Un faux livre par Un faux graphiste : la suite !

Deuxième tome des détournements d’images et de comics tombés dans le domaine public par un jeune artiste à l’humour potache. Ou comment concilier patrimoine BD et grande déconne ?

Un faux graphiste, de son vrai nom Gil, étudiant de la région bruxelloise (1), s’est amusé sur son blog durant toute l’année 2015 à détourner des planches de Tintin sur Photoshop, de manière plutôt pertinente. Il a été suivi par plus de 30 000 personnes, mais début 2016, Moulinsart SA lui a demandé expressément de mettre un terme à l’aventure. Détourner, pourquoi pas, mais pas en utilisant les planches du héros à la houppe. L’artiste a donc changé de fusil d’épaule et choisi de n’utiliser que des supports libres de droits. (2)

L’église est en feu. Dans une planche de comics thriller tel qu’il y en a eu des tonnes dans les années d’après-guerre (New Heroic Comics #53, Eastern Color, mars 1949), un homme ne laissant parler que son courage se précipite pour sauver ce que la foule (et le lecteur) croit être le calice de la paroisse. Alors que la foule l’acclame, celui-ci étonné, rétorque : « Ah non, rien à voir. C’est ma coupe du plus gros mangeur de pains-saucisses. J’ai fini seulement troisième, mais j’y tiens !»

Dans un autre détournement d’une série science-fiction Space Opera style « Buck Rogers » (Captain 4D : Lars of Mars #11, Ziff-Davis, juillet-août 1951), un super-héros vole dans l’espace. Tandis que sa femme se gargarise d’avoir un mari sauvant l’univers, celui-ci « fonçant à travers les trous noirs » (sic), se fait la réflexion : « Si c’est pour que cette conne m’emmène à son cours de yoga en couple, je préfère encore glander ici. »

Que ce soit à partir de vieilles lithographies, illustrations de journaux ou de pages de comic books policiers, de science-fiction, d’aventures ou de romance américains des années 40 à 50, Un faux graphiste s’en donne à cœur joie, en usant d’une mise en page fluide, intercalant une illustration souvent en noir et blanc et une planche couleur de comics (exceptionnellement quatre pour la parodie de Captain Marvel face à un nazi écolo : (« Captain Nazi » (sic) : Whiz Comics #25, Fawcett, 26 décembre 1941). La partie illustrative rappelant fortement les délires du britannique Glenn Baxter, traduit en France chez Hoëbeke. Celles en couleur faisant davantage penser aux expérimentations des membres de l’Oubapo, vues à l’occasion dans la revue Lapin, ou d’autres fanzines bédéphiles de bon goût.

Ce genre d’ouvrage ne possède un lien qu’assez distendu avec la bande dessinée, puisque l’artiste ne recherche pas à raconter une histoire. Il s’agit plus simplement de faire passer un bon moment aux lecteurs, en leur proposant des situations cocasses, irrévérencieuses (avec un langage que certains trouverons particulièrement grossier, on s’en doute) mais la plupart du temps simplement potaches, en inversant les codes sociaux régissant les images par rapport aux textes d’époque. Il est cela dit assez marrant de découvrir ces petites scénettes drolatiques, permettant au passage de se régaler du kitsch de bandes anciennes, qui seraient cela dit perdues si certains sites web ne permettaient pas leur consultation (http://comicbookplus.com/ par exemple).

Avec déjà deux petits recueils format 165 x 230 mm édités par les éditions Delcourt, Un faux graphiste a trouvé une terre d’asile pour ses déviations bédéphiles et rend à sa manière, l’humour,  hommage à certaines de ses (nos) lectures d’enfance et plus généralement à notre passion. Espérons que les lecteurs qui avaient accroché sur ses réécritures web tintinophiles le suivront avec autant d’envie dans cette aventure rigolote et pas très courante, en librairie.

Franck GUIGUE

Un beau Young Romance détourné

(1) https://bibliobs.nouvelobs.com/bd/20160205.OBS4121/tintin-detourne-un-faux-graphiste-pose-le-stylo.html

(2) Les sources sont toutes disponibles à l’adresse : https://www.editions-delcourt.fr/special/unfauxlivre2/

 

« Un faux livre T2 : le meilleur de Un faux graphiste » par Un faux graphiste.
Editions Delcourt (15,95 €) – ISBN : 9782413011163

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3 réponses à Un faux livre par Un faux graphiste : la suite !

  1. Henri Khanan dit :

    Ce dialoguiste a de l’humour et du talent, c’est certain! Je regrette de n’avoir pu lire au cours de l’année 2015 ces parodies de Tintin qui me semblent particulièrement bien vues.
    Des adresses de lien où on pourrait encore les savourer?

  2. Henri Khanan dit :

    Merci cher Franck!