« L’Atelier des sorciers » T1 par Kamome Shirahama

On dit qu’il est magique de voir quelqu’un dessiner. C’est surtout un travail qui demande quelque peu de dextérité et de longues heures de formation, afin d’arriver à mettre correctement en image ses idées . Dans le monde imaginé par Kamome Shirahama, il en est de même pour les magiciens qui utilisent une encre spéciale pour dessiner des pentacles permettant d’engendrer des sorts. Bien sûr, un bon sorcier doit être un bon dessinateur et, sans pratique, l’utilisation de la magie peut être dramatique. La jeune Coco, l’héroïne de « L’Atelier des sorciers » l’a malheureusement appris à ses dépens.

Coco est une jeune fille qui vit dans un petit village où sa mère est commerçante. Elle l’aide à la boutique où elle est passée experte dans la coupe des tissus. Sa dextérité fait qu’un sorcier de passage l’a immédiatement remarquée. Pour elle, qui rêve de pouvoir pratiquer la magie depuis son plus jeune âge, cette rencontre est un moment exceptionnel. Malheureusement, elle sait que l’on ne devient pas sorcier, que l’on doit avoir ce don à la naissance. Elle sera fort impressionnée quand le sorcier, qui se présente sous le nom de Kieffrey, proposera d’utiliser sa magie pour réparer le carrosse que deux garnements ont endommagé. Ayant réussi à se faufiler en haut de l’atelier, Coco ne perd pas une miette de la scène. Elle comprend, enfin, que c’est grâce à un dessin que la magie s’opère. Elle commence donc à s’exercer en cachette. Mais le schéma malhabile qu’elle a créé va engendrer des conséquences désastreuses. Elle est sauvée in extremis par Kieffrey qui va la prendre sous son aile, afin de lui apprendre ses secrets dans son école et, peut-être, réaliser son rêve de devenir une grande magicienne.

Si, pour le grand public, tous les mangas se ressemblent, c’est qu’ils ne connaissent pas encore « L’Atelier des sorciers ». Avec un trait majestueux, Kamome Shirahama, donne vie à un univers où se mélangent les enluminures toutes en rondeur de l’art nouveau, la naïveté du design médiéval et la modernité de la mise en scène. Rarement on n’a pu lire un manga avec une mise en page aussi soignée et un trait aussi travaillé. Telles des gravures de Gustave Doré, les dessins sont ombrés par des hachures gracieuses qui donnent souplesse aux personnages et profondeur aux décors. Certaines cases sont même enluminées, telles des affiches de Mucha. Il pourrait paraître présomptueux de comparer une auteure de manga à ces maîtres de l’illustration européenne, pourtant, quand on découvre les productions de Kamome Shirahama, il est aisé de voir qu’elle pourrait bien devenir une référence à son tour. Lecteur de mangas, cet artiste a également fait l’effort de s’intéresser aux productions étrangères qui ont, du coup, nourri son art. Bien sûr, elle cite Moebius dans ses influences, mais également François Schuiten et Juanjo Guarnido. Que de grandes références montrant un éclectisme dans ses goûts artistiques.

Kamome Shirahama a commencé sa carrière au Japon dans le magazine Fellows d’août 2011, avec une histoire courte de 20 pages : « Watashi no Kuro-chan » (« Mon petit noiraud »). Elle mettait en scène une petite fille qui se rend compte que son chat a disparu de son panier. Elle va se mettre à le chercher et sera obligée de le poursuivre à travers la ville dans une course rocambolesque.

Suite à ce coup d’essai, le magazine de l’éditeur Enterbrain, entretemps renommé Hara, va lui proposer de réaliser sa première série longue : « Eniale & Dewiela » (contracté en japonais en « Enidewi »). Histoire burlesque de deux êtres spirituels, ange et démon, qui se chamaillent et provoquent, bien évidemment, catastrophe sur catastrophe. Publiée en 15 chapitres entre 2012 et 2015, la série sera compilée en trois volumes.

