« Babel » : Druillet sans Druillet…

En 1966, entre « Barbarella » et « Saga de Xam » publiés par l’insolent Éric Losfeld, le jeune Philippe Druillet (22 ans) fait surgir « Lone Sloane » : première aventure de l’homme légende des cataclysmes cosmiques. Un album révolutionnaire pour lecteurs adultes, alors que la censure du pouvoir gaulliste considérait la bande dessinée comme une sous-littérature uniquement réservée aux mauvais élèves. Plus de cinquante ans après, « Lone Sloane » revient, plus baroque que jamais, après une trop longue absence.

 « Cherche, trouve et tue Sloane ! Le chien de l’espace » ordonne Shaan à ses barons, afin qu’ils lui apportent Sloane : le démon aux yeux de sang qui l’a vaincu et qui se réveille auprès de Légende, sa compagne de toujours. Conduit jusqu’à son repaire par les barons, l’Abbé, ambassadeur suprême du collectif Babel, lui apprend que Shaan est parvenu à retrouver la source d’une entité-force. Appelée l’Écume, elle dévore et anéantit les étoiles une à une. Pour parvenir à mettre fin à ce désastre qui annonce la fin des mondes, le Néoterrien doit accoster à Babel, grande bibliothèque édifiée au cœur du système de Pyrrus : ceci afin de prendre possession, en son ventre, d’un légendaire livre tabou qui raconte comment vaincre l’Écume. Aidés par Yearl (le Néomartien chasseur de primes), Wuzz (l’ancien esclave de Salambô) et Kurt Kurtsteiner (l’androïde idéaliste), Sloane et Légende lancent leur vaisseau Ô Sidarta dans une course suicidaire contre la mort…« Il était une fois, en 1964, un jeune homme de 19 ans qui s’ennuyait ferme dans une caserne. Pour tuer cet ennui, il créa un personnage épris de liberté. Ce dont ce garçon rêvait pour lui-même. Ainsi naquit Lone Sloane » : c’est en ces termes que Philippe Druillet évoque la naissance de son héros dans la préface qu’il signe au début de cet album, tout en remerciant les deux nouveaux voyageurs qui désormais sont en charge de son destin.  

Si « Lone Sloane » est né dans l’improbable collection d’albums luxueux réservée aux adultes qu’avait initiée Éric Losfeld, c’est grâce au flair de René Goscinny, alors rédacteur en chef de Pilote, que le personnage est découvert par un large lectorat, alors qu’il effectue le premier de ses six voyages, à partir de février 1970, dans les pages de l’hebdomadaire qui s’amuse à réfléchir. Un véritable choc pour ceux qui découvrent l’univers éclaté d’un auteur habité par son art et qui ose défier les sages « Michel Tanguy » et « Astérix ».Ce retour trop souvent annoncé pour encore y croire est l’œuvre de deux auteurs quadragénaires adoubés par Philippe Druillet, ce qui n’est pas rien lorsque l’on connaît l’extrême exigence du bonhomme. L’idée, en 2008, d’écrire un ultime « Lone Sloane » pour Druillet revient à Serge Lehman qui, un jour, ne donne plus signe de vie au dessinateur Dimitri Avramoglou (né en 1975) qu’un douloureux deuil éloigne de la bande dessinée. Une réécriture du scénario initial par son ami Xavier Cazaux-Zago (né en 1977) lui donne, il y a maintenant trois ans, la force de poursuivre son travail. Quoiqu’il s’en défende, et il a raison, son ouvrage n’est pas celui d’un génial faussaire, mais le travail acharné d’un dessinateur tellement habité par l’œuvre du créateur qu’il parvient à proposer du Druillet, sans Druillet. Du « Lone Sloane » comme si sa main était soudée à celle de son maître de toujours : Philippe Druillet. Voilà une reprise où l’on retrouve la folie du créateur, ses mises en pages éclatées, ses décors baroques, ses scénarios délirants… Une invitation à lire ou relire cette fabuleuse saga qui a révolutionné la bande dessinée de science-fiction et dont tous les ouvrages sont disponibles aux éditions Glénat. Ce présent album de 88 pages est superbe : parfaitement imprimé sur un papier de qualité qui met en valeur les couleurs soignées de Stéphane Paitreau.

Notons que la première édition est proposée avec une jaquette offrant un superbe dessin au verso (repris dans le dossier de presse). Il existe aussi une édition spéciale en noir et blanc au tirage limité de format 27,5 x 38,5 cm (35 €, ISBN : 9 782 344 037 935).

Une exposition-vente des originaux de « Babel » sera proposée du 5 au 25 février prochains à la Galerie Glénat, du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures (22, rue de Picardie, 75003 Paris, tél. : 0142714686).

Henri FILIPPINI 

« Lone Sloane : Babel » par Dimitri Avramoglou et Xavier Cazaux-Zago, d’après Philippe Druillet

Éditions Glénat (19 €) – ISBN : 9 782 356 260 192

Galerie

Une réponse à « Babel » : Druillet sans Druillet…

  1. PATYDOC dit :

    Ah ! Le fameux adoubement du Maître ! On vient de nous faire le coup avec la reprise – qu’on peut juger décevante – de Blueberry. Mais ici, Philippe Druillet est vivant et bien vivant (76 ans je crois ? ) ; alors, pourquoi ne pas l’interroger ?