« Génération Zéro » par Francis Portela, Diego Bernard et Fred Van Lente

Un « volume unique » aux éditions Bliss, cela n’est pas commun, les lecteurs étant d’avantage habitués aux séries haletantes de l’univers Valiant en plusieurs volumes, souvent épais. Cet album recueille pourtant les seuls neuf comics originaux parus entre août 2016 et avril 2017, constituant l’intégrale d’une histoire d’adolescents « psiotiques » un peu à part dans cet univers. Un récit prenant, séduisant, et graphiquement surprenant, qui ne devrait pas en rester là.

L’introduction est très courte : elle tient en deux pages (la 2 et la 10), où l’on nous présente les sept personnages principaux de l’histoire, ces sept jeunes « psiotiques », aux pouvoirs supérieurs, qui ont été kidnappés enfants, pour le projet Rising Spirit afin de servir de munitions à l’armée. Échappés de leur cage, ils ont juré de s’entraider et d’assister ceux dans le besoin. À Rook, petite cité devenue du jour au lendemain la plus high tech du pays par le pouvoir d’un seul homme, géant du web, ceux ci vont intervenir, à l’appel d’une adolescente. Mais leur étrangeté est loin d’être la seule dans cette ville…

Keisha, jeune fille gothique faisant partie de la « tribu » des Cassos (les rejetés) au lycée, est au centre de la prise de contact avec ces fameux super-héros adolescents en cavale, mis en lumière après avoir été à l’origine d’une explosion titanesque à Mexico. Angoissée par la tragique et suspecte disparition de son petit ami Stephen, c’est elle qui va les rencontrer la première, suite à sa requête via le moteur de recherche Babble.

L’occasion se présente lors d’une fête sauvage dans une clairière, organisée par le Keys Club, la tribu des gosses de riches du lycée. Adèle, belle blonde bien propre sur elle, est la fille du magnat de Rook et la meneuse pas très nette de cette tribu. D’abord invitée, Keisha va en fait se servir de ce prétexte pour rejoindre le dernier endroit où son petit ami s’est rendu avant de disparaître. Le début des ennuis…

Francis Portella au dessin

Ce qui frappe tout d’abord dans l’ouverture de cette nouvelle aventure, c’est la description très juste de l’univers des adolescents. Que ce soit au lycée, dans leurs hobbies ou dans l’intimité de leur chambre, et bien que l’on ne puisse trop généraliser, il est impressionnant de réaliser combien l’auteur nous dresse un portrait étonnamment réaliste de la génération adolescente (américaine) d’aujourd’hui. Pour peu que l’on soit parent d’enfants de cet âge, le constat est sans appel. Tout est juste. Le dessin de Francis Portela saute alors aux yeux dans tout ce qu’il a de rondeurs et de charme, adapté à cette description : le dessinateur apprécié de la série « Faith » (et « Timewalker »), déjà associé à la modernité d’une geek mal dans sa peau, colle son style à ce nouveau récit avec talent et pertinence.

À partir du volume 3, et la mise en place de l’équipe de la Génération Zéro, le ton science-fiction est donné : ayant enlevé Adèle afin de pénétrer son esprit, pour y trouver des indices, la fine équipe, à laquelle s’est associée Keisha, va alors vivre des moments étonnants, traités sous forme psychédélique par un dessinateur différent (Derek Charm ici), et ce sera le cas à chaque fois que ce stratagème sera utilisé (le passage dans la fameuse Heroscape). Si ce n’est pas la série « The Archies », cela y ressemble beaucoup et l’effet de style est plutôt réussi. Javier Pulido répétera avec talent le principe dans le numéro 6 dés la page 150, et d’autres assureront des incrustations d’éléments manga (Glauber Matos #7, Fred Benes #7 et #9, Juan Castro et Allison Rodrigues #7 et 9). Quant à Diego Bernard, croisé sur la série « Ninjak », il délivre lui aussi un trait tellement subtil que c’est un régal supplémentaire pour les yeux, tout au long des tomes où il officie sur le continuum « normal », à savoir les 5, 6, 7, 8 et 9.

En bref, on sort de « Génération Zéro » avec le sentiment d’avoir lu un très bon album, passionnant et réjouissant, avec une fin cohérente. Cependant, on y trouve un peu trop de rappels d’autres titres : « Faith » pour le style graphique et sociétal, « X-Men » pour l’aspect équipe de super héros jeunes, voire même « Paper Girls » (de la science-fiction utilisant des passages dans des univers parallèles), « Locke & Key » (l’intrusion dans le cerveau) ou encore la série télévisée « Stranger Things », laissent un fort goût de déjà vu.

Cela restera l’unique remarque négative sur ce très bon recueil malgré tout, l’un des rares albums où la dimension Valiant me semble moins marquée que sur les autres titres de la licence, à part sans doute « Timewalker » du même scénariste, et les délires de « Quantum et Woody ». Recommandé car très divertissant.

Franck GUIGUE (30/40/40 blog)

Le dessin classieux de Diego Bernard

 

« Génération Zéro » par Francis Portela, Diego Bernard, Fred Van Lente et divers.

Éditions Bliss comics (24,50 €) – ISBN : 978-2-37578-024-4

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