Il serait criminel de passer à côté de « Sale Week-end »…

La série « Criminal » de Ed Bubaker et Sean Philips porte bien son nom et fait le bonheur des amateurs de polars. Ce « Sale Week-end », promit en titre, est une histoire complète se déroulant dans l’univers de la série. Néanmoins, il n’y a pas vraiment besoin d’avoir lu les autres titres pour apprécier cette histoire à part : une très belle mise en abîme dans le monde du comics, qui n’est clairement pas si rose, malgré le ton dominant de la couverture.

L’histoire se situe à la fin des années quatre-vingt-dix. Hall Crane, un prestigieux dessinateur de la grande époque du comics est invité au ComiCon pour recevoir un prix honorant sa carrière. Exigent, il demande à ce que soit Jacob, l’un de ses anciens assistants, qui lui serve de chaperon durant ce week-end un peu particulier. Mais tout ne va pas se passer comme prévu, car Hal n’a que faire des honneurs : tout ce qui l’intéresse dans ce déplacement, c’est, on le comprendra bien vite, retrouver la trace des planches qui lui ont été volées. Voilà comment une simple sortie festive se termine en virée criminelle.

 

Sur 80 pages, Ed Brubaker et Sean Philips nous dressent un portrait peu glorieux du monde de la bande dessinée. Même si cette histoire est une fiction et que le grand artiste Hall Crane n’existe pas, la plupart des gros éditeurs américains en prennent pour leur grade, tout comme certains fans un peu trop exigeants. Les journalistes ne sont pas oubliés et c’est vrai que certains peuvent être trop insistants et irrespectueux. Heureusement, ce ne sont pas ceux de BDzoom.com qui ont dû servir de modèle pour relater ce qui se passe dans ce festival américain !

Plus proche d’un style franco-belge que des comics de super-héros américain, ce roman graphique a une narration digne des grands polars. Le cadre s’installe par petites touches, puis l’action dévie sans crier gare, pour se conclure sur un twist, qui bien sûr ne vous sera pas révélé ici. Le dessin extrêmement clair est rehaussé d’à-plats noirs donnant des ombres franches valorisées par une mise en couleurs de Jacob Philips simple et réaliste. La mise en scène est dynamique, on sent les personnages en mouvement. La palette d’expression est presque photographique, alors qu’elles sont souvent exprimées avec juste les traits qu’il faut. La sensation d’être face à un roman-photo vient bien évidemment du dessin réaliste, mais aussi des cases qui ne sont pas cerclées de noir. Ne vous laissez pas tromper par le rose dominant de la couverture, le visage taciturne de Hall est bien là pour rappeler au lecteur qu’il entre dans un monde de coups bas et de trahison.

 

Si vous n’avez jamais lu la série « Criminal » et que vous êtes amateur de récits noirs et de bandes dessinées, vous pouvez commencer par ce titre sans hésitation. Ceux qui suivent déjà le travail de Brubaker et Philips n’auront sûrement pas attendu cette chronique pour se jeter sur cet excellent opus. Même si celui-ci est moins sanglant qu’habituellement, les répliques cinglantes sont toujours de mise.

Gwenaël JACQUET

« Criminal : Sale Week-end » par Ed Brubaker et Sean Philips
Éditions Delcourt (12 €) — ISBN : 978-2-413-02766-9

Galerie

2 réponses à Il serait criminel de passer à côté de « Sale Week-end »…

  1. Capitaine Kérosène. dit :

    Merci pour cet article.
    Il est normal que le style de Phillips soit photographique étant donné que tout son travail est basé sur la photo depuis très longtemps. On reconnaît d’ailleurs le même casting d’un livre à l’autre (Phillips lui-même apparaît d’ailleurs souvent).
    Il est aussi passé à la tablette graphique intégrale. Son précédent livre était en partie raté à cause de cela la couleur n’arrivant pas à suppléer au vide graphique, ou alors d’autres fois apportant un réalisme dans les textures qui ne suivaient pas le dessin. Ici, on voit encore des traces du pinceau électronique. Il y a un côté pas naturel.
    Apparemment, il est un peu revenu en arrière, même si c’est difficile de juger sur de si petites images.