Encore plus dangereuses que le coronavirus, les sorcières veulent faire disparaitre tous les enfants dans « Sacrées Sorcières » : l’adaptation du roman de Roald Dahl par Pénélope Bagieu…

Le premier livre qui traumatise la toute jeune, huit ans, Pénélope Bagieu, est le roman de Roald Dahl : « Sacrées Sorcières ». Elle y découvre une cheffe sorcière terriblement effrayante, la volonté de faire disparaitre tous les enfants et des événements vraiment dramatiques. Ravie d’avoir été ainsi terrifiée, l’autrice à succès adapte librement le livre, 30 ans plus tard, dans un superbe album jeunesse d’une grande richesse.

Un petit garçon s’amuse avec ses jouets miniatures. Il imagine un combat entre une sorcière toute de noire vêtue, un super-héros et un chien gigantesque. Son jeu s’interrompt avec l’appel de sa grand-mère tout en haut des escaliers. Il renâcle à manger une part de gâteau pour son goûter. Ils sont tous les deux tristes, tout habillés de noir. Ils viennent de l’enterrement des parents du jeune garçon, victimes d’un accident de voiture. Ils vont devoir cohabiter ensemble dans une maison devenue trop grande, lui le garçon triste et effacé, elle, la petite mamie excentrique aux cheveux violets, un éternel cigare aux lèvres.

Sacrées Sorcières page 5

Elle doit le consoler, lui redonner le goût de vivre. C’est pour cela que le soir, alors qu’il est venu se réfugier dans son lit, elle lui raconte une histoire. Comme elle ne sait pas inventer, elle va lui parler d’une vraie histoire, une histoire de sorcières.

Quand elle était petite, une de ses amies accepte une pomme d’amour d’une inconnue, une dame très gentille avec des gants blancs. Le lendemain, plus de trace de sa copine, elle s’est volatilisée dans la nuit.

Or, un beau jour, elle l’aperçoit dans un tableau accroché au mur de ses parents. Chaque jour elle se déplace. Elle vieillit même au fil des années avant de mourir bien vieille et de disparaître du tableau. La vérité est terrifiante : les sorcières existent bel et bien de nos jours et leurs premières victimes sont les enfants.

L'orphelin et sa grand-mère

Il faut à la grand-mère expliquer au jeune orphelin comment reconnaître une sorcière. Si elles prennent toujours l’aspect d’une femme normale, de petits détails les trahissent : des mains eux doigts fripés et crochus cachées par des gants, une perruque pour couvrir leur crâne chauve, des pieds carrés sans orteils, une salive légèrement bleutée, une pupille avec des cristaux de glace et des flammes qui dansent et des narines frétillantes et recourbées pour mieux sentir les enfants. Elles ont toutes en commun : « Leur dégoût, leur détestation, leur haine viscérale des enfants. Les enfants leur répugnent. Ils leur donnent envie de vomir. Une sorcière ne pense qu’à une chose : les faire disparaitre, un par un, les anéantir. Les passer à la moulinette. »

Ma première sorcière, je devais avoir ...

Pas de traces de ma copine ...

Un médecin conseille à la vieille fumeuse de cigare invétérée de prendre quelques jours de repos. La mamie et son petit-fils partent donc pour deux semaines dans un hôtel sur le littoral anglais, histoire de se changer les idées.

Tout commence bien ; le jeune garçon essaye d’apprivoiser un couple de souris et la dame de 82 ans sirote des cocktails entre deux cigares. Mais, quand il se retrouve caché dans la grande salle de séminaire de l’hôtel, le garçonnet découvre une réunion des sorcières d’Angleterre venues écouter la grandissime sorcière, la plus puissante et la plus terrible d’entre elles.

Ce qu’il devient de lui par la suite, comment il noue une grande amitié avec une fille de son âge et comment avec sa grand-mère il sauve tous les enfants de l’île, vous le saurez en lisant cet album de 300 pages sans aucun temps mort et aux rebondissements inattendus jusqu’à un surprenant dénouement.

Sacrées Sorcières page 22

C'était devenu une peinture ! Ça fait coucou une peinture ?

Publié en 1983 dans les pays anglo-saxons, en 1984 en France, le roman « Sacrées Sorcières », brillamment illustré par Quentin Blake, a marqué plusieurs générations de lecteurs.

Comme la jeune Pénélope Bagieu, ils ont eu très peur en le lisant, croisant des sorcières voulant éliminer tous les enfants et en suivant les aventures mouvementées et parfois traumatisantes d’un petit orphelin.

L’autrice à succès des « Culottées » s’est appropriée le récit. Elle en respecte la trame en y apportant une touche personnelle, féministe, forcément féministe. Elle rappelle ainsi que la chasse aux sorcières de la fin du moyen-âge fut un véritable féminicide. Bruno, le petit copain du héros dans le roman, devient une jeune fille courageuse et débrouillarde et la grand-mère, tendre et protectrice, est fortement inspirée de sa propre aïeule paternelle.

La grandissime sorcière !

Les 300 pages de ce thriller fantastique décalé se lisent d’une traite. Le récit est rythmé, fluide, porté par le dessin dynamique, rond et coloré, d’une Pénélope Bagieu inspirée. Le roman l’avait énormément impressionnée, elle a même avoué que ce fut la première fois à 8 ans qu’elle eut peur en lisant un livre.

Elle a su moderniser le récit en adaptant la trame, les dialogues et les personnages à notre société du XXIe siècle. Elle en a fait un ouvrage jeunesse remarquable en réussissant à rendre graphiquement la cruauté des sorcières, femmes inquiétantes mais aussi un peu grotesques, dirigées par une grandissime sorcière vraiment effrayante.

Cette (re)création participe à la réussite de l’ouvrage car comme l’affirmait avec raison Hitchcock : « Quand le méchant est réussi, le film l’est aussi », à fortiori la bande dessinée ici.

Enlevez ... vos gants

Après Nicolas Roeg en 1990 c’est Robert Zemeckis qui adapte l’œuvre de Roald Dahl en long métrage. Le film doit sortir en salles cette année avec Anne Hathaway dans le premier rôle. Souhaitons que cette adaptation sur grand écran soit aussi réussie que celle en bande dessinée. Pénélope Bagieu offre dans sa version malicieuse une possibilité pour ses lecteurs de s’interroger sur des thèmes graves comme le travail de deuil, la transmission entre générations ou le besoin des autres pour surmonter ses peurs. Un véritable chef d’œuvre en BD jeunesse qui interpelle et qui intrigue en alternant moments drôles ou grotesques et séquences effrayantes. Une BD à lire et à faire lire.

Les enfants sont répugnants !!

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« Sacrées Sorcières » par Pénélope Bagieu, d’après Roald Dahl

Éditions Gallimard (23,90 €) – ISBN : 978-2-07-512693-9

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