément discriminé dans son établissement scolaire : il ne comprend rien au cours de maths mais ses camarades sont Einstein, un alien ou une fille à deux têtes, en natation, il ne fait que 30 longueurs tandis que ses camarades avec branchies ou six bras ont fini leurs trois km de nage depuis une demi-heure. Les professeurs se plaignent de lui auprès de ses parents : il n’a pas le niveau, voilà tout, il doit changer d’école !

J'ai bien peur que ce soit un peu court, jeune homme...

Changer d’école ! La famille de Cosmo se range à contrecœur à cette idée car le jeune garçon n’a développé aucune mutation à l’adolescence.

Or, maintenant, à la puberté, si le corps se transforme toujours, il ne s’agit plus de mue de la voix ou de l’apparition de poils ou d’acné, mais du développement de pouvoirs surnaturels : comme des yeux lasers, la lévitation, la téléportation ou des métamorphoses diverses et variées.

Cosmo, lui, est absolument normal : c’est pour cela qu’il est placé dans l’institution Nouvel Horizon, un établissement qui doit lui permettre d’acquérir un pouvoir digne de ce nom.

Je vais devoir changer d'école...

Cosmo découvre un milieu plus carcéral que pédagogique en entrant à Nouvel Horizon. Fort heureusement, il a une énorme qualité à défaut d’avoir un petit pouvoir : il est très sympa. Il se fait de nombreux amis et peut garder le contact avec ses anciens camarades. Commence alors une lutte pour sortir de cette prison éducative, puis faire reconnaitre à l’extérieur le droit indispensable à la différence : ici, à la normalité.

« Absolument Normal T1 : Tous différents » page 12.

Karel.

D’acception de l’autre dans toute son altérité, il en est aussi question dans le premier volume de « Love Love Love ».

À Paris, dans un futur indéterminé, robots androïdes et humains vivent ensemble, ensemble mais séparés.

On se méfie des méchas en les reléguant dans des ghettos où ils vivent entassés dans de petits appartements et surtout leur obsolescence est programmée, pas de pièces de rechange pour des êtres mécaniques appelés à une destruction proche.

« Love Love Love T1 : Yeah Yeah Yeah » page 5.

Elle.

Or, ces robots ont une âme puisqu’ils peuvent tomber amoureux et susciter de tendres sentiments auprès d’humains moins rétrogrades que d’autres.

Le coup de foudre, c’est ce qui arrive à Karel, un cherish bot, – un confesseur encourageant, qui écoute les gens se plaindre et qui leur répond ce qu’ils veulent entendre -, et la plantureuse et très humaine Elle.

Or leur liaison est très mal vue à la fois par des hommes qui considèrent les robots comme des êtres inférieurs et par certains androïdes qui fomentent une révolte contre un ordre injuste, un apartheid de fait.

La relation entre Karel et Elle, ces nouveaux Roméo et Juliette s’annonce pour le moins difficile.

« Love Love Love T1 : Yeah Yeah Yeah » page 10.

Dans ces deux nouvelles séries, Kid Toussaint fait preuve de ses qualités de scénaristes pour la jeunesse : intrigue prenante, personnages forts bien caractérisés vecteurs d’émotions, quelques notes d’humour bienvenue,  un récit qui joue sur des thématiques humanistes ; acceptation des différences, hymne à la tolérance, besoin de résistance face à des mesures liberticides parfois sournoises, nécessaire respect des uns envers les autres et bien sûr, in-fine, force de l’amitié ou de l’amour pour surmonter les pires épreuves.

Je n'ai pas été programmé pour une tache particulière...

Il a su trouver d’excellents dessinateurs pour transposer son univers en images. Ainsi, les Italiens Alessia Martusciello et Alberto Aurelio Pizzeti apportent de la fantaisie à la galerie des mutants de « Absolument Normal ».

Dans cet « X-Men » inversé, les personnes dotées de super-pouvoirs sont la norme et doivent protéger un héros trop… normal. Le récit est dynamisé par ces graphistes italiens ayant travaillé dans l’animation et le jeu vidéo. Ce qui explique leur parfaite utilisation d’une colorisation agréablement informatisée.

De même, Andres Garrido bâti des atmosphères visuelles contrastées en jouant sur différentes couleurs pastel du rose pour les séquences de romance au vert un peu glauque dans les scènes de rue et au rouge vif en cas de bataille.

Son trait rond ne l’empêche pas d’accélérer le récit quand il le faut, ni d’insister sur le côté sentimental dans des planches muettes de toute beauté.

« Love Love Love T1 : Yeah Yeah Yeah » p. 24-25.

Nous ne pouvons que souhaiter un succès mérité aux deux nouvelles séries dystopiques scénarisées par Kid Toussaint, un auteur qui sait sublimer des incipit simples en de belles bandes dessinées à rebondissements insoupçonnés.

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« Love Love Love T1 : Yeah Yeah Yeah » par Andrés Garrido et Kid Toussaint

Éditions Dupuis (12,50 €) – ISBN : 979-1-0347-3356-9

« Absolument Normal T1 : Tous différents » par Alessia Martusciello, Alberto Aurelio Pizzeti et Kid Toussaint

Éditions Dupuis (9,90 €) – ISBN : 979-1-0347-4740-5

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