« Une douce odeur de café » par Naoto Yamakawa

Quoi de plus naturel, quand on a un nom qui finit par kawa, que de vouer un culte au café ! Avec son trait atypique pour un mangaka, Naoto Yamakawa a su créer des récits variés tournant immanquablement autour du plaisir de boire un bon café. Un manga à qui il ne manque que la bonne odeur qui émane de cette boisson chaude. Vous prendrez bien une tasse pour accompagner votre lecture ?

Avec son grand format, son papier épais et sa couverture bristol, « Une douce odeur de café » de Naoto Yamakawa est déjà un manga atypique. Pourtant, c’est le format prestigieux et maintenant habituel de la collection Pika Graphic. Une collection qui, pour le coup, fait plus pense  aux romans graphiques franco-belges, voire anglo-saxons, tant le graphisme de ce dessinateur est singulier et immédiatement reconnaissable. Ses lignes sont épaisses, ses personnages sont typés et leurs visages empruntent leurs traits au cubisme. Les trames sont inexistantes, l’auteur leur préférant les bonnes vieilles hachures à la main, ce qui rappelle plus les gravures d’antan que les publications contemporaines. Pourtant, le style n’est pas vieillot, il est même extrêmement moderne comme le montrent les faits mis en scène dans un environnement plutôt actuel. Élevé aux mangas d’Osamu Tezuka, Yamakawa a repris la construction aux cases parfaitement agencées du maître ainsi que son sens de l’ellipse, donnant une vie supplémentaire en alternant les plans d’ensemble et les plans rapprochés. Il a été à bonne école, c’est indéniable et il a surtout compris l’importance de la narration dans un bon récit. Sous un dessin qui peut paraître enfantin, il développe des sujets bien adultes. Dommage que ce recueil soit son unique travail publié en français.

Naoto Yamakawa l’annonce en préambule d’ « Une douce odeur de café », en plus de ce breuvage chaud, il a une autre passion : Bob Dylan. Le titre de son livre en japonais « Coffee Mô Ippai » (« Encore un café ») fait référence à une célèbre chanson du prix Nobel de littérature 2016 : « One More Cup of Coffee ». Naoto Yamakawa avait quatorze ans en 1967 quand ce morceau est sorti. Du coup, il est regrettable que le titre français ne soit pas la traduction littérale de cette chanson, comme le titre en Japonais pouvait l’être.

C’est peut-être, avec le fait que ce recueil ne présente qu’une fraction de la série originale japonaise en cinq volumes, les seules concessions discutables de l’éditeur. Le reste de la traduction de Sébastien Ludmann reflète bien l’état d’esprit dans lequel se trouvent les protagonistes de chaque récit.

Au Japon, « Coffee Mô Ippai », est une série en cinq volumes.

Ce livre est composé de douze histoires courtes d’une vingtaine de pages en général. Leurs points communs étant simplement qu’elle parle d’une pause café, à un moment ou un autre. Le lecteur va y croiser un dessinateur expliquant pour la seconde fois à un confrère comment réaliser un bon café, un chanteur de rue, un amour rencontré par hasard, un père célibataire, un magicien pickpocket, un consommateur indécis, un homme trempé, un détective, un caricaturiste de rue, un chat, un tonton geek avant l’heure et bien sur : la fille d’à côté. Le tout ponctué, à chaque fois, d’une fin surprenante.

Entre ces histoires, il y a cinq double-pages de réflexions de l’auteur sur sa passion pour le café, sa préparation ou sa vie personnelle. Des petits intermèdes particulièrement bien écrits et dans le même esprit que sont les histoires dessinées.

Bien évidemment, nul besoin d’être un grand consommateur de café pour apprécier ce titre. Il faut par contre avoir un esprit ouvert pour se plonger dans ce roman graphique qui sort de tous les stéréotypes de la bande dessinée, qu’elle soit européenne, américaine ou japonaise. Même si cela ressemble plus à un essai artistique au départ, la profondeur du scénario emporte le lecteur bien plus loin qu’il n’aurait pu l’imaginer. Ces saynètes sont extrêmement calmes et finalement assez touchantes. J’oserais dire qu’elles ont, comme un bon café, une saveur particulière, parfois suave, parfois corsée, mais toujours humaniste.

Depuis 2015, Naoto Yamakawa a commencé une nouvelle série dans la même veine qu'« Une douce odeur de café » : « Chîsa na Kissaten » (« le petit café »). Sans en être réellement une suite, cette série suit le même principe avec une succession d'histoires courtes sur le café. Trois volumes sont déjà publiés au Japon à raison d’un tous les ans.

Gwenaël JACQUET

« Une douce odeur de café » par Naoto Yamakawa
Éditions Pika (18 €) – ISBN : 978-2-8116-3924-2

©2005 Naoto YAMAKAWA/KADOKAWA CORPORATION

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