« Last Pretender » T1 et 2 de Yoshiyuki Miwa et Shunji Etô

Il y a des mangas dont on sent immédiatement qu’ils sont taillés sur mesure pour être des best-sellers. « Last Pretender » est de ceux-là. Comme beaucoup de mangas publiés dans l’hebdomadaire Jump, cette série suit une trame linéaire où le héros doit vaincre des obstacles et progresser comme dans un jeu vidéo. Mais il serait dommage de s’arrêter à ces simples considérations en essayant d’apprécier le fond de l’histoire avec ses rebondissements multiples, plutôt bien vus pour un produit bassement commercial.

Pour la treizième fois, le tournoi servant à élire la future Reine de la terre va avoir lieu. Cette coutume d’un autre âge a été instaurée afin de permettre au jeune roi d’épouser la jeune femme la plus forte de la galaxie. Mais si celui qui a mis en place ce challenge s’en est accommodé, le nouveau prétendant au trône : Lucius Yuga a déjà une prétendante en vue. Celle-ci va participer au tournoi et, après une lutte acharnée, sera malheureusement battue par la combattante de la plante Garmaia. Le roi, forcé d’épouser cette femme qu’il n’aime pas, va dorénavant vivre dans une déprime profonde. Son fils  : Krishna Yuga, un esprit brillant, a de son côté décidé de contrôler le résultat de cette compétition en créant son propre clone féminin  : Kalki. Il est arrivé à la conclusion que s’il est né de l’union des deux êtres les plus forts de l’univers, son clone ne pourrait pas être battu. Mais bien évidemment, il n’avait pas imaginé que cette jeune fille ne serait pas exactement comme il l’attendait et surtout qu’elle se rebellerait.

Yoshiyuki Miwa est un jeune dessinateur au trait dynamique et très clair. Il signe avec « Last Pretender » sa troisième série. Il a auparavant dessiné en 2011 pour Square Enix « Kami to Issho ni », un remake en quatre volumes d’une série pour le web ayant énormément de succès en Corée. Comme son titre l’indique (« Dieu et moi »), cette histoire conte les déboires d’un jeune homme qui est emmené dans le monde inférieur par le dieu de la mort lors de son décès. Ensuite, en 2014, il adapte une série de roman « The New Gate » pour le compte d’Alpha Polis. Le titre de ce manga reprend celui d’un jeu en ligne qui piège ses participants. L’un des joueurs les plus puissants, Shin, a réussi à vaincre le dernier boss et ainsi libérer les personnes coincées. Mais il a lui-même été pris au piège du jeu et s’est retrouvé projeté 500 ans dans le futur.

Né à Nagasaki, Yoshiyuki Miwa a grandi sur une île et s’il n’a jamais lu de mangas avant d’être étudiant, il a longuement regardé les animés à la télévision. C’est pourquoi il s’inscrit au collège de la communication et du design de Fukuoka. Une fois diplômé, il est devenu assistant et a également dispensé des cours à de jeunes artistes à travers le monde. « Last Pretender » est indéniablement sa série qui a le mieux marché jusqu’à présent.

Exploitant à fond le mythe du Frankenstein, Shunji Eto a concocté un scénario propice aux rebondissements. L’histoire se déroule « dans un futur lointain (où) la terre est devenue le centre du monde ». Rien que cette citation montre bien la mégalomanie qui entoure cette œuvre. Tout est fait pour nous en mettre plein la vue. Les méchants sont vraiment cruels et les gentils particulièrement bienveillants. Les scènes de fan service sont légions et tout est prétexte à montrer les jeunes filles peu vêtues. La première combattante, une sirène, est forcément seins nus, on n’est pas chez Disney. De même, le clone de Krishna est évidemment sorti de son tube de culture en tenue d’Ève. Pourtant ce n’est ni l’aspect principal ni le plus intéressant de cette série.

Écrite selon le principe d’une quête qui va les amener de planète en planète, l’aventure est composée d’une succession de challenges qui vont faire progresser les deux personnages principaux. Ils vont également faire des rencontres dont certaines vont devenir de gentils faire valoir. Ils vont aller à la rencontre d’autres civilisations, d’autres cultures, etc. Et tout ceci n’est que le début, si cinq volumes sont déjà prévus au Japon, il n’y a que les deux premiers qui sont sortis en France. Le troisième étant déjà annoncé pour le 6 juillet 2018, soit en plein Japan Expo, le rendez-vous geek des fans de mangas par excellence.

Même si le héros est un peu hautain et trop sûr de lui, cette histoire est également remplie de valeurs telles que la persévérance ou de dépassement, soit chère à tout bon shonen un tant soit peu éducatif. Mais c’est également une histoire sombre dépeignant un monde où la force guerrière est la norme. Un monde dominé par des brutes peu portées sur la réflexion ou l’amour. Un monde ou les femmes sont élevées comme des guerrières soumises malgré leur force et où les hommes ont un savoir difficilement transmis entre les castes. Néanmoins, toutes ces réflexions philosophiques ne pèsent pas lourd dans le scénario qui se concentre surtout sur la dualité entre le héros et sa création ainsi que leur quête qui va les faire voyager aux confins de l’univers. Un scénario typique des mangas pour garçons qui est ici assez bien adapté à la sauce futuriste.

 

Loin de révolutionner le monde du manga, « Last Pretender » a néanmoins tout pour faire un hit. Le scénario est étudié pour séduire le jeune public avec des valeurs qui leur correspondent mis en avant. Les deux auteurs pouvaient prétendre à créer la future série à rallonge tirée du magazine Jump, mais ont décidé de clôturer les aventures de Lucius et Kalki avec le cinquième volume. On attend donc avec impatience les trois prochains pour connaître la conclusion qui s’annonce épique.

Gwenaël JACQUET

« Last Pretender » T1 et 2 de Yoshiyuki Miwa et Shunji Etô
Éditions Kana (6,85 €) – ISBN  : 978-2505072300

© Etou Shunji, Miwa Yoshiyuki/Shueisha/Shuukyoku Engage Project

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