Panini comics a raison, bien raison, de rééditer « La Planète des singes » …

Indisponibles depuis leur parution française incomplète dans les 19 numéros de la revue éponyme éditée par les éditions Lug, de 1977 à 1978, les adaptations des films issus du roman culte de Pierre Boule ont aussi accueilli en leur sein des récits inédits écrits par Doug Moench. Occasion est donnée depuis septembre 2018 de les retrouver en intégrale, puisque le tome 2 (sur 4) vient de paraître ce mois de janvier aux éditions Panini comics…

En 1974, suivant le succès des cinq films proposés de 1968 à 1973 par Arthur P. Jacobs et la Twentieth Century Fox, commande est passée afin de proposer aux amateurs de comics les films réadaptés en bande dessinée. Les États-Unis sont friands de ce genre de pratique et l’époque n’est pas avare du principe. Doug Moench, principal scénariste de la maison des idées à cette époque, et passionné de Science-Fiction et de Fantasy, est choisi pour assurer le travail. Lui qui est le créateur du personnage de Moon Knight mais aussi scénariste sur « Conan », « Kull le roi conquérant », « Batman », ou « Shang-Li , maitre du Kung Fu », sans parler, plus tard, de la superbe série « Batman Dracula » avec Kelley Jones, va non seulement assurer un travail de qualité, s’entourer de bons dessinateurs noir et blanc, mais aussi produire toute une nouvelle saga, intitulée : « Terror on the Planet of the Apes », indépendante de la saga principale bien connue.

La revue de 82 pages Planet of the Apes, éditée par Curtis, une filiale des éditions Marvel en 1974, présente, parmi des articles sur la licence, le prologue de cette nouvelle série en page 7, puis, en seconde partie, page 50, le début de l’adaptation « fidèle » du premier film. Les éditions Lug françaises en proposeront dès 1977 une traduction, en inversant cela dit le processus, puisque ce sera l’histoire « originelle » qui sera proposée en première partie de revue La Planète des singes, ne comprenant d’ailleurs que 63 pages, puis le nouveau récit en seconde partie, intitulé au passage « Les Proscrits de la Planète des singes ».

On notera d’ailleurs que là où les auteurs Doug Moench et Mike Ploog étaient crédités très visiblement aux Etats-Unis, cela ne sera pas le cas en France. Une petite faute de goût qui, 41 ans plus tard, n’a pas servi de leçon, puisque l’on remarque que dans les deux beaux recueils qui font l’objet de cette chronique, les noms des artistes sont lancés « en pâture » dans les pages de garde de l’album, sans que l’on sache sur chaque chapitre qui fait quoi.
Tentons de remettre les pendules à l’heure, avec une chronique des deux premiers tomes, pour le prix d’une.

 

 

Les éditions Panini ont choisi très à propos de publier tout d’abord  dans le tome 1 la série créée par Doug Moench : « Terreur sur la planète des singes ». Nous sommes donc immédiatement transportés dans le village d’Adobe, où singes, gorilles et humains cohabitent, même si ce sont les créatures simiesques qui dictent leur loi.

Pour cela un donneur de loi fait office de guide suprême et prêche la tolérance et la cohabitation. Cependant, le gorille Brutus, chef de la paix (sic), va outrepasser ses droits et devenir de manière, d’abord clandestine, puis à visage découvert, un chef de milice violent anti humains. Ses sbires, cagoulés façon Ku Klux Klan, vont terroriser la race humaine et assassiner les parents du jeune Jason, anti héros de cette longue saga rocambolesque et violente. Ce dernier, révulsé par son drame familial, va passer son temps à ruminer sa vengeance, et aura fort à faire avec ses amis humains et singes, pour déjouer les plans totalitaires de Brutus, mais aussi les pièges de diverses créatures rencontrées durant leur périple en dehors du village, à savoir : les Héritiers de la planète, avec les démons singes ailés et les Cyborgs mutants, les Gorilles vikings, et les Gorilloïdes.

On fera connaissance durant sa quête avec Malaguéna, belle humaine gitane, Julius Gunpowder, un singe bagarreur et paillard à la Davy Crocket, chef d’un village de trappeurs, Le luminurgiste, étrange bricoleur à la roulote, collectionneur d’artefacts anciens, qui subira un lavage de cerveau par les héritiers, et répètera telles des litanies, durant plusieurs pages, des phrases de « sagesse », d’où notre titre. La montagne sacrée du psychedrome sera aussi un moment intense, passage le plus psychédélique de l’histoire. Des récits dessinés en priorité par Mike Ploog, dans un style fluide et au beau crayonné à peine encré, dans un style proche de Frazetta, puis Tom Sutton, bien connu des lecteurs de la revue Creepy, entre autre, associé à Mike Ploog (« Les Démons du psychedrome »), avec un style encré un peu moins détaillé. On le retrouvera dans de prochains numéros inédits en France.

