Dans l’Amérique des années 1930, un jeune garçon connait des aventures mouvementées, racontées dans une belle ligne claire, et non, ce n’est pas Tintin mais Nino, …

Au début des années 1990, la ligne claire n’est pas morte. La preuve, deux auteurs flamands, Dirk Stallaert et Hec Leemans, donnent naissance à une série d’aventures, classique et efficace : « Nino ». Les trois albums de la série sont compilés dans une impeccable intégrale introduite par un dossier illustré du journaliste David Steenhuyse. Une trilogie surprenante, à découvrir ou redécouvrir !

Pourquoi un orphelin ?

Tout est tranquille sur les quais du port du Havre en cette nuit étoilée des années 1930. Deux policiers font leur ronde et tuent le temps en buvant le cognac d’une flasque. Leur dialogue, un peu aviné, est interrompu par l’irruption de deux hommes en voiture qui pourchassent un jeune garçon qui s’est enfui de l’orphelinat. Celui-ci est suffisamment malin pour se faufiler entre les caisses des entrepôts pour échapper à ses poursuivants. Il réussit à grimper dans le paquebot amarré qui n’est autre que le célèbre Normandie. Nino en devient passager clandestin pour une traversée transatlantique.

Nino l’aventure américaine page 27

Claudia et Nino

Nino s’est caché dans une chaloupe de secours, ce qui n’a pas échappé à la sagacité de Claudia, une jeune italienne qui part vers les Etats-Unis avec son vieil oncle.

Les deux adolescents sympathisent avant que la présence de Nino ne soit découverte par d’autres personnes.

S’en suivent des aventures échevelées avec deux espions nazis un peu balourds, un énigmatique grand blond, un commandant de bord conciliant et un oncle sicilien au lourd secret. Nino n’est pas renvoyé à l’orphelinat, il débarque libre à New-York.

Le départ du Normandie

Nino T1

C’est le début de ses aventures américaines narrées dans les tomes 2 et 3 de la série : « La Princesse de Manhattan » et « Le Grand dragon ». Les routes de Nino et Claudia se croisent de nouveau malgré les agissements d’un chef de la mafia newyorkaise, le terrible Ennio Macaroni et d’un groupe du Ku Klux Klan du Mississippi.

Nino fait preuve d’un grand courage pour triompher de l’adversité, aidé dans ce combat par un père de substitution, le chauffeur de taxi d’origine écossaise Ronny Mac Cab. Et si la série s’était poursuivie après 1995, il était prévu que le jeune orphelin rejoigne la belle Claudia à Hollywood, sur la côte Ouest.

Nino l’aventure américaine page 39

Nino T 2

Les éditions Cerises & Coquelicots offre un superbe écrin à l’intégrale d’une trilogie un peu oubliée. De 1990 à 1995 paraissent les trois volumes des aventures de Nino : « le Voyage en Amérique », « La Princesse de Manhattan » et « Le Grand Dragon ».

Malgré le succès critique et populaire, Nino ne foulera pas le sol de Hollywood comme il était prévu dans le quatrième volume. Le journaliste David Steenhuysse retrace dans un dossier de 24 pages l’origine et le parcours d’une série flamande de grande qualité.

Nino l’aventure américaine page 53

Croquis de Dirk Stallaert

Auteur complet de séries à succès comme « Bakelandt » et « F.C. De Kampioenen », Hec Leemans propose à Dirk Stallaert de dessiner une bande dessinée pour lui en 1989. Elle est publiée la même année dans l’hebdomadaire « Hello Bédé » qui a succédé au journal « Tintin ».

Au-delà d’une intrigue cohérente, bien menée et réaliste, c’est la qualité du dessin qui marque à la lecture des albums. Dirk Stallaert parle ainsi de son travail :

« Sur chaque bâtiment, toutes les fenêtres sont visibles. Dessiner des détails n’a jamais été un problème pour moi, par contre, en omettre… C’est la partie la plus difficile de mon travail. Personnellement, dessiner beaucoup de détails ne demande pas trop de temps, quand je dois aller vite, j’en ajoute plein ! Par contre, si j’ai plus de temps, il y en a beaucoup moins. On peut masquer beaucoup d’imperfections. J’utilise aussi des silhouettes et des ombres. »

Un U-boot nazi menace le Normandie

Nino T 3

Perfectionniste, Dirk mettra trois ans à dessiner « Le Grand dragon », c’est pour cela que Le Lombard décide d’arrêter la série malgré des tirages « pour lesquels les éditeurs d’aujourd’hui se damneraient. »

Toutefois, son travail ne passe pas inaperçu. Yves Sente, alors rédacteur en chef de « Hello Bédé » lui a plusieurs fois suggéré de dessiner une histoire de « Blake et Mortimer », lorsque la série a été relancée. Dirk Stallaert n’en avait pas alors envie : « Je venais d’arrêter « Nino » et j’en avais plus qu’assez de la ligne claire ».

Après son refus, en fin de compte c’est André Juillard qui dessinera « La Machination Voronov »

Le Cotton Vlub de Cab Calloway

Vous prendrez un immense plaisir à retrouver une ligne claire très pure, au service d’un scénario classique et efficace, à la lecture des aventures de Nino que nous conseillons évidemment pour des lecteurs âgés de 7 à 77 ans !

La naissance de Nino

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« Nino l’aventure américaine » » par Dirk Stallaert et Hec Leemans

Éditions Cerises & Coquelicots (25,00 €) – ISBN : 978-2-914880-34-3

Nino découvre New-York

Galerie

4 réponses à Dans l’Amérique des années 1930, un jeune garçon connait des aventures mouvementées, racontées dans une belle ligne claire, et non, ce n’est pas Tintin mais Nino, …

  1. Olivier Northern Son dit :

    Un peu comme si Bob de Moor avait travaillé au Petit XXème!

  2. Fab dit :

    Cela me fait penser à Dick Briel. Son professeur Lapalme mériterait lui aussi une intégrale.

  3. Treblig dit :

    Une petite erreur constatée dans la rédaction de ce billet : l’album de Blake et Mortimer, dessiné par André Juillard, s’appellait « La machination Voronov » (et, non pas, Vorochilov).

    Cordialement.

    • Laurent Lessous dit :

      Bonjour,

      Tout à fait, Je corrige de suite. Mon admiration pour Kliment Vorochilov maréchal de l’Armée rouge, refait surface régulièrement.

      Bien cordialement,

      Laurent Lessous