« Layla » par Mika et Jérémy

Jérémy s’est fait un nom dans la bande dessinée en débarquant dans les librairies avec un premier album qui a laissé sans voix les amateurs de bandes dessinées classiques : « Barracuda », réalisé avec son ami Jean Dufaux. Le sixième épisode achevé, il récidive avec « Les Chevaliers d’Héliopolis » concocté cette fois-ci avec Alejandro Jodorowsky. Et voilà qu’il nous sort de ses cartons un one-shot passionnant dont il est le scénariste. Une fois encore, pari gagné !

Dans un monde en perdition aux décors moyenâgeux, le jeune Grenoye brave la réputation maléfique des marais écarlates afin de cueillir des champignons dont la consommation apaise sa mère souffrante. C’est au cours d’une de ces escapades qu’il rencontre Layla, la femme serpent, sensuelle et dangereuse et qui, contrairement aux autres qui ont croisé sa route, le laisse partir en vie des marais. Désormais, le souvenir de la vénéneuse créature occupe son esprit. Le temps passe, sa mère meurt, il épouse Édith, la fille de l’épicier, devient cuisinier du roi dont le royaume de Flyne Yord n’est plus qu’une ruine. Treize hivers après leur première rencontre, Layla, qui porte à son cou l’Escarboucle, une pierre qui rend immortel son possesseur, tue le roi qui voulait s’en emparer.

Grenoye, bientôt père, aide la créature des marais à fuir le château alors que Syrenia Falx, héritière du trône, veut que Flyne Yord retrouve toute sa splendeur. Entraîné malgré lui par les désirs de conquête de sa nouvelle souveraine, Grenoye est prêt à commettre l’irréparable afin de protéger son dangereux amour… Une histoire de dark fantasy qui revisite avec originalité « La Vouivre », le roman de Marcel Aymé, dont la lecture lorsqu’il était adolescent a inspiré Jérémy.

Bouclé en un seul album de 96 pages sublimes, cette histoire parfaitement ficelée mêle l’amour et la passion, le rêve et la réalité, les fracas de la guerre et la douceur de la paix, le bien être d’un foyer et les pulsions de la sensualité, la vie et la mort. C’est le destin tragique d’un brave garçon confronté à ces choix opposés que raconte ce récit aux images sublimes. Depuis plus de dix ans dans les cartons de Jérémy, le scénario attendait patiemment le moment idéal pour en sortir. L’arrivée de Mika (alias Michael Souillard), passionné de jeux vidéos et de mangas, en fut le déclic. Après avoir participé aux « Contes de Brocéliande » et aux « Contes du Korrigan » chez Soleil, après un séjour au Japon, il a signé trois épisodes de « Pen Dragon » pour la défunte revue Shogun publiée aux Humanoïdes associés, puis des épisodes de la série des « Légendes et histoires normandes ». Sa rencontre avec Régis Loisel et Mohamed Aouamri a été déterminante dans la recherche de ce trait personnel, lumineux et puissant que l’on savoure dans le présent album.

Jérémy (Petitqueux), né en  Belgique en 1984, s’est fait remarquer avec la mise en couleur des albums « Murena », puis de « La Complainte des landes perdues », aux côtés du regretté Philippe Delaby qui lui apprend le métier de dessinateur qu’il rêve de pouvoir aborder un jour. La publication de « Barracuda » aux éditions Dargaud avec Jean Dufaux révèle un artiste hors du commun et au trait original. Son travail sur « Les Chevaliers d’Héliopolis » aux éditions Glénat ne fait que confirmer ce premier essai. Coloriste talentueux, dessinateur d’exception et à présent scénariste aux idées originales. Jusqu’où va-t-il aller ?

Henri FILIPPINI

« Layla » par Mika et Jérémy

Éditions Dargaud (16,50€) – ISBN : 9 782505066842

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Une réponse à « Layla » par Mika et Jérémy

  1. FranckG dit :

    Wow. Un article et un artiste qui donnent envie. Je file m’en enquérir de séant ! ;-)