C’est le 15 avril 1941 qu’Edgar Jacobs est présenté par son ami d’enfance Jacques Van Melkebeke à Hergé, à l’occasion de la représentation de « Tintin et Milou aux Indes » au théâtre des Galeries, à Bruxelles : une pièce écrite par Hergé et Van Melkebeke. Cette rencontre marque le début d’une longue et fructueuse amitié entre le dessinateur des aventures du déjà célèbre Tintin et l’imposant baryton devenu dessinateur par nécessité. Au fil de cet ouvrage passionnant, Éric Verhoest revient sur les trois décennies au cours desquelles les deux maîtres de la ligne claire se sont livrés à un amical duel. Jacobs, et plus encore Hergé, ont fait l’objet d’une multitude d’ouvrages (1) ; celui-ci est le premier réunissant les destins croisés de ces deux géants de la bande dessinée belge.
Lire la suite...« Jusqu’à ce que nos os pourrissent » T1 par Yae Utsumi
Avec sa couverture à l’aquarelle montrant une jeune fille supposément nue, tenant un crâne serré contre sa poitrine et un titre plus qu’énigmatique : « Jusqu’à ce que nos os pourrissent », ce manga fait tout ce qu’il faut pour provoquer des sentiments contraires et donc éveiller la curiosité des lecteurs potentiels. Pour sa première série, Yae Utsumi frappe fort en nous baladant de révélation en révélation durant sept volumes.
Le manga nous offre une page d’introduction énigmatique où un groupe de cinq jeunes se font le serment de « ne jamais trahir l’amitié qui les unit » et surtout de « garder secret l’horrible crime » qu’ils viennent de commettre. Pour le moment, nous n’en saurons pas plus. Dès la page suivante, le fan-service reprend ses droits et offre une scène typiquement shonen où un jeune garçon compare les seins d’une jeune fille, qu’il est en train de palper, alors que celle-ci essaye de le réveiller, avec le moelleux d’une brioche à la vapeur. Avant de repartir, elle n’oublie pas de lui rappeler leur réunion prévue le soir même. Encore une fois, le lecteur est laissé dans l’expectative et il faudrat attendre la fin du premier chapitre pour apprendre le terrible secret qui les unit : un meurtre.
Bien sûr, ce manga est bourré de clichés. Déjà, ce groupe de jeunes est composé de cinq personnes aux caractères bien différents, un poncif que les lecteurs de La Bibliothèque verte ou les amateurs de sentaï connaissant bien. Évidemment unis comme les cinq doigts de la main, ils vont, comme on peut s’en douter, se retrouver face à une situation qu’ils n’attendaient pas et qui va pimenter cette aventure. Ils comprennent que leur secret a été éventé lorsqu’ils reçoivent un coup de fil après avoir découvert la disparition des restes du corps qu’ils avaient soigneusement enterrés dans une grotte. Le mystérieux interlocuteur connaît tout du groupe, il sait qui ils sont et ce qu’ils font. Voilà une situation bien étrange qui va amener de nombreux rebondissements que le lecteur ne voudra en aucun cas rater.
Devant tant de facilité scénaristique et de clichés, il serait facile d’en rester là. Pourtant, il serait dommage de ne pas poursuivre la lecture de ce titre qui devient au fil des pages bien plus mature et prenant. Il ne faut pas oublier que ces jeunes sont encore dans une période où ils se cherchent et leur naïveté est touchante. Ils reproduisent des schémas classiques sans vraiment comprendre leur finalité. Ils sont dans une période de découverte et l’histoire reflète bien leur état d’esprit du moment. Ils sont encore naïfs et ne demandent qu’à grandir et devenir responsables.

Illustration complète de la couverture du premier volume de « Jusqu'à ce que nos os pourrissent » par Yae Utsumi
Concernant le graphisme, il n’y a rien de particulier à redire. Le style de Yae Utsumi est classique et chaque case est parfaitement exécutée. Les pages alternent des plans serrés et des plans larges situant l’action avec des décors sommaires, mais là aussi fonctionnels. « Jusqu’à ce que nos os pourrissent » ne va certainement pas gagner le prix du manga le plus original de l’année, mais il est prenant et très bien mis en scène. Là où Yae Utsumi montre tout son potentiel, c’est avec ses pages en couleur, aquarellées, malheureusement rendues en niveau de gris dans cette édition. Pareillement, il est regrettable que les illustrations de couvertures, superbes, soient elles aussi tronquées par rapport au dessin d’origine.

Illustration complète de la couverture du troisième volume de « Jusqu'à ce que nos os pourrissent » par Yae Utsumi
Même si Yae Utsumi avoue que « Jusqu’à ce que nos os pourrissent » est sa première série à suspens, elle est réussie. Le lecteur se laisse embarquer par cette bande de jeunes, véritables Pieds nickelés du meurtre. La qualité du dessin ou de la mise en scène et le côté fan-service assumé fait que l’on accroche rapidement à cette histoire dont on trouve finalement que ses acteurs sont attachants.
Gwenaël JACQUET
« Jusqu’à ce que nos os pourrissent » T1 par Yae Utsumi
Éditions Pika (7,50 €) – ISBN : 978-2811637972
HONE GA KUSARU MADE © Yae UTSUMI / Kodansha Ltd.
















