Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...CONNAISSEZ-VOUS « FOXY GRANDPA » ?
L’attendrissement d’un grand-père ou les malices d’un aïeul ? Tel serait le thème de Foxy Grandpa, dessiné par Carl Edward Schulze – dont le pseudonyme, Bunny, et la signature accompagnée d’un petit lapin feront carrière dans la bande dessinée
Notre personnage central présente tous les aspects du bon Grandpa. À son allure, on l’imagine bien tout juste sortir de son fauteuil dans un intérieur cossu. Son visage semble venir d’un tableau d’Ensor : une tête énorme, les yeux tout ronds derrière ses lunettes, le cigare au coin des lèvres ; l’expression peut paraître naïve et amusée. Ses deux petits-fils d’une dizaine d’années, l’un blond, l’autre brun, très semblables à Max et Moritz (de Wilhelm Bush) ou à Hans et Fritz (de Rudolph Dirks), trouveraient en lui la proie idéale à leurs canulars hasardeux. Mais notre « vieux renard », bien plus malin qu’eux, sait détourner leurs farces et se joue d’eux en les prenant à leurs propres pièges.
Ainsi, avec un graphisme simple aux aplats colorés, Foxy Grandpa s’inscrit parmi les bandes dessinées mettant en scène des séquences de la vie turbulente enfantine, en vogue aux États-Unis au début du siècle. Aujourd’hui encore, on nomme un viel homme rusé un foxy grandpa, alors que son origine même est oubliée.
La série paraît le 7 janvier 1900 dans le supplément du dimanche du New York Herald, puis dans le New York American, à partir du 16 février 1902. Rapidement, le succès la place en première page ; une comédie musicale s’en inspire. Mais le manque de renouvellement et le ralentissement des publications la fait passer, de 1910 à 1918, au New York Press. L’apparition de Bobby, au début des années vingt, ne parvient pas à la ranimer. Intitulée, en 1923, Foxy Grandpa’s Stories et diffusée par le Newspaper Features Service en une seule illustration, dans la rubrique jeunesse, elle devient épisodique et secondaire, avant de disparaître en 1929.
Claude Moliterni







