Les Cahiers de la BD se paient une tranche d’humour…

Cette onzième livraison, retardée pour cause de virus, pose une question essentielle : « La BD peut-elle encore faire rigoler ? ». Vaste sujet qui n’est pas le seul attrait de ce copieux numéro, tout aussi éclectique que les précédents.

Avec Gaston à la Une, héros consensuel s’il en est, Les Cahiers de la BD rassura les nostalgiques méfiants qui hésiteront à en faire l’achat après la consultation d’un sommaire quelque peu oublieux pour ce qui est de la BD classique. On peut d’ailleurs se demander pourquoi ne pas placer en couverture l’un de ces romans graphiques qui sont en majorité mis en valeur dans les pages intérieures ? C’est peut-être parce que, même si la BD traditionnelle n’est pas vraiment la tasse de thé de la plupart des collaborateurs de cet opus, elle est cependant le meilleur argument de vente pour que des lecteurs achètent la revue et lisent leurs articles.

C’est ainsi qu’un long dossier signé Xavier Fournier est consacré à Matt Kindt, auteur américain novateur qui évolue aussi dans le monde des comics. Il parle de ses collaborations auprès des éditeurs de mainstream et de ses travaux plus personnels tel « Mind MGMT » qui vient de sortir chez Monsieur Toussaint Louverture. Lucie Servin, quant à elle, a rencontré un vieux routier de la bande dessinée reportage, Joe Sacco, qui après avoir parcouru le Moyen-Orient dans tous les sens parle des Amérindiens : le sujet de son nouvel album, « Payer la terre », chez Futuropolis (1).

Séparé de son vieux complice Charles Berberian, Philippe Dupuy se lance dans des travaux qui semblent bien loin de la bande dessinée traditionnelle. « Que nenni » répond-il à Lucie Servin qui lui consacre un important dossier de 30 pages, lequel laissera toutefois quelque peu perplexes ceux qui avaient adoré « Monsieur Jean » ou « Le Journal d’Henriette ».

Retour passionnant aux origines du manga en France avec l’histoire du Cri qui tue : première revue consacrée à la bande dessinée japonaise dans l’hexagone, lancée en 1978 par l’étonnant Atoss Takemoto. Maël Rannou et Dominique Véret reviennent sur cette incroyable aventure éditoriale et évoquent un lointain salon d’Angoulême où le grand Osamu Tezuka est passé quasiment inaperçu. Incroyable, mais vrai !

Passons à des sujets plus légers avec « Schtroumpfeurs de Schtroumpfs » : un court article de Christian Marmonnier qui évoque la vie au quotidien au sein du studio Peyo.Nicolas Tellop, lui, revient sur les nombreuses bandes dessinées qui ont utilisé le thème de l’épidémiologie. L’occasion de constater que les auteurs n’ont pas attendu le Covid-19 pour imaginer de bien pires situations.

Passons au dossier dédié à l’humour totalisant une quarantaine de pages : brève histoire de la BD d’humour par Nicolas Tellop, l’humour et la censure par Bernard Joubert qui propose aussi quelques trésors oubliés de la BD d’humour, enfin trois questions posées à cinq auteurs de la nouvelle génération : Fabcaro, Emmanuel Reuzé, Marion Montaigne, Étienne Lécroart et Fabrice Erre. Peut-être, un peu court pour un aussi riche sujet, non ?

Les rubriques habituelles signées Yves Frémion, Numa Sadoul, Nicolas Tellop, Renaud Monfourny, Maël Rannou…, sans oublier les critiques d’albums, complètent un riche sommaire.

Henri FILIPPINI  

(1) Voir aussi sur BDzoom.com : La disparition des cultures indiennes…

Les Cahiers de la BD n° 11, juin septembre 2020

180 pages (12,90 €), en kiosque

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