L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...« Louisiana » : une flamboyante saga qui dénonce l’esclavage et les violences dont les femmes sont victimes…
Les éditions Dargaud continuent de nous proposer de nouveaux talents remarquables (1) avec, ce mois-ci, le lancement d’une épopée historique dans la lignée des romans se déroulant au sud des États-Unis du XIXe siècle (« Autant en emporte le vent », « Le Bruit et la fureur »…) due au dessinateur Gontran Toussaint et à la scénariste Léa Chretien.
Dans ce premier tome (il y en aura trois en tout), l’héroïne, héritière d’une dynastie de planteurs de Louisiane est à l’hiver de sa vie. Elle se remémore l’histoire de ses ancêtres empreinte de racisme, d’injustice sociale, de misogynie, mais aussi d’initiation au vaudou, en se confiant à sa fidèle domestique : une femme de couleur, certainement la mieux placée, d’après elle, pour comprendre ses choix et les difficultés qu’ont eues sa grand-mère, sa mère et elle-même à gérer une plantation, ce qui était complètement interdit aux femmes de cette époque.
D’emblée, le scénario nous captive, grâce à ses ambitions humanistes, à sa documentation sans faille, et à sa vision assez éloignée des images traditionnelles colportée par la légende américaine, mais aussi par la maîtrise et la subtilité de la narration et de l’écriture.
Il s’agit, pourtant, du premier scénario professionnel de la jeune Léa Chretien : une passionnée de dessin et d’histoires qui a étudié l’illustration à l’ÉSA Saint-Luc de Liège et qui a eu l’idée de « Louisiana » lors d’un voyage dans le sud des USA.
Mais ce qui se saute tout se suite aux yeux, c’est le graphisme à la fois très détaillé et vivant de Gontran Toussaint dont on ne connaissait, jusque-là que sa prestation un peu plus timorée sur le diptyque « Reporter » écrit par Renaud Garreta et Laurent Granier, chez Dargaud (en 2016 et 2017) où le texte, très dense, avait tendance à étouffer son trait.
Certes, les influences de Jean Giraud et d’Hermann (on sent que ce jeune Belge a beaucoup lu « Blueberry » et « Comanche » dans sa jeunesse) sont évidentes – personnellement, je rajouterai aussi celle d’Antonio Parras, dessinateur mythique de Pilote —, mais on sent qu’il est ici totalement en phase avec l’histoire, étant aussi à l’aise dans les passages intimistes et l’expression des visages que dans les paysages inquiétants ou somptueux des bayous et des plantations de la Louisiane.
Bref, ce galop d’essai est bien parti pour être un coup de maître : les amateurs de bonnes bandes dessinées classiques ne devraient pas passer à côté !
Gilles RATIER
(1) Voir, par exemple, tout récemment : Zola et ses deux femmes, magnifiés par deux nouvelles autrices remarquables !.
« Louisiana : la couleur du sang » T1 par Gontran Toussaint et Léa Chretien
Éditions Dargaud (14 €) — ISBN : 978-2205 — 07864-0
















