« Faut pas prendre les cons pour des gens » : et de deux !

Le succès, c’est souvent quelque chose que l’on ne soupçonne pas lorsqu’un film, un roman… ou une bande dessinée sont proposés pour la première fois au public. C’est ce qui vient d’arriver à « Faut pas prendre les cons pour des gens » : petit bijou d’humour noir paru l’an dernier chez Fluide glacial et dont les ventes flirtent, aujourd’hui, avec les 100 000 exemplaires. Une réussite bien méritée pour une série désormais incontournable qui aurait eu sa place dans feu Hara Kiri.

La bêtise humaine est au cœur des gags, le plus souvent proposés en une page, de cette série née l’an dernier dans les pages du mensuel Fluide glacial. Si on y cherche des héros, ce sont les « cons » ordinaires qui emplissent les rues, les bureaux, les administrations, les hôpitaux… ces ronds de cuir de jadis qui se prennent pour le centre du monde. Ce second volume est centré sur tout ce qui fait la Une de nos journaux : l’écologie, l’hôpital public, le racisme, l’intelligence artificielle, les délocalisations, le télétravail, les écoles, les pauvres, les riches… Bref, tout ce qui pollue notre monde qui se veut civilisé. Présentés au premier abord comme des sujets réalistes, les propos déconcertants tenus par les protagonistes plongent très vite le lecteur intrigué vers l’absurde, la bêtise au quotidien… : en un mot comme en cent, la connerie !La lecture de ces pages ne laisse personne indifférent et nombreux seront ceux qui, au détour d’une situation, riront jaune, tant ils s’en sentiront proches. Comme les personnages qui y évoluent, les dessins n’ont rien de génial, car ordinaires eux aussi, mais rendant diablement crédibles les propos d’une profonde banalité : ils sont donc bien vus ! Ce sont justement ces paroles tant de fois entendues autour de nous qui apportent toute leur efficacité à ces histoires : bien que passer ses vacances sur le continent plastique, rembourser un enfant défectueux, acquérir une poubelle intelligente ou encore acheter une heure de récré… soit toujours surprenant. Construits avec intelligence, ces gags à l’humour grinçant font de cette série une formidable satire de notre monde moderne. Autant d’arguments qui, sans bruit, sont parvenus à séduire un aussi vaste lectorat sensible au décalage proche du nonsense anglo-saxon. 100 000 albums vendus en moins d’une année, c’est une belle performance pour un premier album en ces temps difficiles pour la bande dessinée.Né en 1969, diplômé des Beaux-Arts, Emmanuel Reuzé habite Rennes. Il est l’auteur de « La Vraie Vie de Didier » chez Delcourt et de « Ennemisdavant.com » chez Fluide glacial. On lui doit aussi le remarquable « L’Art du 9e art » (éditions Fluide glacial) ouvrage de référence inspiré de Scott McCloud pour apprendre tout ce qu’il faut savoir (ou pas) sur la bande dessinée : une réédition bienvenue sera disponible à partir du 7 octobre. Passé maître dans l’art de manipuler l’absurde, il rejoint les stars de Fluide glacial avec cette série qui a encore de beaux jours devant elle, tant la bêtise humaine est grande.Coscénariste du présent album, Nicolas Rouhaud (né à Poitiers en 1976) vit lui aussi à Rennes. Il est l’auteur de scénarios de BD publiées dans Spirou, L’Écho des savanes, Fluide glacial

Henri FILIPPINI

« Faut pas prendre les cons pour des gens » T2 par Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud

Éditions Fluide glacial (12,90 €) — EAN : 979 1 0382 0021 0

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Une réponse à « Faut pas prendre les cons pour des gens » : et de deux !

  1. BARRE dit :

    Le prix de l’album est correct, ils ne nous prennent pas pour des gens!

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