« The Promised Neverland » T1 par Posuka Demizu et Kaiu Shirai

Avec un tirage initial de 100 000 exemplaires, « The Promised Neverland » est assurément le manga qui bénéficie du meilleur lancement de l’année. Son éditeur, Kazé, croit en ce titre qui a déjà conquis le Japon. Il est indéniable que la série fait les beaux jours du magazine Jump, qui publie déjà les plus gros hits du manga comme « DragonBall », « One piece », ou encore « Naruto ». Ce thriller psychologique et fantastique mettant en scène des enfants touche forcément une corde sensible. Tel Peter Pan qui pensait que son pays, Neverland, était parfait, ces orphelins vont vite comprendre qu’ils ont été bercés de douces illusions.

C’est à l’orphelinat Grace Field House qu’Emma, Norman et Ray vivent en attendant d’être un jour adoptés. Insouciants, ces adolescents rigolent en jouant avec les plus jeunes sous l’oeil bienveillant de celle qu’ils appellent affectueusement Maman. Là bas, ils sont bien traités, ils mangent à leur faim, se cultivent en passant des tests quotidiens et jouent la plupart du temps dehors. Par contre, ils ont pour interdiction de s’aventurer dans la forêt située derrière la barrière entourant l’orphelinat.

Pourtant, le jour où Conny doit partir pour être adoptée, les autres enfants découvrent qu’elle a oublié sa peluche fétiche et décident donc de braver l’interdit en se rendant au portail, où elle doit être prise en charge par sa nouvelle famille. Emma et Norman pensent faire une bonne action et s’imaginent être félicités par leur Maman, qui ne pourrait pas leur tenir rigueur de cette bonne action. Du moins, c’est ce que, naïvement, ils s’imaginent. Sur place, la lumière étant encore allumée, cela veut dire que Conny n’est pas encore partie, mais dans le camion censé emmener l’orpheline, ils ne trouvent que son cadavre, une fleur plantée en plein coeur. Surprenant la conversation de trois monstres démoniaques, ils comprennent qu’ils seront les prochains à être sacrifiés, car cet endroit n’est finalement qu’un élevage de viande humaine pour des êtres qui ne sont visiblement pas humains et qui semblent peupler le monde extérieur. Il est donc impératif de monter un stratagème afin de sauver tous les orphelins. À partir de maintenant, il va donc que falloir ruser et échafauder un plan d’évacuation sans éveiller les soupçons.

Publiée dans le même magazine que l’excellent thriller « Death Note », ces deux séries sont souvent comparées. Suspense, psychologie et monstres sont en effet au menu des deux titres. Néanmoins, « The Promised Neverland » ressemble plus à un « Candy, Candy » flirtant avec l’horreur. En cela, il se rapproche du film de M. Night Shyamalan  : « Le Village ». Bien évidemment, mettre en scène des enfants permet de rajouter de l’empathie, mais également de se rapprocher des lecteurs avec des personnages leur ressemblant. Les trois orphelins principaux sont bien évidemment extrêmement intelligents, même si Emma et Norman aiment également se dépenser physiquement alors que Ray préfère resté le nez fourré dans ses livres.

Le dessin de Posuka Demizu colle parfaitement avec le ton du manga. Tout en rondeur, avec des mouvements amplifiés et une délicatesse subtile, il est parfait pour représenter la douceur et la naïveté des résidents de l’orphelinat. Mais il sait aussi être froid et anguleux pour dessiner à la fois les adultes et les monstres. Une dualité qui s’intègre naturellement au sein d’un monde mélangeant design victorien pour les bâtiments et technologie industrielle pour certaines scènes plus contemporaines. Cette dessinatrice est un peu mystérieuse. Elle est discrète, mais s’est fait une bonne réputation dans la communauté en ligne Pixiv. Un site très prisé en Asie et fréquenté par de nombreux dessinateurs amateurs au style manga qui y trouvent un bon moyen d’exposer leurs illustrations au public. Même si elle n’est pas vraiment une débutante, « The Promised Neverland » est sa première œuvre d’envergure.

