La microédition en deuil…

Le nom d’Hervé Drouet vous est peut-être inconnu et pourtant, si vous êtes de ceux qui savourent les albums proposés par la microédition, c’est beaucoup grâce à lui. Fondateur des éditions du Taupinambour, il était aussi le propriétaire de l’imprimerie Graphik. Il nous a quitté le 23 octobre dernier.

L’histoire de Taupinambour débute en 1998, lorsque Bernard Coulange découvre dans un grenier une collection de mini-récits, publiés dès la fin des années 1950 par l’hebdomadaire Spirou.  L’idée lui vient alors de créer un site Internet, bdoubliees.com, qui propose régulièrement les reproductions de ces antiques reliques. La première d’entre-elles, aux scans encore artisanaux, est présentée en octobre 1998. Beaucoup d’autres suivront.

En 2003, Bernard Coulange est contacté par Hervé Drouet, responsable de l’imprimerie Graphik à Soissons, grâce à qui les histoires présentées sur écran vont pouvoir devenir des albums. Notre imprimeur lui confie qu’il a mis au point un système d’impression numérique, qui évite l’offset trop coûteux pour des petits tirages. Il lui est ainsi possible de fabriquer, dans des coûts raisonnables, des albums à la demande et à moins de cent exemplaires. Les premiers ouvrages, à la présentation encore balbutiante (couvertures avec des autocollants) sont proposés en 2005. Au fil des années Hervé Drouet perfectionne sa technique jusqu’à parvenir à publier des albums à la demande proches de ceux de l’édition traditionnelle et à des prix raisonnables.

Dès 2005, il crée sa propre structure éditoriale : les éditions du Taupinambour (pl_tina@yahoo.com), dont le catalogue compte aujourd’hui plus de 1 000 titres. Il se spécialise dans la réédition du fond de l’hebdomadaire Vaillant : « Nasdine Hodja », « Loup Noir », « Le Grêlé 7/13 », « Lynx Blanc », « Tarao », « Teddy Ted », « Arthur le fantôme », « Sam Billie Bill », « Jacques Flash », « Louk »… Ce qui ne l’empêche pas d’éditer également « Alan Ford », « John Parade », « Tony Laflamme », « Fan-Fan et ses amis», « Popeye », « Le Goulag », « Praline », « Ouragan »… et bien d’autres trésors du passé. Son imprimerie continue à imprimer les ouvrages de 28 autres micros éditeurs partenaires tels Pan Pan, Le Coffre à BD, Regards, La Vache qui médite… Un système de vente réunissant l’ensemble de ces éditeurs permet de rendre leurs structures rentables. C’est grâce à son action et à celles d’autres petits éditeurs que les lecteurs d’aujourd’hui peuvent découvrir notre riche patrimoine BD, sans avoir recours à l’achat des magazines anciens. D’autant plus que les éditeurs traditionnels ne sont pas équipés pour commercialiser des oeuvres dont le lectorat se compte en centaines de lecteurs.

Espérons que Topinambour mais aussi Graphik pourront poursuivre leur belle mission malgré la triste disparition d’un artisan imprimeur génial et passionné.

Henri FILIPPINI

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2 réponses à La microédition en deuil…

  1. Franck dit :

    Merci pour cet hommage bienvenu Henri. Il est clair que sans des personnes comme celles citées dans l’article, la plupart de ces bandes dessinées seraient totalement invisibles aujourd’hui. Merci aussi au passage à BDoubliées qui continue de proposer sur son site le dépouillement de nombreuses revues. Un travail indispensable et tellement utile.

  2. Georges S dit :

    Hervé DROUET était un artisan passionné par les Bandes dessinées qu’il avait lues dans sa jeunesse. Il préparait une réédition de BIGGLES pour laquelle nous avions recherché et regroupé bon nombre d’épisodes parus dans rintintin. Il nous avait donné de grands bonheur de relecture (DI MARCO sur NASDINE HODJA, CLAUDE MARIN sur JAY QUEDALL, strange Fantask…) Il nous manque déjà et cet hommage est le bienvenu

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