« Omega Men » : Alpha, échec et mat !

Tom King est à l’honneur en ce début d’été avec deux titres importants : « Mister Miracle », reprise personnelle du héros de Jack Kirby, et cet « Omega Men », autre récit de science-fiction, assez complexe, mais intéressant. Décryptage d’une saga de plus de 280 pages, qui, si elle n’a pas le statut de son voisin, n’est pas non plus issue de nulle part.

Autant le dire tout de suite, « Omega Men », du nom d’une équipe de héros galactiques créés par Marv Wolfman et Joe Staton en 1982, est un livre pour lequel davantage d’efforts sont demandés, avant d’espérer s’immerger au cœur de l’intrigue. Le découpage volontairement haché, présentant quasi systématiquement, sur une dizaine des premières planches, 9 petites cases très répétitives, avec peu d’informations, amène un sentiment d’interrogation, voire de malaise. Cela est volontaire, car la vue est subjective, rendue par le biais d’un écran de contrôle, et nous présente « l’interrogatoire » de Kyle Rayner, le White Lantern, kidnappé par ces fameux Omega Men. Que lui veulent-ils ? Et dans quel contexte a-t-il été amené là ? Les pages suivantes vont donner, lentement mais sûrement, l’explication nécessaire à la compréhension et l’acceptation d’une tragédie galactique riche en parallèles sociétaux actuels.

Lorsque Marv Wolfman et Joe Staton créent les Omega Men en 1981, dans Green Lantern #141, ce n’est pas pour un récit inoubliable, tout juste présente-il ces personnages issus de la galaxie Vega au héros vert. C’est au cours de leurs différentes aventures, contées dans diverses séries dont certaines à leur nom, que l‘on apprend à détailler leur appartenance à quelques une des 25 planètes du système Vega, où les races respectives, dont les Tamaraneans, Euphorixians, Aelloans, Karnans, et les Changralyns, sont dirigées de manière tyrannique par les Citadeliens.



Les Omega Men, dans cette nouvelle saga s’incorporant dans la version « DC You » du R
elaunch de DC en 2015, sont : Primus,un télépathe et télékinétique de la planète Euphorix, Kalista, fiancée de Primus, une sorcière issue de la même planète, et ici princesse aguerrie, Tigorr, Taghurrhu (sorte de tigre) de la planète Karna, dernier de sa race. Broot, un être massif quasi indestructible, né d’une communauté pacifiste sur Changralyn, mais rejeté et devenu violent, Doc, un robot docteur d’Aello, et enfin : Scrapps, une jeune fille ayant vue le massacre de tous les siens, recueillie et élevée par Doc. Sans vouloir dévoiler totalement le synopsis et les nombreux rebondissements, ils vont être rejoint par un septième larron, afin d’arriver à leurs fins.

Avec ses couvertures au graphisme très Design, faites d’affiches de propagande détournées, réalisées par Trevor Hutchinson, et l’avancée pas à pas, dans ce qui ressemble d’abord à une enquête, mais aussi à un thriller géo politique, avant de devenir un récit de guerre, le déroulé d’ « Omega Men » pourra rappeler le « Watchmen » d’Alan Moore. Même suspens glaçant, entrelacement de personnages aux tempéraments et pensées complexes, dont on ne sait pas très bien de quel bois ils sont réellement faits…mais une équipe soudée, et galactique, qui doit pour le coup d’avantage aux Gardiens de la galaxie, créés eux en 1969, ne serait-ce que dans leur diversités éthiques et de forces.


Le dessin de Barnaby Bargenda, vu entre autre sur « Suicide Squad Rebirth », apporte la touche juste alternative qu’il faut pour donner son aspect graphique sérieux à l’histoire. Car le drame donne le ton dans ce conflit à la fois religieux et politique, que d’autres dessinateurs contribuent à illustrer sur certaines planches, de manière assez fusionnelle par rapport au style principal. C’est le cas de Toby Cypress, Ig Guara et José Marsan Jr, tandis que les couleurs, réussies, sont assurées par Romulo Fajzrdo Jr, Tomeu Morey et HiFi. Traduction Jérôme Wicky.

Si l’on rentre avec effort dans cette « saga », on aborde finalement avec plaisir chaque chapitre, qui s’enchaîne sans déplaisir jusqu’à la conclusion. Cette équipe, d’abord présentée comme un repère de terroristes, nous embarque dans sa lutte contre l’obscurantisme et la folie meurtrière d’un conseil galactique arrogant et véreux, sûr de son pouvoir, (souvenez-vous de l’étoile noire dans « Star Wars », ou de la destruction de la terre dans « UW1″ »), tentant de rallier Kyle Rayner, longtemps dépossédé de toute force. Cette présence en second plan, mais au final centrale, est un des points fort de l’histoire, tout comme les caractères de chaque personne, bien étudiés et rendus. Le propos est profond, assez désespéré, mais éminemment engagé. Cela rend cet album important et digne d’un manifeste.

Les Omega Men reviennent au devant de la scène, avec un récit très politique, et d’excellente qualité. C’est une très bonne surprise, et donc un plaisir que l’on ne boudera pas.

 

Franck GUIGUE

« Omega Men » par Tom King et Barnaby Bargenda
Éditions Urban comics (22,50 €) – ISBN : 9791026820277

Première apparition des Omega Men

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