Jean-Pierre Autheman : disparition d’un authentique libertaire…

Bon sang ! Jean-Pierre Autheman nous a quittés, lundi dernier (26 octobre), à l’hôpital d’Arles où il avait vu le jour voici 73 ans : le 17 décembre 1946. Après Alex Varenne, c’est un autre « enfant » de Georges Wolinski qui disparaît.

Fils d’un résistant et d’une professeure de piano qui lui avait donné le goût de la musique, Jean-Pierre Autheman suit les cours d’une école d’architecture et ceux de la faculté de lettres d’Aix-en-Provence.

Soutenu par Pierre Desproges, il se lance dans l’humour au début des années 1970 et publie à compte d’auteur son premier album de bande dessinée : « Mémoires d’un gardien de phare », en 1972.

Cela lui permet d’être remarqué par Georges Wolinski et ses premières histoires seront au sommaire de Charlie mensuel, mais aussi de Hara-Kiri.

On le trouve également dans la première version de L’Écho des savanes où il crée le personnage de Condor dans un premier album en solo : « Escale à Nacaro ».

Scénariste, il reprendra son héros en 1982 dans le Charlie mensuel des éditions Dargaud, cette fois-ci mis en images par Dominique Rousseau.

« Condor » illustré par Dominique Rousseau, dans la deuxième série de Charlie mensuel.

En 1983, il crée « Les Déserteurs » dans Piloteet publie, l’année suivante, « Les Sirènes de Balarin » (histoire refusée par Wolinski), aux éditions Glénat.

« Les Déserteurs » dans Pilote.

Toujours pour Glénat, il anime dans Circus la série « Vic Valence », dès 1985, et le premier épisode obtient, en janvier 1987, l’Alfred du meilleur album au salon d’Angoulême.

« Vic Valence » dans Circus.

Je me souviens encore de son bonheur douloureux, alors qu’il venait de perdre sa compagne.

À partir de 1992, il se lance dans la réalisation de romans graphiques dont il fût l’un des pionniers : « Le Filet de Saint-Pierre », « Place des hommes »… puis « Le Pet du diable », « La Passe du manchot », « Exotissimo » pour la collection Roman B.D. chez Dargaud.

À ces travaux réalistes s’ajoutent le strip humoristique « Blaise » pour La Lettre des éditions Dargaud, des gags dans L’Écho des savanes(album « Qu’est-ce qu’elles ont les filles ? » en 1992)… et un roman chez Actes Sud (« L’Homme du général », suivi du roman graphique « L’Arlésien »).

« L’Arlésien ».

Il propose ensuite « Les Nanas » en 1998 et « L’Ombre de moi-même » chez Albin Michel en 1999 : année où il lance « Zip-Zap » dans Fluide glacial.

« L’Ombre de moi-même ».

Scénariste, il écrit chez Glénat, en 1987, le premier et unique tome du « Voyage du bateleur » pour Jean-Paul Dethorey

« Le Voyage du bateleur ».

qu’il retrouve, en 1999, avec le diptyque « Le Passage de Vénus » publié dans la collection Aire libre des éditions Dupuis. À partir de 2001, il écrit les quatre épisodes de « Zambada » pour Éric Maltaite pour la collection Bulle noiredes éditions Glénat.

« Zambada ».

« Vacances arlésiennes ».

Pendant de longues années, il est le dessinateur de L’Hémicycle (le journal interne de l’Assemblée nationale) et propose des dessins humoristiques dans La Provence, ainsi que dans le bulletin municipal de sa bonne ville d’Arles pour laquelle il n’avait pas de mots assez chaleureux.

Jean-Pierre Autheman a aussi enseigné le scénario et l’image aux élèves de l’école d’animation Mopa à Arles.

Malgré un trait minimaliste qui l’a empêché d’avoir un large lectorat, Jean-Pierre Autheman était un dessinateur efficace, mais aussi un scénariste inventif, aussi bien dans l’humour que dans le réalisme.

Ses amis n’oublieront jamais son rire franc, sa voix grave et chaleureuse, son humour communicatif, son humanisme et ses talents de musiciens de jazz. Il nous manque déjà.

 Henri FILIPPINI

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3 réponses à Jean-Pierre Autheman : disparition d’un authentique libertaire…

  1. PATYDOC dit :

    Un « authentique libertaire » qui travaille pour l’Assemblée Nationale ou pour une municipalité … passons…

  2. camano jean claude dit :

    Je me souviens de nos moments passés ensemble Place du Forum à Arles, de nos virées au bar du Nords Pinus, et de tes improvisations au piano… de soirées arrosées ou tu maniais le verbe avec l’énergie du mistral et l’élégance du torero…. De ces instants solaires, sont nés Place des Hommes et le Filet de Saint Pierre, ces deux « romans graphiques » que j’ai eu la chance et la fierté d’éditer chez Glénat… Tu étais pour moi l’incarnation la plus authentique de ce territoire arlésien, qui va des rives du Rhône aux plages de Beauduc…
    Tu étais un dialoguiste hors pair, une dessinateur à l’écart des modes qui visait juste et simple.
    Je ne peux que recommander à ceux qui n’ont pas la chance de connaitre ton œuvre de lire Place des Hommes et L’Arlésien, cet album passé trop inaperçu paru chez Actes Sud…

    Jean Pierre Autheman, Zeus arlésien tu vas me manquer…