Une montée de sève pour le « Swamp Thing » de Len Wein et Berni Wrightson, rendu à nouveau disponible en français !

Elle est là, elle est cartonnée, épaisse, et remplie de bonne choses. C’est la réédition augmentée tant attendue du « SwampThing » de Len Wein et Bernie Wrightson chez Urban Comics. Les lecteurs amateurs vont découvrir un classique absolument incontournable, tandis que les fans savoureront avec joie cette réédition réalisée avec goût.

En décembre 1970, Len Wein, alors scénariste pour Marvel, DC ou Gold Key comics, réfléchit lors d’un trajet de bus, à un nouveau récit pour certaines revues d’horreur du moment :  House of Secrets ou House of Mystery. L’humeur de la matinée lui donne une idée originale, qu’il propose à Joe Orlando, alors rédacteur en chef de ces revues chez DC. Celui-ci est emballé, même si, ou parce qu’il y trouve une allusion à la nouvelle « Ça » de Theodore Sturgeon, datant de 1940. Un soir suivant, invité à une fête de Noël à Long Island, l’auteur se retrouve, en rentrant, dans la même voiture que le jeune Bernie Wrightson (le « E » du prénom a été perdu ensuite). Celui-ci, sortant d’une rupture douloureuse, lui semble tout désigné pour illustrer ce récit de dix pages à la poésie crépusculaire. Wrightson accepte. Et… la légende est lancée.

DC, comprenant le filon, aux vues des nombreuses réactions positives de lecteurs, souhaite surfer sur ce succès en lançant le propre titre de la créature des marais. Il faudra néanmoins attendre plus d’un an avant que Len Wein, comprenant qu’il n’est pas obligé de reprendre telle quelle l’histoire et les personnages, propose un nouveau départ à Bernie Wrightson. L’idée étant cependant bonne, l’artiste accepte et réalise les dix premiers épisodes. La suite est connue : après trois autres épisodes dessinés par Nestor P. Redondo, la sauce retombe petit à petit, le scénario étant laissé à son tour par Len Wein, entre autre repris par David Micheline. Je me permets de renvoyer ici sur le site que je consacre à Berni Wrightson, où le détail des épisodes originaux est proposé :
https://wrightsoninfrench.pagesperso-orange.fr/albums.html

Il faudra attendre les années quatre-vingt (1982, et divers scénaristes dont Bruce Jones, puis 1984 avec Alan Moore), pour que la série connaisse une renaissance bienvenue, jusqu’en 1991 où le passage de Nancy A. Collins induit une malheureuse redescente qualitative. Grant Morrison, puis Mark Millar redonnent alors du tonus et une nouvelle direction, dans l’esprit de Moore, à la fin des années quatre-vingt-dix. Le début des années deux-mille verra Brian K Vaughan s’emparer avec succès de la série, puis une nouvelle baisse des ventes sur une quatrième version sera à déplorer avant que 2011 et le New 52 de DC relance la série dans une direction sombre et très écologique, sous les auspices de Scott Snyder.

Les dix épisodes présentés ici sont les originaux des années soixante-dix des deux auteurs cultes Len Wein et Berni Wrightson, incluant l’épisode original de dix pages. Les trois autres épisodes d’époque, illustrés par Nestor Redundo, sont presque inédits, car n’ayant jamais été reproposés depuis leur parution originale en français dans les numéros 10,11 et 12 de la revue Artima Spectral en 1976. Ces trois épisodes, s’ils ne sont pas désagréables, font davantage penser à la Planète des singes, voire Conan, dans leur propos (retour vers le passé, combat contre des monstres préhistoriques…), et on ne retrouve pas vraiment la force de la poésie précédente du scénariste. Néanmoins, ils sont indispensables, car ils donnent à voir une conclusion concernant les relations entre Alec Holland et l’inspecteur Matthew Cable, tout comme l’arrivée de la jeune Abigail Arcane, amenée à vivre intensément de futurs épisodes. La créature ouvre aussi la bouche et s’exprime pour la première fois en langage humain.

Ce nouveau recueil à la belle couverture, dans un cartonnage épais, (traduction de Maxime le Dain), joint en bonus l’hommage réalisé par Tom King et Jason Fabok au dessin, dans le comics Winter Special en janvier 2018 et chroniqué sur mon blog : http://leblogd-hectorvadair.blogspot.com/2018/07/young-monsters-in-love-1dc-universe-80.html. Il est ici proposé en noir et banc, afin de ne pas dépareiller. Toutes les couvertures originales en couleur sont présentées, ainsi qu’une introduction de Len Wein datée 1991 (publiée dans le recueil « Dark Genesis »), un texte de Rebecca Taylor, éditrice DC, en hommage au scénariste et…les planches de Kelley Jones, prévues sur le tout dernier script de Len Wein (proposé ici en français), produit en 2018, pour ce qui devait être le grand retour de la créature.

Ces planches essentielles de Bernie Wrightson, qui allait devenir la star que l’on sait, sont enfin à nouveau disponibles, dans une très belle édition et un noir et blanc éclatant, et sont à déguster, en même temps que les textes de Len Wein, d’une rare poésie. Ces deux auteurs, disparus tous deux en 2017, qui auront marqué les années 70, 80 et 90, ont enfin un écrin digne de leur talent pour cette histoire culte. Il s’agit donc de ne pas manquer cet album essentiel, la précédente édition brochée « Genèse » (Delcourt, 2004), ayant vite été épuisée !

 

Franck GUIGUE

« Swamp Thing : La Créature du marais » par Len Wein et Bernie Wrightson
Éditions Urban comics (35 €) – ISBN : 979-1026814405

 

Galerie

Une réponse à Une montée de sève pour le « Swamp Thing » de Len Wein et Berni Wrightson, rendu à nouveau disponible en français !

  1. Captain Kerosène. dit :

    Ce n’est pas Hector Redondo mais Nestor Redondo.

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