Les vacances sont à l’origine d’œuvres passées à la postérité en littérature : celles de Marcel Pagnol en Provence ou de Harper Lee, cette fois-ci en Alabama, mais aussi au cinéma dans la colonie de « Nos jours heureux » ou encore en « Juillet-août » et dans « Un petit truc en plus ». La bande dessinée a, elle aussi, puisé dans cette thématique et nous nous retrouvions, entre autres, pour « Les Beaux Étés » ou avec « Du sable dans le maillot ». Un nouvel album édité par Fluide glacial nous invite cette fois pour « Les Vacances chez Pépé-Mémé », en compagnie de Guillaume Bouzard.
Lire la suite...INTERVIEW DE WILL EISNER

BD ZOOM a retrouvé une interview de Will Eisner réalisé aux Etats-Unis, il y a une
quarantaine d’année par Joe Siegel.
- Will Eisner, où êtes-vous né ? Quel/es études avez-vous faites et comment avezvous découvert que vous aviez des dispositions pour la B.D. ?
- Chic, ce que je suis content que vous m’ayez posé cette question inattendue. Je suis né à New York, pas loin du pont de Williamsburg (pas en dessous: tout près…). J’ai été au collège à la , De Witt Clinton High School » puis à 1′académie des Beaux-Arts. J’al été diplômé en 35.
- Une bonne année ?
- Un grand cru, monsieur. Avec moi, il y avait Burt Lancaster, Paddy Cheyefski et le grand écrivain noir James BaldwIn. C’étaient les années de la dépression et à l’époque, sortir de l’école même avec un diplôme c’était faire le p1ongeon dans un abîme sans fond. Mais je voulais déjà faire de la bande dessinée.
- Pourquoi ?
- Eh bien, je me débrouillais pas mal comme écrivain et je savais un peu dessiner. Quand j’avais 7 ou 8 ans, un de mes frères aînés travaillait pour un studio de dessin animé, ils fleurissaient alors. Ma visite m’a laissé là les yeux hors de la tête. Dès lors j’avais résolu de faire du dessin, c’était pour moi le moyen idéal de » sauter le mur », de gagner à la fois ma vie et ma liberté.
J’ai commencé à vendre des dessins quand j’étais encore à l’école. Pour ma première tentative, j’avais décidé d’un prix de 50 cents par dessin et le premier jour, j’en vendis dix. Cinq dollars en un jour. Je n’avais jamais vu tant d’argent à la fois de toute ma vie. J’entrevoyais la fortune et la gloire, je n’aurais même plus à épouser une riche héritière.
Plus tard, j’eus de vraies commandes, dont des illustrations, (western ,) pour « Shérifs célèbres et grands outlaws »; Je dus apprendre un tas de détails vrais. Je devins un véritable historien, jonglant avec les précisions: combien d’hommes au juste tua Billy-le-Kid, des choses comme ça .
- Combien en tua-t-il ?
- Vingt-deux mais il n’en admettait que 21 parce que le Kid était raciste, que sa 22e victime était un juif et qu’il ne le comptait pas! On dit même qu’il y en eut 23, mais avec un Noir, et comment eussiez-vous voulu que ce gars-Ià se flatte d’,&voir descendu un nègre ?
.,. Bon. Donc, moi, je me suis mis aux « comic-books ), les brochures de récits complets illustrés.
- C’est une spécialité qui a commencé quand ? «
- Vers lès années 1931 ou 32. Comme je vous l’ai dit, c’était la crise, et les quotidiens qui jusque-là publiaient des suppléments Illustrés en couleurs trouvaient des difficultés. Une des plus grosses Imprimeries de la côte est des Etats-Unls ne tournait plus à plein régime. Un rigolo qui travaillait là eut I’idée de reprendre des bandes quotidiennes dessinée; de les coller ensemble, de les mettre en couleurs et d’en faire de petites brochures. A ta stpéfaction générale, on s’arracha la chose dans les kiosques. D’un pis-aller, on venait de faire un best-seller.
Le premier de ces journaux s’ appelait » Famous Funnies et ies grandes firmes se mirent à s’y intéresser, C’est là que j’entre en scène. J’obtins immédiatement un boulot dans un nouveau périodique » Wow »
(à suivre)