Mais ce qui l’a surtout rendu célèbre à travers le monde, ce sont toutes les couvertures qu’elle réalise pour les éditeurs DC et Marvel. Être un auteur spécialisé dans l’illustration chez ces géants américains n’est pas donné à tout le monde. Il faut surtout avoir une patte reconnaissable et un dessin irréprochable.

La jeune dessinatrice, fraîchement diplômée des Beaux-Arts de Tokyo, s’est fait remarquer au Comic Con de New York où, en parfaite inconnue, elle avait pris un stand afin de présenter son travail. L’éditeur Marvel lui a immédiatement proposé de réaliser une couverture alternative pour le vingt-cinquième et ultime numéro de la série « Darth Vader ». Fan de comics et de l’univers de « Star Wars », elle n’a évidemment pas refusé. Depuis, elle a signé des dizaines et dizaines de couvertures pour les plus grands éditeurs américains. Travail qu’elle continue en parallèle de la publication de sa série au Japon.

Pour la sortie de « L’Atelier des sorciers », les éditions Pika ont fait les choses en grand. En premier avec une édition dite collector qui a la particularité d’avoir une couverture différente et bien plus sombre que l’édition régulière (1), quatre pages supplémentaires d’interview croisée de l’auteure avec son éditeur et, surtout, un mini-artbook de 32 pages d’illustrations en couleurs, inédites, ainsi que certains travaux préparatoires de la série commentés par l’auteure. Même si le prix de 10,95 € peut sembler élevé pour un manga au format livre de poche, ces petits ajouts valent réellement le surplus demandé. Ensuite, ce recueil sortant juste avant le Salon du livre de Paris, l’auteur y a été invité à signer une illustration tirée pour l’occasion et offerte par Pika. Une entrevue dessinée sur scène est même prévue le dimanche 18 mars de 12h30 et 13h30. En plus, Pika a édité un marque-page recto verso reprenant l’illustration du premier tome. Celui-ci sera remis à tous les visiteurs sans condition d’achat. Et, enfin, un portfolio des 10 plus belles illustrations de Kamome Shirahama sera vendu sur le stand Pika. Le coffret au format A4 est proposé au tarif très intéressant pour ce genre de produit de 14,95 €. Surtout quand le tirage n’est que de 500 exemplaires et que c’est une exclusivité pour la France.

Un Ex-Libris est même proposé aux premiers acheteurs, à la fois sur le Salon du livre de Paris, mais également chez votre libraire habituel.

Il est indéniable que les dessins de Kamome Shirahama sont un enchantement pour les yeux et sa narration est magique. Normal pour un manga de fantasy se déroulant dans l’univers de la sorcellerie ! La mise en abîme entre la qualité d’exécution d’un trait pour obtenir un sort réussi et le travail de l’auteur est une très bonne trouvaille. Une oeuvre très moderne malgré ses emprunts au grand artiste du début du vingtième siècle.

Gwenaël JACQUET

« L’Atelier des sorciers » T1 par Kamome Shirahama
Éditions Pika (7,50 €) – ISBN : 978-2811638771

(1) L’édition collector du premier volume de « L’Atelier des sorciers » devait présenter une jaquette réversible avec l’illustration de l’édition normale au dos. Ce qui aurait permis aux puristes d’avoir une étagère uniforme avec les tomes à venir à la couverture crème. Malheureusement, une erreur d’impression fait que seule la face foncée a été imprimée, le verso restant blanc. Du coup, les éditions Pika ont trouvé une solution : soit vous achetez cette édition au Salon du livre de Paris sur le stand de l’éditeur, la jaquette de l’édition originale vous sera donnée en prime. Sinon, vous avez jusqu’au 15 avril pour envoyer une photo de votre édition collector avec la preuve d’achat à mypika@pika.fr avec en objet de l’e-mail Édition collector « Atelier des Sorciers » ( indiquez dans votre e-mail : votre nom et prénom & vos coordonnées postales) et la jaquette de l’édition standard vous sera directement envoyée par courrier. Voilà un beau geste pour compenser une erreur d’impression et ne pas retarder la sortie à cause d’un retirage conforme.

TONGARI BOSHI NO ATELIER © Kamome Shirahama / Kodansha Ltd.

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