Image tirée de la revue US #20

Enfin, Herb Trimpe, dont on qualifiera le dessin de beaucoup plus propre, et dans un découpage plus aéré, surprend sur deux plans, positifs et négatifs, car les héros Jason et Malagiéna, aux gueules de beaux gosses, sont trop policés et deviennent presque méconnaissables. On est très proche, dans l’ensemble, au niveau stylistique, des Conan édités à l’époque par Mon journal, et toutes celles et ceux qui apprécient le personnage de Robert Ervin Howard seront séduits de la même manière par ces récits aux graphismes de toute beauté, à peine encrés. Frank Chiaramonte faisant partie de ces artistes encreurs, aux côtés de Virgil Redondo et Rudy Mesina.La série, inachevée (on apprend dans les très riches notes de Rich Handley, spécialiste de la série, que Doug Moench avait idée de suites qui n’ont jamais été validées et publiées) n’a elle-même jamais été proposée complète dans la revue Lug, qui avait stoppé sa publication avec le numéro 20 de la revue américaine, laissant donc en plan les lecteurs en plein chapitre du « psychedrome ». Tout est donc pour le mieux, en ce qui concerne le matériel disponible, avec ce recueil.
On se reportera au site https://pota.goatley.com/moench.html pour découvrir les scripts inédits de Doug Moench…

Un tome 1 franchement hallucinant, prenant, aux thèmes dramatiques forts, même si un peu dingue par moment. Les chapitres du Psychedrome font en l’occurrence appel à une science-fiction tellement débridée et sont tellement improbables et dynamiques que l’on hésite souvent entre étonnement, face à l’aspect créatif puissant, et franche rigolade. Indispensable quoi qu’il en soit !

Le tome 2 regroupe, en ce qui le concerne, les deux sagas tirées des films « La Planète des singes » et « Le Secret de la planète des singes », les cinq épisodes intitulés «  Le Royaume de l’île des singes » chacun publiés dans les revues originelles américaines : 1, 2, 4, 5, 7, 8, 9, 10 et 11, plus « Homme parmi les singes » (« Beast on the Planet of the Apes »), tiré de la revue US #21. Un chapitre complet inédit donc, faisant directement suite au précédent du numéro 12 français, terminant enfin pour les lecteurs français les épisodes de l’ile du roi Arthur (et oui, cette île serait comme un Prince Valiant dans la Planète des singes). Les dessins sont assurés par Herb Trimpe, puis George Tuska, Alfredo Alcala et Rico Rival.

Une scène du premier film, culte...

Si l’on retrouve avec plaisir l’ambiance et les scènes des deux films, jusqu’à la page 277 (sur 372), dans un style graphique agréablement encré et aux planches aérées, dessinés pour le premier film par Mike Esposito et George Tuska, puis ensuite (« Le Secret de la planète des singes ») par l’excellent Alfredo « Conan » Alcalla, (voir ci-dessus), les deux autres histoires sont des créations.

Il s’agit des « Future History chronicles » consacrées aux chapitres indépendants dédiés au jeune scientifique Derek Zane. Celui-ci va construire une machine à explorer le temps et tenter de retrouver les astronautes disparus Taylor, Dodge, Landon et Stewart. Ces « chroniques », intitulées : « Le Royaume de l’île des singes » ont été publié aux Etats-Unis dans les numéros 9 et 10, et en France du 9 au 11. Cinquante cinq pages au total, qui étaient en fait 2 parties indépendantes de la série régulière, dessinées par Rico Rival et qui devaient initialement paraître dans un annual. Ce qui explique que la reprise du deuxième épisode, la pleine page de résumé non livrée à temps à l’époque, est l’œuvre de Walt Simonson.

Le dernier récit, issu du numéro américain 21 : « Homme parmi les singes », dessiné par Herb Trimpe, Dan Adkins et Sal Trapani (deux autres auteurs « Creepy »), a paru dans le numéro 12 français.

Ces trois chapitres, concluant ce tome, rendent hommage à « La Machine à explorer le temps » de HG Wells, et à « Un yankee à la cour du roi Arthur » de Mark Twain ; puisque l’ile sur laquelle se réfugie le scientifique échoué, poursuivi par le gorille Gorodon, a reproduit cette manière de vivre.

