Richard Malka : l’interrogatoire !

Un des événements de ce début d’année est, sans aucun doute, la parution du premier volume de Section financière, la nouvelle bande dessinée de Richard Malka, le scénariste à succès de l’Ordre de Cicéron. Nous l’avons rencontré pour un interrogatoire en bonne et due forme.

 

 

QUESTION : Veuillez rappeler vos nom, prénom et profession.

 

REPONSE : Richard Malka, né le 6 juin 1968 à Paris 11, essentiellement avocat.

 

 

 

QUESTION : Vous êtes notamment  connu comme le défenseur de la bande à Charlie Hebdo ?

 

REPONSE : J’ai de mauvaises fréquentations dans le domaine de la presse, en particulier au sein du journal Charlie Hebdo, mais  avec les médias en général . Mes clients sont principalement des journalistes, des éditeurs et des auteurs.

 

 

 

QUESTION : Vous déclarez être «  essentiellement  » avocat, mais nous connaissons parfaitement votre seconde activité …Comment êtes vous arrivé dans la bande dessinée ?

 

REPONSE : Par passion. J’espère que ce n’est pas un délit !

 

 

 

QUESTION : Ce sera aux critiques et aux lecteurs d’en décider ! Ce n’est pas la première fois vous utilisez le milieu judiciaire, comme base à votre travail scénaristique. Qu’avez vous déjà commis en bande dessinée ?

 

REPONSE : L’ordre de Cicéron, dont le premier volume est paru en mai 2003. Avec un délinquant chevronné au dessin, M. Paul Gillon, qui en est à un état de récidive aggravé puisqu’à 77 ans il a derrière lui quelques dizaines de publications délictuelles, voire criminelles pour certaines ! Je rappelle en effet qu’il affectionne particulièrement de dessiner des jeunes et jolies femmes dénudées, ce qui pourrait caractériser le délit d’atteinte aux bonnes mœurs

 

 

 

QUESTION : Vous avez déclaré aux services de Police que vous réalisez une  série sur la Section Financière. Qui vous a informé sur le sujet ?

 

(Longue hésitation)

 

REPONSE : J’ai eu l’occasion d’arpenter les couloirs du pôle financier du palais de justice de Paris, c’est à dire l’ancien immeuble du Monde, en défendant des personnes qui étaient poursuivis pour divers délits financiers, de la corruption aux abus de bien sociaux, en passant par des faux bilans

 

 

 

Et comment …

 

Je précise qu’évidemment ces clients étaient tous innocents !

 

 

 

Evidemment !

 

Et injustement poursuivis !

 

 

 

QUESTION : Revenons-en aux faits, si vous voulez bien ! N’est-il pas contradictoire de ne prétendre défendre que des innocents et d’avoir une connaissance si fine des rouages des affaires internationales de corruption ?

 

REPONSE : J’ai un réseau d’informateurs très développé et extrêmement compétents dans leur domaine d’activité respectif. Les journalistes, comme on le sait, ont des contacts étroits avec le monde judiciaire. Ceux-ci étant mes clients, j’ai pu bénéficier de quelques informations privilégiées, en particulier sur le détournement de fonds venant du Fond Monétaire International ayant eu lieu en Russie : les milliards versés à certains organismes « publics » ayant disparu au profit de diverses mafias.

 

 

 

QUESTION : Vous avez déclaré que ce contexte est réel, que vouliez-vous dire exactement?

 

REPONSE : Lorsque la Russie a abandonné le modèle communiste pour passer à l’économie de marché, il a fallu éviter à ce pays, puissance nucléaire, de connaître un état de chaos et l’économie de l’ex-URSS a été portée à bout de bras par le FMI. Des dizaines de milliards de dollars ont été déversés pour aider les ex-soviétiques à s’orienter vers le libéralisme. Cet argent s’est très vite retrouvé sur des comptes chypriotes ou suisses de certains oligarques du pays. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Joseph Stiglitz, l’ancien Vice-Président de la banque mondiale, ancien conseiller de Bill Clinton.

 

 

 

QUESTION : L’affaire Pétroprom nous intéresse particulièrement …

 

REPONSE : Oui, je comprends. La fameuse société Petroprom ! D’après mes sources concordantes au pôle financier et dans les domaines journalistiques, il s ?est avéré que, par l’intermédiaire d’une ancienne banque soviétique privatisée et consultée en qualité d’expert, les fonds du FMI ont été orientés vers un ensemble de sociétés devant être modernisées. En fait, toutes ces entreprises subventionnées ont disparu, juste après  que les fonds récoltés se soient eux-mêmes volatilisés ! Pour la première fois, un dirigeant d’une de ces sociétés, Petroprom en l’occurrence, est réapparu à Paris, précisément à l’hôtel de Crillon. Ce fait a intéressé au plus haut point les magistrats de  la section financière qui ont décidé d’appréhender cet individu douteux.