Le scénariste Kaiu Shirai est également méconnu. Ancien col blanc, il a longtemps tenté de faire éditer son travail en le proposant à de nombreux éditeurs sans réel succès. Pour « The Promised Neverland », il a néanmoins tenté le pari de rédiger plus de 300 pages de script pour le présenter à différents éditeurs. Takushi Sugita de chez Shueisha l’a encouragé à persévérer et l’a présenté à Posuka Demizu pour réaliser un test. Ce qui aboutira sur un court récit « Popy no Negai » (« Le Souhait de Popy »). Ayant vraiment apprécié de travailler ensemble, ils ont décidé de proposer la série que l’on connaît aujourd’hui, ce que l’équipe de Shonen Jump a finalement accepté. Bien sûr, l’histoire de départ étant assez noire, elle ne correspondait pas vraiment au public jeune et fougueux du magazine. Cependant, les deux auteurs ont eu une grande liberté et finalement peu de choses ont été changées par rapport au script original. Il faut dire que les modèles dont Kaiu Shirai se revendique ne sont autres que Tsugumi Ōba, le scénariste de « Death Note », « Bakuman » et « Platinum End », Yusei Matsui l’auteur de « Majin Tantei Nogami Neuro » et « Assassination Classroom » ou encore Naoki Urasawa qui a réalisé l’excellent thriller « Monster », mais également « Pluto », « 20th Century Boys » et « Billy Bat ».

C’est le scénariste, Kaiu Shirai, qui a lui-même dessiné les illustrations censées être réalisées par les enfants. ça tombe bien, il n'est pas dessinateur.

Malgré sa popularité et des ventes colossales de plus de quatre millions d’exemplaires pour les huit premiers volumes, la série n’avait gagné aucun prix malgré quelques nominations. C’est seulement en janvier 2018 qu’elle a finalement remporté le Shogakukan Manga Award dans la catégorie shonen destiné à récompenser une série s’adressant principalement aux jeunes garçons.

Comme je l’ai déjà mentionné, les éditions Kazé croient en la popularité de la série. Du coup, pour la première édition de ce volume, ils ont fait réaliser une couverture alternative par Benjamin Lacombe. Cet auteur francophone, reconnu pour son talent d’illustrateur d’avant garde a choisi d’illustrer cette série « car elle incite au rêve, à l’évasion et à la liberté ». Bien évidemment, la couverture originale sera également proposée par le biais d’une jaquette réversible . Les lecteurs qui ne trouveraient pas l’illustration du dessinateur français à leur goût pourront donc retourner la jaquette et ainsi profiter de l’illustration de Posuka Demizu. Cette première couverture fait partie d’un projet plus global des éditions Kazé qui ont dédié de demander à des noms reconnus de la bande dessinée d’illustrer certaines de leurs séries qui sortiront avant l’été. Le 16 mai est annoncé « Black Clover » illustré par Patrick Sobral, le 20 juin, c’est « Fire Punch » qui bénéficiera du talent de Didier Tarquin et un peu plus tard dans le mois, « Platinum End » sera illustré par Bernard Yslaire. Pour l’instant, seuls des croquis sont dévoilés pour ces trois prochaines sorties.

Deux ans après le Japon, il est enfin possible de lire cette série en France. Kazé prévoit même de publier les cinq premiers tomes dans le courant de l’année à raison d’un volume tous les deux mois afin de rattraper le retard. Récit à la fois joyeux et cruel, plein de vie, mais aussi de cadavres, « The Promised Neverland » tient au moins une promesse  : savoir mettre en haleine son lectorat au fil des chapitres dont le dénouement est parfois imprévisible. Après avoir refermé ce premier opus, vous aussi vous souhaiterez que les enfants arrivent à sortir de l’orphelinat, mais ce qu’ils risquent de trouver à l’extérieur pourrait être encore pire.

Gwenaël JACQUET

« The Promised Neverland » T1 par Posuka Demizu et Kaiu Shirai
Éditions Kazé (6,79 €) – ISBN : 978-2-82033-223-3

YAKUSOKU NO NEVERLAND © 2016 by Kaiu Shirai, Posuka Demizu/SHUEISHA Inc.

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