« Love Baka » T1 par Shushushu Sakurai

Depuis « Bakuman », c’est la mode pour les dessinateurs de parler de leur travail au sein d’un manga relatant leurs conditions de travail. Une mise en abîme plus ou moins réussi selon les titres. Ici, ce n’est pas vraiment la dessinatrice qui est mise en avant, mais son éditeur et son comportement au sein d’une rédaction. Ce manga est comme une petite plongée au cœur de l’édition japonaise, d’un point de vue féminin.

Suzu Sakura n’est pas ce que l »auteure de manga idéale, du moins du point de vue de son éditeur. Toujours en retard, que ce soit dans le rendu de ses planches comme a ses rendez-vous, mal fagotée et essayant de se faire pardonner avec une simple boîte de chocolat,  elle ne sait absolument pas comment organiser sa vie.

Du coup, lorsque son responsable éditorial décide de lui donner son préavis, le monde semble s’écrouler autour d’elle. Pourtant, en découvrant la personne qui a maintenant la charge de s’occuper d’elle, son attitude change du tout au tout. Elle pense même avoir découvert son prince charmant. Il faut dire que le jeune homme présente bien. Malheureusement, ce n’est qu’une façade, car elle surprend l’une de ses conversations téléphoniques où il s’apitoie sur son travail. Il prend sa nomination au sein de cette rédaction féminine comme une sanction, lui qui n’aime pas les shojos mangas. Pire, il a des mots très durs envers la jeune dessinatrice en la qualifiant de folle habillée comme une poubelle. Bref, la collaboration semble mal engagée.

En prenant comme sujet le monde de l’édition, Shushushu Sakurai ne fait pas dans l’originalité. Mais si, au premier abord, son héroïne se montre frivole et peu sûre d’elle, alors que son responsable éditorial passe pour une vraie pourriture, la suite va démontrer que les apparences sont parfois trompeuses. C’est encore assez classique, mais toujours bien amené et franchement rigolo : ce qui va mettre une bonne dose de piments dans l’histoire. Le lecteur découvre ainsi une face souvent méconnue du travail de l’édition de ces mangas qu’il lit tout en suivant les pérégrinations burlesques d’une auteur complètement à coté de ses pompes, même si elle se révèle être un génie qui s’ignore, et un éditeur qui semble perdu dans un aquarium qu’il n’a pas choisi.

L’histoire est pleine de charme et la composition graphique montre bien le côté ingénu de Sakura. La trame narrative fourmillant de rebondissements introduit régulièrement de nouveaux protagonistes qui mettent en exergue une phase de travail spécifique à la création graphique ou l’édition. Toute la chaîne éditoriale est ainsi passée en revue de chapitres en chapitres. Les assistants, les auteurs concurrents, les bureaux de la maison d’édition : toutes ces coulisses sont ici dévoilés entre deux considérations sentimentales de l’auteur. Le tout, agrémenté par des anecdotes croustillantes et soi-disant véridiques, même si romancées, comme il se doit.

Venue du monde du yaoi, on n’attendait pas Shushushu Sakurai sur un sujet aussi frivole. Avec ce titre, elle montre clairement qu’elle sait dévoiler la face cachée, à la fois de son travail, mais également de ses personnages. Sûrement le shojo manga le plus frais et divertissent de la rentrée.

Gwenaël JACQUET

« Love Baka » T1 par Shushushu Sakurai
Éditions Kurokawa (7,65 €) – ISBN : 978-2368524893

Love Come no Baka @ Shushushu Sakurai / Kodansha Ltd.

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