À l’école d’un peintre…

« L’Écolier en bleu », sous-titré « Chaïm Soutine (1941-1943) », évoque la vie de Chaïm Soutine, peintre russe, dont la vie est loin d’être parfaitement connue jusqu’à ce qu’il arrive à Paris en 1912. L’homme est d’ailleurs peu sociable et sa vie de bohème parisienne est tendue par la solitude, la marginalité, la misère. Seul compte peindre pour lui, coûte que coûte, quitte à être inclassable. Mais ce n’est pas à cette période que les auteurs de « L’Écolier en bleu » nous invitent…

En 1941, alors que se multiplient les rafles antijuives, Soutine et sa femme quittent Paris pour trouver refuge en Touraine, dans le village de Champigny-sur-Veude. C’est là qu’il fait la connaissance du jeune Marcel, 12 ans, fils du garde-champêtre chez qui le couple loge. Quand le gamin croise  pour la première fois Soutine, il n’entrevoit qu’un ogre. Pourtant ne profonde amitié s’installe entre le peintre et cet enfant qui deviendra le sujet de sa toile la plus célèbre : « L’Écolier en bleu ».

La vie du peintre pendant la guerre, exilé à la campagne, est d’abord celle d’un homme qui se cache, un homme difficile, à l’humeur changeante, ce qu’endure ce jeune garçon de ferme qui apprend à apprivoiser « l’ogre », à l’apprécier. Fasciné par le besoin de peindre de cet homme à nul autre pareil, il joue volontiers le modèle. Il sait aussi que Soutine est juif et qu’en cette année 1942 il est pourchassé.

Sur ce sujet difficile et touchant à la fois, le scénariste réalise une tranche de vie  tout à fait originale qu’il complète d’un dossier expliquant les raisons de son intérêt pour le sujet dans la mesure où « de nombreuses légendes, dit-il, entourent sa personne » ! La réalisation graphique, quant à elle, tient aux crayonnés efficaces du dessinateur rehaussés de couleurs souvent originales qui fonctionnent à merveille. La coloriste fait preuve d’un talent indiscutable tant pour les campagnes bucoliques,  les effets de nuit ou les paysages enneigés.

La couverture est de ce point de vue très réussie, intrigante, stylisée et très bien construite. Pour tout dire, c’est un album qu’on ouvre à cause d’elle plus que pour le sujet, puis découvrant peu à peu la vie du peintre, on se laisse porter, emporter par le personnage atypique  et par cette parenthèse risse où enfant il a dû se battre pour imposer sa passion dans un milieu ouvrier (le père est tailleur) hermétique à l’art.

Rappelons que le scénariste a signé l’étonnant « Sur les ailes du monde, un voyage de J.J. Audubon » (chez Dargaud, en 2016), la biographie du premier scientifique d’origine française du XIXe siècle, peintre également, dessinateur et ornithologue, naturalisé américain. Là encore une vie tumultueuse : faillites, détention, voyage en Europe pour financer ses reproductions de planches. Le parcours étonnant de Jean-Jacques Audubon est complété de notes, d’une biographie et de dessins. Joël Legars a signé, plus récemment, avec Jérémie Royer au dessin « HMS Beagle, aux origines de Darwin », l’histoire romancée d’une odyssée maritime et scientifique exceptionnelle.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« L’Écolier en bleu » par Joël Legars, Anna Conzatti et Fabien Grolleau

Éditions Steinkis (18 €) – ISBN : 9782368461846

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