« Origin » T1 par Boichi

Certains puristes grincheux soutiennent encore qu’un vrai manga ne peut être réalisé que par des Japonais. Or, quand un Coréen arrive a produire une histoire mettant en scène un mélange de yakuza avec la même ferveur que Ryoichi Ikegami (« Crying Freeman », « Sanctuary », « Adam et eve » …), des robots avec le même réalisme qu’Hiroya Oku (« Gantz », « Inuyashiki » …) et un graphisme et une sensibilité faisant penser à du Shin’ichi Sakamoto (« Ascension », « Innocent »), il semble incongru de s’inquiéter de la nationalité de l’artiste.

L’histoire débute en 2048. Tokyo n’est plus qu’à quelques encablures du reste de l’Asie grâce à une ligne ferroviaire intercontinentale. Cette ville Japonaise est dorénavant la capitale de l’Eurasie, mais également de fait, celle du crime organisé. Véritable plaque tournante où sévissent mafia, Yakuza et autres gangs en quête d’argent facile. C’est un de ces gangs amateurs que le héros de cette série vient d’infiltrer. Il n’est pas humain, mais essaie de se comporter comme tel. Robot extrêmement sophistiqué, il essaie de se fondre dans le paysage en imitant le comportement des humains. Il traque également ses semblables qui se servent de leur supériorité technologique pour s’adonner à des activités encore plus criminelles que les simples humains en éliminant purement et simplement ces derniers. Son nom de code : Origin.

« Origin » est un manga de pure action. Les combats sont chorégraphiés et l’auteur, Boichi, se sert des capacités robotiques de ses acteurs pour les démembrer, les torturer, les disloquer en leur faisant prendre des poses improbables et forcément spectaculaires. Graphiquement, c’est un régal. Les amateurs de science-fiction retrouveront tous les codes du genre dans ce titre. Boichi a été à bonne école et s’est clairement inspiré des plus grands succès de la SF avec ses successions de plans cinématographique dignes d’un film de James Cameron (« Terminator », « Alien », « Avatar »). Le mélange avec l’univers de la pègre japonais offre en plus des scènes de combats à l’arme blanche ou à feu spectaculaires. Les combats entre humains et robots sont bien évidemment sanglants, mais ceux entre deux robots offrent une inventivité surprenante. De quoi ravir le public avide d’action.

Ce qui attire portant le lecteur avant tout, c’est le coté humain de ce personnage robotique un peu paumée. En apparence, il ressemble à un jeune salarié tout ce qu’il y a de plus normal. Mais au fond de lui, c’est encore un être en quête de son identité. Il doit apprendre à agir normalement dans la vraie vie afin de ne pas divulguer son état robotique. Son comportement, un peu renfermé et peu sûr de lui, fait penser à celui de Buntarō Mori, le héros de la série « Ascension » de Shin’ichi Sakamoto. D’ailleurs, le dessin des personnages avec leurs expressions exagérées et néanmoins extrêmement réalistes rappelle celui du maître japonais. Il y a entre les deux hommes le même souci du détail, le même soin apporté aux mimiques de leurs protagonistes. Il est rare de voir des personnages hébétés aussi convaincants.

Si Boichi a commencé sa carrière en dessinant des histoires pour jeunes filles en Corée, il est avant tout passionné de technologie comme le prouvent ses études de science. C’est en 2004 qu’il décide de vivre au Japon et commence à publier des histoires variées jusqu’à ce que son éditeur lui demande ce qu’il « pourrait dessiner sur le thème des robots ? » comme il l’explique dans la préface de son livre. « Origin » est le point central d’une saga qu’il a imaginée depuis des années et dont il a distillé des bribes dans ses précédentes œuvres depuis cette demande. Bien sûr, on pourrait regretter de ne pas avoir ces précédents titres traduits en français afin de mieux comprendre le cheminement qui a amené à cette saga de science-fiction. Néanmoins, « Origin » est totalement autonome et ce premier volume offre déjà un suspens suffisamment prenant.

Boichi est loin d’être un jeune auteur débutant puisque sa carrière a commencé en Corée en 1993 alors qu’il n’avait que vingt ans. Il arrive donc en France avec une œuvre mature, particulièrement bien construite et superbement mise en image. La série est encore en cours au Japon et comporte actuellement cinq volumes. Un thriller violent remettant en cause les lois de la robotique en ne garantissant plus la survie des humains face aux machines.

Gwenaël JACQUET

« Origin » T1 par Boichi
Éditions Pika (7,75 €) – ISBN : 978-2-8116-3796-5

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