« Mausart à Venise » : une fable musicale en images majeures …

Si Thierry Joor a délaissé un temps ses fonctions de directeur littéraire des éditions Delcourt c’est uniquement pour scénariser un petit bijou de BD jeunesse pour les pinceaux virevoltants de Gradimir Smudja. Un Mozart petite souris ou Mausart découvre enchanté la splendeur de la Venise du XVIIIe siècle au début de son carnaval mais, attention, bien des dangers le menacent…

Il y a tout juste un an paraissait la première aventure de Mausart, une petite souris musicienne qui vit à l’intérieur d’un piano dans la Vienne de la fin du XVIIIe siècle. Il affirme son talent face à un Salieri, vieux loup vieillissant. L’empereur le remarque, sa gloire est assurée. Il donne des concerts devant toute la bonne société de l’empire d’Autriche.

Mausart à Venise page 3

Au début de ce volume, nous retrouvons Mausart dans une calèche, en route pour Venise. Il écrit à Constance, sa fiancée, brinquebalé par les cahots d’une mauvaise route. Il raconte les débuts de sa tournée triomphale en Italie, tournée avalisée par l’empereur après ses succès viennois. Venise, l’ultime étape est proche, il doit y donner un dernier concert à l’issue de cet interminable voyage. Sur le bac qui le conduit au cœur de la Sérénissime, il s’impatiente de découvrir la ville en plein carnaval.

C’est un ami de Salieri, monsieur Lopar, qui accueille et guide le jeune musicien. Après lui avoir présenté son logement, il lui laisse un temps libre pour déambuler sur les quais des canaux, de quoi faire de bien belles rencontres : une gitane puis Antonio Stradivari, l’inventeur du célèbre violon, le stradivarius, lui conte l’origine fantastique du son des instruments qu’il fabrique.

Enthousiaste, Mausart conte ce dialogue à Lopar qui lui apprend que Stradivari est mort des années auparavant ! Il ne le sait pas encore mais Mausart n’est pas au bout de ses surprises quand il pénètre dans la fastueuse demeure de M. Sassin, un mécène inquiétant, pour y jouer ses dernières œuvres.

Mausart à Venise page 8

C’est à l’issue d’une discussion impromptue lors du festival d’Angoulême que Gradimir Smudja évoque l’histoire d’une petite souris appelée Mausart (maus = souris en allemand) à son éditeur Thierry Joor. Celui-ci, enthousiaste, propose quelques idées et devient, pour la première fois de manière professionnelle, scénariste de bande dessinée.

Les planches des deux volumes de la série « Mausart » éblouissent par leurs qualités graphiques.

Virtuose du dessin, Smudja excelle autant dans la représentation des foules bigarrées du carnaval de Venise que dans les détails des nobles intérieurs des palais vénitiens ou dans les expressions de personnages zoomorphes comme pris sur le vif.

Aucun détail n’est sacrifié sous la plume de l’auteur d’origine serbe dont les couleurs lumineuses mettent en valeur les velours des costumes, la texture du bois travaillé par maitre Stradivari ou une étonnant vie subaquatique et musicale dans les canaux de Venise.

Le scénario de Thierry Joor est simple et plaisant. Le récit d’initiation commencé à Vienne se poursuit dans le nord de l’Italie pour une petite souris talentueuse mais encore bien trop naïve. Nulle fausse note dans cette BD jeunesse joué allegretto mais une petite musique très agréable. Le livret de Thierry Joor est mis en scène avec une grâce singulière par un Gradimir Smudja au sommet de sa forme qui met son talent au service de jeunes lecteurs qui ne peuvent qu’être charmés par le bestiaire somptueux de cette belle ode à l’art ; musique et dessin réunis.

.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Mausart T2 : Mausart à Venise » par Gradimir Smudja et Thierry Joor

Éditions Delcourt (14,50 €) – ISBN : 978-2-4130-1691-5

La vie musicale aquatique des canaux de Venise

Galerie

2 réponses à « Mausart à Venise » : une fable musicale en images majeures …

  1. PATYDOC dit :

    Michel Plessix réincarné en Smudja/Joor pour notre plus grand plaisir !