 

 

 

QUESTION : Et vous avez décidé de raconter cette histoire ?

 

REPONSE : Je tiens à préciser que je l’ai fait au péril de ma vie ! 

 

 

 

QUESTION : Et de celle d’Andréa Mutti, également, déjà connu de nos services également ! Comment avez-vous embarqué ce dessinateur dans l’aventure ?

 

REPONSE : J’ai bénéficié effectivement de la complicité d’Andréa Mutti. Un complice de nationalité italienne, je précise, ce qui ne fait qu’aggraver sa présomption de culpabilité. Je l’ai rencontré par l’intermédiaire d’une relation que je n’ose pas citer, car son simple nom provoque de nombreuses  réactions vives et souvent négatives, le sieur Eric Adam, notre directeur de collection. Il nous a mis en relation dans un café glauque et lugubre du 18ème arrondissement de Paris et je n’en dirai pas plus sur les fréquentations de cet établissement. Et je dois admettre qu’Andréa est également un récidiviste, puisqu’il s’agit du dessinateur d’Arrivederci Amore, une bande dessinée traitant du grand banditisme italien des années 1990.

 

 

 

QUESTION : Si votre complice est italien, d’où lui vient toute cette documentation importante et précise sur les lieux des situations et de l’action ?

 

REPONSE : Malheureusement, je suis encore coupable. C’est moi  qui lui ai fournie !

 

 

 

QUESTION : Vous avouez vous être rendu sur les lieux de l’enquête ?

 

REPONSE : Effectivement, muni d’un appareil photo caché dans la boutonnière de mon veston, et d’un appareil vidéo dans la branche de mes lunettes de soleil !

 

 

 

QUESTION : Vous avez suivi pas à pas Eval Caïn, le chef de la Section Financière du Parquet de Paris. Que pouvez-vous nous en dire?

 

REPONSE : Eval Caïn est arménien d’origine, nourri au sentiment d’injustice, qu’il ne supporte pas. Il a une personnalité complexe, intéressante, attachante. C’est effectivement un haut magistrat, extrêmement brillant. Il est assez coureur de jupon, n’est jamais parvenu à se stabiliser sentimentalement et est toujours à la recherche du grand amour. Il s’investit à fond dans sa profession et est intéressé, au plus haut point, par la réapparition d’Ivanov, l’ancien dirigeant de la Pétroprom, à Paris. Il va donc mobiliser son équipe de la brigade financière, située rue du château des rentiers, pour l’appréhender. Enfin, en tout cas et en premier lieu pour le surveiller, rapport aux détournements de fonds dont il est soupçonné. C’est une enquête de dimension internationale, essentielle pour sa carrière, au delà du sentiment de justice qui anime ce haut magistrat intègre.

 

 

 

QUESTION : Quelle est la spécificité d’un tel procureur, par rapport aux policiers, notamment ?

 

REPONSE : C’est un magistrat. Il décide et les policiers exécutent. Eval Caïn mène certaines investigations lui-même, comme il en a le droit, au titre de l’article 41 du code de procédure pénale, qui prévoit qu’un procureur peut procéder lui-même à tous les actes nécessaire à la poursuite d’une infraction. Il est peu fréquent qu’un procureur mène physiquement les opérations mais il en a tout à fait le pouvoir et c’est parfois le cas.

 

 

 

QUESTION : Vous lui prêtez des méthodes plutôt douteuses. Qu’en pensez-vous ?

 

REPONSE : Je n’ai pas l’habitude de défendre les procureurs, en tant qu’avocat. On peut, effectivement, lui reprocher des méthodes peu orthodoxes mais d’une certaine efficacité qui donnent des résultats. Il donne d’ailleurs beaucoup de lui-même, y compris auprès des femmes.

 

 

 

QUESTION : Vous révélez une  relation aventureuse entre Eval et Jonquille, une jeune femme de la brigade financière. Est-ce la vérité ?

