Peyo l’enchanteur : deux ouvrages incontournables…

Pierre Culliford, plus connu sous la signature de Peyo, est devenu célèbre au-delà du monde de la bande dessinée grâce à la création des Schtroumpfs. Les deux ouvrages somptueux qui viennent de sortir aux éditions Niffle permettent de lui rendre justice : avant d’être un homme d’affaire avisé, Peyo fût un formidable raconteur d’histoires, doublé d’un dessinateur sensible et remarquablement inventif.

Sous le titre oh combien justifié « Peyo l’enchanteur », le très bel album d’Hugues Dayez évoque la vie et la riche carrière d’un raconteur d’histoires qui, aux côtés de Franquin, Morris, Jijé, Tillieux, Roba et quelques autres, a signé les plus belles pages de la riche histoire de l’hebdomadaire Spirou. Pour le petit Pierre Culliford, né en 1928 à Bruxelles, la vie n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Fils d’un père d’origine anglaise trop tôt disparu et d’une mère wallone, il gagne sa vie pendant la guerre dans un studio d’animation, puis, à la fin du conflit, devient gouacheur au studio CBA où il travaille aux côtés de Franquin, Morris et Paape.

Rêvant de devenir auteur de bandes dessinées, il crée le personnage de « Pied Tendre » puis celui de « Johan » en 1946 dans le quotidien  La Dernière Heure dont il poursuit les aventures dans Le Soir en 1950, quotidien belge où il a campé le chat « Poussy » l’année précédente. Il lui faut attendre 1952 pour rejoindre ses copains Franquin, Morris et Paape dans les pages de Spirouoù il reprend les aventures de « Johan ». Deux ans plus tard, il lui adjoint Pirlouit, puis en 1958  Les Schtroumpfs, tout en campant avec Will « Benoît Brisefer » en 1960 toujours dans Spirou, « Pierrot et la lampe » dans le magazine publicitaire Bonux Boy… Le succès mondial des « Schtroumpfs » le conduit à ouvrir un  studio où seront formés quelques ténors de la BD franco belge : Walthéry, Wasterlain, Derib, Gos… Trop occupé par ses fonctions d’homme d’affaires, c’est à regret qu’il délègue de plus en plus son travail d’auteur à ses collaborateurs. Il disparaît à 64 ans, victime d’une crise cardiaque. C’est ce parcours pour le moins trépidant qu’évoque cet ouvrage de plus de 200 pages de format 261 x 234 mm aux textes passionnants et à la riche iconographie où croquis, dessins inédits et photos émouvantes se succèdent au fil de pages qui se lisent comme un roman.

Cette biographie est une reprise complétée de « Peyo l’enchanteur », ouvrage sous couverture souple publié en 2003 aux éditions Niffle. Si l’achat est inutile pour ceux qui possèdent cette première édition peu diffusée, il est indispensable aux autres très nombreux admirateurs de l’oeuvre de Peyo qui ne le possèdent pas.

Journaliste, passionné par le septième art depuis les années 80, Hugues Dayez est le « Monsieur cinéma » de la RTBF. Ce qui ne l’empêche pas d’être un historien de premier plan du neuvième art. Il est l’auteur de « Tintin et les héritiers » en 1999, du « Duel Tintin/Spirou »en 1997, de « La Nouvelle BD » en 2002… Pendant dix ans dans Spirou, il a animé « L’Aventure d’un journal », celle de l’hebdomadaire des éditions Dupuis. Son travail sur Peyo qu’il a rencontré la première fois en 1983 est passionnant, émouvant, d’une incroyable richesse.

Pendant dix ans Frédéric Niffle a mis de côté son métier d’éditeur pour se consacrer à la rédaction en chef de Spirou. Si la tournure que prend le journal depuis quelques mois pourrait nous faire regretter ce départ, les amateurs de beaux livres ne peuvent que se réjouir de son retour à la tête de son label, aujourd’hui propriété des éditions Dupuis. Le premier ouvrage de cette véritable œuvre d’art qu’est « La Grande Bibliothèque », consacré à « Johan », prouve que l’ « inventeur » de beaux concepts qu’était Frédéric Niffle n’a pas perdu la main.

C’est un beau et grand livre monumental de 352 pages de format 352 x 278 mm qui nous est proposé sous une couverture à la fois élégante et sobre. Les quatre premières aventures de « Johan » y sont publiées sous forme de demi planches au format des originaux. On peut suivre l’évolution graphique de l’auteur au fil de ces épisodes cultes que sont « Le Châtiment de Basenhaut », « Le Maître de Roucibeuf », « Le Lutin du bois aux roches » et « La Pierre de lune ». Si le prix de 79 € de cette merveille au tirage limité peut sembler élevé à certains, il ne faut pas oublier que l’acquisition des albums d’origine chez les antiquaires frise les 2000 euros.

Deux ouvrages somptueux qui remettent Peyo l’homme des « Schtroumpfs » à sa véritable place, celle d’un auteur attachant de premier plan, amoureux de son métier.

Henri FILIPPINI

« Peyo l’enchanteur » par Hugues Dayez

Éditions Niffle(24 €) – ISBN : 9782873930493

« Intégrale la Grande bibliothèque T. 1 : Johan et Pirlouit » par Peyo

Éditions Niffle (79 €) – ISBN : 9782873930721

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4 réponses à Peyo l’enchanteur : deux ouvrages incontournables…

  1. Bernard Levaux dit :

    Bonjour,

    Peyo l’enchanteur est-il une simple réédition de l’ouvrage paru en 2003 ?

  2. Bruno Martin dit :

    Bonjour,
    Parmi les bouquins « Peyo » prévus pour cette fin d’année, avez-vous eu en mains celui qui va sortir chez Daniel Maghen « une vie à schtroumpfer » ? https://www.bdfugue.com/une-vie-a-schtroumpfer
    Si oui, qu’en pensez-vous ? merci

    • Bernard Levaux dit :

      Si on considère les ouvrages précédents (Cosey, Juillard, Tibet, Will, Tillieux, …), cela doit valoir la peine