Hollywood, loin des mythes…

S’appeler « Nevada » (Nevada Marquez, pour bien marquer la filiation mexicaine) quand l’histoire se situe dans le Nevada, c’est simple, attractif, mais peu original. Ce qui l’est davantage avec cette nouvelle série, c’est d’une part le rapprochement thématique Far-West (finissant) et industrie (naissante) du cinéma hollywoodien ; d’autre part, la juxtaposition de montures fort différentes, celles de cavaliers indiens et celle d’un « biker » traversant le désert… En tout cas, dans la première planche !

Fin des années 20 : le cinéma hollywoodien s’est tellement développé que les stars du muet ont pris la grosse tête, avec leurs caprices et leurs inconséquences. C’est dans ce milieu que Nevada Marquez s’est créé un espace professionnel atypique : cascadeur, homme de main, détective privé… disons homme à tout faire, sauf coucher avec l’importante actrice-productrice, Louise Hattaway, pour laquelle il travaille. On comprend qu’un  secret ancien les relie, mais on n’en saura pas plus dans ce premier tome.

Pour l’heure, Nevada roule sur sa Harley pour aller récupérer une actrice aussi bête qu’elle est belle, retenue par un beau prétendant qui l’empêche d’aller tourner. Or, les banques n’aiment pas les retards quand elles investissent ! C’est le cas bientôt avec une autre vedette, un certain  Mac Nabb, qui fait faux bond sur les plateaux (c’est bête pour un cascadeur !) et qu’il va falloir retrouver coûte que coûte (justement, vaudrait mieux pas que ça coûte !) de l’autre côté de la frontière, à Tijuana.

C’est tout l’enjeu de ce premier tome, sortir le Mac en question d’une situation très délicate. Voilà encore un acteur aussi bête qu’il est beau et qu’il est bon (décidément les scénaristes ne leur font pas de cadeaux) et qui s’est fourré avec un sens de déni qui frise l’exploit dans un sac de nœuds mortel. Pour Nevada, héros pur jus (mais pas sans failles, ce que révèleront sûrement les épisodes ultérieurs), tout est bon pour retrouver l’imbécile (qui, pourtant, cite Corneille et Andromaque !) et le sortir des griffes d’un trafiquant local et intouchable, Don Vila. Tout est bon, au point que les scénaristes se sont laissés aller à quelques grosses ficelles et c’est un peu dommage, à moins de considérer que c’est pour faire un clin d’œil nostalgique à Charlier ou aux films made in Hollywood !

Heureusement, le spectacle visuel fait oublier tout ça et le lecteur, plutôt le spectateur, se laisse envouter et en profite : désert et canyons du Nevada, belle propriété à Beverly Hills, petite ferme perdue dans les rocailles de l’autre côté du Rio Grande, monastère en ruines, mines désaffectées… dessinés par Colin Wilson avec sa maestria habituelle – digne des « Jeunesse de Blueberry » qu’il a dessinés dans les années 80/90 -, sans oublier les très belles couleurs de Jean-Paul Fernandez. Le tout est agrémenté de scènes d’action avec duels, mitrailleuses, poursuites poussiéreuses, dans le but de divertir, certes, mais également de mettre à mal l’image idyllique de l’usine à rêves hollywoodienne et les mythes qu’elle va dans ces années-là s’acharner à pieusement construire.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Nevada T1 : L’Etoile solitaire » par Colin Wilson, Fred Duval, Jean-Pierre Pécau
Éditions Delcourt (14, 95 €) – ISBN : 978-2-4130-1059-3

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