« Mao » : le retour aux sources de Rumiko Takahashi !

40 ans après avoir déjà exploité le thème du voyage d’une jeune écolière contemporaine dans le Japon médiéval avec « Fire Tripper », Rumiko Takahashi remet ça avec sa nouvelle série « Mao ». Loin d’être un remake, c’est plus un retour aux sources de l’aventure épique et amusante. Un bon moyen de revenir vers son lectorat historique qui a peu apprécié l’aventure « Rinne » au postulat de départ plus banal que ce qu’elle nous avait proposé jusqu’à présent : cette série s’étant quand même terminée l’année dernière, en totalisant 40 tomes.

Nanoko Kiba est une écolière orpheline. Ses parents sont morts dans un accident de voiture, huit ans avant le début de cette histoire. Un trou s’est formé dans le prolongement d’une galerie marchande, juste au moment où leur véhicule passait. Nanoko en a réchappée en étant éjecté de la voiture alors qu’étrangement aucune fenêtre ou porte n’était ouverte : un miracle  ? Aujourd’hui, quand elle repasse devant cette galerie, le trou est bien sûr rebouché, et toute trace de l’événement a disparu. Pourtant, un phénomène étrange se produit. En pénétrant l’allée, elle est comme transportée dans le Japon médiéval où toutes les personnes semblent transparentes, sauf une : un jeune homme vêtu d’une cape et portant un katana sur son flan. Il est accompagné d’un enfant à son service et combat des monstres étranges. C’est le fameux Mao qui donne son nom à cette série.

Nanoko, en plus d’avoir la capacité de voyager dans le temps et l’espace en franchissant le portail de la galerie marchande, a apparemment des capacités surhumaines qu’elle ignore ; mais aussi du sang bien utile, puisque néfaste pour les monstres qu’elle rencontre. Serait-ce lié à l’accident avec ses parents durant lesquels elle se souvient vaguement d’avoir aperçu une entité chimérique ? Quelle est la malédiction qui pèse sur elle, pourquoi est-elle toujours vivante, d’où lui viennent ses soudaines super capacités, etc.  ? Voilà de nombreuses interrogations mises en place pour titiller la curiosité des lecteurs.

Rumiko Takahashi renoue, enfin, avec l’aventure onirique. Comme je l’ai dit en préambule, les anciens lecteurs feront immédiatement le parallèle avec son récit court  : « Fire Tripper » (1). L’aventure d’une jeune fille contemporaine se retrouvant dans le Japon féodal à la suite d’une explosion due au gaz. Elle est propulsée sur un champ de bataille où des soldats veulent abuser d’elle et doit son salut à un jeune et étrange guerrier qui a volé à son secours. Quand cette histoire courte a été publiée en 1983, Rumiko Takahashi était déjà une star du manga. Néanmoins, son domaine de prédilection était plutôt l’humour et la romance avec « Urusei Yatsura » (« Lamu ») et « Maison Ikkoku » (« Juliette je t’aime »). « Fire Tripper » faisait découvrir une facette méconnue et plus sombre de l’autrice. Ses grandes sagas fantastiques et guerrières : « Ningio no Mori » (« Mermaid Forest » (2)), « Ranma 1/2 » et « Inuyasha », n’avaient pas encore débutées. En plus de ces séries suscitées, Takahashi produira énormément d’histoires courtes très différentes. À tel point que cela sera regroupé en une série à part entière : les « Rumic World ».

L'humour n'est pas oublié avec notamment ce gag récurent : apparemment, Nanoko déteste les smoothies.

Après avoir clôturé la saga « Inuyasha » en 2008, elle lance « Rinne », une nouvelle histoire qui se veut un mélange d’aventure et d’humour à l’instar de son premier succès : « Urusei Yatsura » ou « Ranma 1/2 ». Mais à trop vouloir recycler ses classiques, elle se perd en route et, si la série reste divertissante, elle n’obtient pas les faveurs inconditionnelles du public. L’histoire, assez superficielle, joue trop sur la comédie surjouée et les rapports entre les personnages, sûrement pour essayer de capter les fans de Ranma en mettant en avant le côté comédie romantique. « Mao » semble prendre un départ bien plus palpitant et renoue avec le côté aventure un peu plus sérieusement. L’avenir nous dira comment se comporte cette série par rapport à ses autres créations.

Avec son trait indémodable et sa mise en scène pleine d’humour, Rumiko Takahashi est clairement la reine du manga shōnen. Reconnu en France par le Grand Prix du festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2019, son succès ne se dément pas. Aujourd’hui, la plupart de ses grandes séries sont toujours disponibles et surtout rééditées en version luxe (« Maison Ikkoku » chez Delcourt ) ou double (« Urusei Yatsura » et « Ranma 1/2 » chez Glénat). Après plus de 40 ans de carrière, elle reste une référence du manga aussi bien au Japon qu’en France où son œuvre a d’abord été popularisée par les séries animées diffusées sur TF1 au milieu des années quatre-vingt.

« Mao » est bien parti pour devenir un classique. Avec ses deux premiers tomes sortis de manière concomitante, la série démarre rapidement et prend immédiatement son rythme de croisière tout en laissant quelques énigmes en suspens. C’est bien mené, et on a hâte de découvrir les secrets qui se cachent derrière ces personnages à fort caractère.

Gwenael JACQUET

« Mao » T1 & 2 par Rumiko Takahashi
Éditions Glénat (6,90 €) – EAN   : 9782344042939

(1) L’histoire de « Fire Tripper » n’est jamais parue en France. C’est pourtant un des tout premiers récits a être publié chez Viz comics aux USA en 1989. Son format court permettant de tester le marché avec de grands noms comme celui de Rumiko Takahashi. Il en existe également une adaptation en OVA.

(2) « Mermaid Forest » est l’une des rares sagas à ne pas avoir été complétée en France. Étrangement, le titre est en anglais, alors qu’il aurait été si simple de le traduire par : « La Forêt des sirènes ». Un seul volume, avec une fin ouverte, a été distribué par les éditions Glénat en 1998.

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