 

REPONSE : Jonquille est une jolie jeune femme. Sans aller jusqu’à dire que ses mœurs sont légères, il est clair qu’elle est jeune et trouve le procureur Eval Caïn très séduisant, ce qui est compréhensible. On peut supposer un certain faible de sa part. Elle l’a beaucoup sollicitée et, la chair étant faible, le procureur semble avoir succomber à ses charmes. Mais attention, j’attire votre attention sur le fait que nous touchons à la vie privée de ces personnes et qu’il est totalement prohibé de l’évoquer !

 

 

 

QUESTION : Ne jouez pas au plus malin, s’il vous plait. C’est sûrement moins interdit d’évoquer les relations de ce procureur avec son témoin clé, Irina. Qu’avez vous à préciser à ce sujet ?

 

(Hésitations)

 

REPONSE : Je ne sais pas si je peux vous dévoiler tout ce que je sais de cette affaire. Irina est mise en cause dans le cadre de l’enquête puisqu’elle en sait visiblement plus que ce qu’elle veut bien dire. Ceci étant dit, elle sera victime d’une tentative d’assassinat, à l’arme lourde et naturellement, deviendra témoin protégé, avant même d’être  la cible d’une seconde tentative de meurtre alors qu’elle est en convalescence à l’hôpital. A partir de la, Eval va tout faire pour protéger ce témoin essentiel. Peut-être a-t-il un peu dérapé dans son souci de protection, toujours plus rapprochée, de témoin ! Mais il œuvre pour la justice car Irina va finalement se confier auprès de lui.

 

 

 

QUESTION : Un autre personnage clé est une avocate, que vous décrivez comme corrompue. Vous n’êtes pas tendre avec vos confrères dans votre récit. Une vengeance personnelle, peut-être ?

 

REPONSE : Pas du tout, j’ai toujours eu beaucoup d’attirance pour les avocates corrompues ! D’autant plus que celle-ci, la belle Ana Amalia Guévara est extrêmement sémillante, pétillante. Tout aussi jolie brune qu’Irina est une charmante blonde. Elle va faire l’objet d’une perquisition dans son cabinet d’avocat. De manière très encadrée car ce type d’intervention est soumise à d’importantes restrictions légales : le bâtonnier doit être présent et les mesures de saisies sont très limitées. J’attire votre attention sur le fait que cette perquisition n’a rien donné ! En tout cas officiellement !

 

 

 

QUESTION : Un indice, dans les conclusions de la perquisition, a retenu notre attention : Ana Amalia possède  un coupe papier orné d’un mystérieux symbole, qui semble réunir de nombreuses personnes, à tout les niveaux de la procédure. Il s’agirait d’une société secrète. En avez-vous entendu parler ?

 

REPONSE : C’est le point le plus mystérieux de cette histoire ; Il apparaît en filigrane un symbole représentant un dragon dans un cercle qui serait l’emblème d’une organisation nommée l’Opus scientilique. Ce nom apparaît parfois dans des dossiers mais personne n’est parvenu à obtenir une preuve concrète de l’existence de cette organisation ; bien que les rumeurs les plus effrayantes circulent à ce sujet. Je n’en sais pas plus !

 

 

 

QUESTION : On a pourtant l’impression qu’au long de cette série d’événements que vous relatez, l’Opus sera de plus en plus présent. Vous semblez vraiment bien connaître cette organisation. Qu’avez vous à ajouter ?

 

REPONSE : Ecoutez ! c’est une question trop délicate,  la seule précision que je peux vous donner librement, est que cette organisation, qui prétend avoir un but noble, alors qu’elle apparaît comme étant criminelle, va effectivement devenir plus présente au fil du récit parce qu’elle va se rapprocher de son but ultime. Est-il humaniste ou démoniaque, je ne sais pas !

 

 

 

QUESTION : L’Opus scientilique semble régulièrement informé de l’avancée de l’enquête. Une taupe serait-elle présente au sein de la section financière ?

 

REPONSE : Je n’ai pas d’information particulière sur ce point . Il est vrai que  les deux tentatives d’assassinat d’Irina sont effectivement très troublantes parce que seules quelques rares personnes de la brigade financière étaient au courant de l’endroit où elles se trouvait et pouvait y accéder. Donc, la seule chose que je sais est qu’au sein même de la brigade financière existe des suspicions de trahison. Ensuite, c’est à la justice de faire son œuvre. Je ne suis qu’un modeste avocat, auxiliaire de justice.

 

 

 

Nous en resterons là pour aujourd’hui !

 

 

 

Propos recueillis par Laurent Turpin

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