Deuxième partie de l'histoire de Derek Zane. Image issue de la revue US #21

S’ils ne sont pas désagréables, on est un peu plus loin de l’univers original de « La Planète des singes », même si le parcours du jeune Derek ressemble, comme deux goutte d’eau, à celui de ces collègues Taylor et Dodge et Stewart (un peu trop d’ailleurs). Le style graphique fait, quant à lui, davantage penser aux dessinateurs philippins rencontrés dans la revue Ere comprimée.
Un tome 2 de bon complément donc, par rapport au premier qui était davantage renversant. Les deux volumes sont enrichis de longs textes érudits de Rich Handley et d’une sélection de couvertures originales américaines en couleur, « nettoyées » de leur titres. Un régal.

On attend le troisième tome avec impatience, pour retrouver la suite des adaptations, dont les numéros de la revue française 13 à 18 nous avaient déjà régalés à l’époque (« Les Evadés de la planète des singes »). Quant au futur numéro 4, il proposera, on l’imagine bien : « La Conquête de la planète des singes » et sans doute « La Bataille de la planète des singes ».

Franck GUIGUE

 

« La Planète des singes T2  : homme parmi les singes » par Doug Moench, Herb Trimpe, George Tuska, Alfredo Alcala, Rico Rival
Editions Panini comics (35 €) – ISBN : 978-2809476040

« La Planète des singes T1 : terreur sur la planète des singes » par Doug Moench, Mike Ploog, Tom Sutton, et Herbe Trimpe
Editions panini comics (32 €) – ISBN : 978-2809473407

Galerie

8 réponses à Panini comics a raison, bien raison, de rééditer « La Planète des singes » …

  1. JC Lebourdais dit :

    Pour quelqu’un qui a les originaux francais de LUG, y a-t-il une valeur ajoutee a ces nouveaux volumes, a part le lettrage qui a l’air nouveau? des inedits? Une mise en contexte bibliographique? Que vaut la qualite de la repro? Je ne voudrais pas etre desagreable sur la base de ce que je vois ici si ce n’est pas representatif.

  2. FranckG dit :

    Oups, commentaire parti trop vite :
    Bonjour JC. Comme normalement expliqué dans ma chronique, oui, il y a des « bonus » dont des inédits, puisque Lug n’a en l’occurence pas publié intégralement les chapitres de l’île… le reste suivra.
    Pour les autres questions, la traduction est de Thomas Davier, et oui, il y a effectivement des mises en contexte et de l’analyse (très intéressante), comme écrit. Six et neuf pages respectivement dans les volumes 1 et 2.
    Le cartonnage et la maquette sont superbes et le papier de qualité. Donc, oui, l’intérêt est bien présent. Pour la qualité des pages, vous pouvez vous baser sur les planches tirées des épisodes français, que Panini comics m’a transmis. Par contre, attention, les autres pages que j’ai publiées sont issues de PDF des revues US trouvables en ligne. Dans vos revues néanmoins, vous avez les articles issus des films, (normalement), qui ne sont pas reproduits ici. Donc, à vous de choisir… Cordialement,

  3. claude dit :

    ces 2 livres sont à acheter, les éditions lug ont retouché de nombreuses cases et des planches ont été coupées en raison de leur violence

  4. JC Lebourdais dit :

    C’est tentant. L’edition anglaise de Marvel UK avait egalement des pages supplementaires par David Wenzel mais j’imagine qu’elles n’y sont pas non plus.

  5. Marcel dit :

    Sérieux ?… Ils ont traduit « The lawgiver » par « Le donneur de lois » ?…

  6. BIG25 dit :

    Bonjour

    je suis en possession d’une edition lombard de Michel Vaillant : le circuit de la peur non répertoriée
    dans le BDM à savoir 44 titres au 4 plat dont le dernier titre est oumpa pa sans le h et selon la description dans le livre de Brugeille correspondant au D 24
    faut il la considérer comme une EOB ou une réédition

    merci de vos lumières

    bien cordialement

    • caramel dit :

      Cela dépend : si à la case 3 page 14 le mécano utilise une clé de 14 c’est une eo sinon forte chance que l’album ai été offert par total snif :(

  7. Michel Dartay dit :

    Ahah, excellent!
    Je serai plus radical: une telle demande de cote (=expertise gratuite) n’a rien à faire dans cette rubrique.Elle aurait due être publiée dans l’Echo du BDM, ce qui montre la méconaissance du site de certains!

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