« Sauvage T4 : Esmeralda » par Félix Meynet et Yann

Loin des bandes dessinées aux pages bâclées par des dessinateurs contraints à la rapidité d’exécution pour survivre au sein d’une profession de plus en plus menacée par la précarité, Yann et Félix Meynet optent pour des pages travaillées et soignées, espérant que les lecteurs amateurs d’un boulot bien fait seront assez nombreux pour leur permettre de poursuivre. « Sauvage » : une bande dessinée à l’ancienne comme on les aime !

1866. Jeune homme intrépide et innocent, Félix de Castelbajac s’est engagé sous le nom de Félix Sauvage au sein du corps expéditionnaire français au Mexique. Il s’est juré d’y poursuivre le marquis de Trazegnies,  responsable de la mort de ses parents. Sa vengeance accomplie, le maréchal Bazaine le charge de pacifier la région de Sinoloa à la tête du 3° Chasseurs d’Afrique, région encore sous le contrôle des troupes rebelles juaristes menées par sanglant général Corona. Il abandonne à Mexico sa jeune protégée, la bouillante Esmeralda, placée dans un sinistre couvent où les sœurs et les pensionnaires se liguent contre son caractère fougueux.

L’adolescente amoureuse transie de Félix n’a qu’une idée en tête : fuir cette prison et le rejoindre. Le capitaine Félix de Castelbajac et ses hommes doivent affronter sous une chaleur accablante à la fois les montagnes de « l’Échine du diable », région hostile de la Sierra Madre et un ennemi implacable et rusé. Face à la cruauté de ses adversaires, le chevaleresque Félix va-t-il à son tour appliquer le « décret noir » ordonné par l’empereur Maximilien : passer par les armes tous les prisonniers rebelles ?

Après avoir dessiné avec succès des aventures contemporaines Félix Meynet rêvait de mettre en images des uniformes, des charges de cavalerie, de la sueur et du sang… mais aussi de jolies filles aux tenues exotiques. Yann lui sert une histoire sur mesure où tous les ingrédients souhaités sont présents. Le Mexique que voulait conquérir Napoléon III, ses décors somptueux et sauvages, ses filles superbes, la riche architecture de ses villages, une peu glorieuse épopée militaire. Il y a de quoi se régaler pour un dessinateur réaliste de la trempe de Félix Meynet. Et l’histoire ne manque pas de piquant, même si l’intrigue est parfois sordide. Entre grandes images où fourmillent les petits détails qui accrochent le regard du lecteur et les séquences mouvementées aux personnages savoureux, « Sauvage » mêle avec bonheur la précision de l’aventure historique et les décors grandioses du western.

Entre des reprises réussies de vieux classiques du 9eart, Yann construit une œuvre originale avec de nouvelles pépites comme « Angel Wings », « Atom Agency » ou « Sauvage » pour ne parler que des sorties de cette fin d’année. Félix Meynet, né en 1961, débute en animant « Double M » chez Dargaud, puis propose « Tatiana K » avec François Corteggiani et « Les Éternels » avec Yann. Il est aussi le créateur de « Fanfoué », personnage haut en couleur publié dans les journaux Alpins, région dont il est originaire. Bien connu des amateurs de jolies filles de papier, des images soignées, il figure au premier rang de la nouvelle génération des trop rares dessinateurs réalistes français. « Black Calavera » le deuxième et dernier volume de ce second cycle paraîtra en 2019.

Henri FILIPPINI

« Sauvage T4 : Esméralda » par Félix Meynet et Yann

Éditions Casterman (13,95 €) – ISBN : 9 782203158436

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