« Elektra renaît à la vie » par Frank Miller : 20 ans pour Panini

Après quelques semaines de pause qui ont fait du bien, il est temps de reprendre la veille via la rubrique « Comic Books ». Le programme est déjà chargé de plein de bonnes choses, et d’autres nouveautés arrivent en rafale. On commence avec une collection qui a déjà fait parler d’elle ces derniers mois et sur laquelle il était difficile de faire l’impasse à BDzoom.

La maison d’édition Panini comics fête ses vingt ans et a décidé, pour l’occasion, de produire une série de rééditions d’albums cultes, toutes époques confondues du catalogue Marvel qu’elle traduit, en demandant à des dessinateurs modernes, européens en majorité, d’illustrer la couverture. Une sorte d’hommage en même temps qu’une idée éditoriale originale. Une première salve comprenant la très attachante illustration de « Spider-man : Un Jour de plus » par Bastien Vivès a donné le ton, tandis qu’une deuxième a paru en juin, et qu’une troisième arrive ce mois d’août. Arrêt sur l’un d’eux…

Dans cet épisode très particulier de Daredevil, il est d’abord question d’une vengeance : celle de Bullseye. Ce tireur d’élite proposant ses services au plus offrant sort juste de prison et n’a qu’une envie : faire payer le Diable de Hell’s Kitchen qui l’a livré à la justice. Sauf que sa théorie basée sur le fait que le héros masqué serait l’avocat Matt Murdock est déjouée par ce dernier.

Il opte alors pour une solution encore plus radicale : le toucher via l’amour que porte l’avocat à la belle Grecque appelée Elektra. Un pari risqué, mais qui va marquer à vie le héros aveugle.

Dans le deuxième récit, beaucoup plus stylisé, Matt Murdock est hanté par (ou hante) le souvenir d’Elektra. Il la voit partout en ville, dans ses rêves, et arrive même à se battre à ses côtés. La secte de Ninjas qu’elle a quittée (la Main) la pourchasse, et de superbe scènes aux constructions anguleuses, dans l’esprit graphique du Batman « Dark Knight Return » sont proposées au fil des pages. Les couleurs jouent sur le froid de l’hiver et la douleur du héros : bleu clairs, rouge pâle, nous faisant quasiment ressentir son manque et son frisson. Où Frank Miller veut-il nous entrainer ? Vers un récit poétique fort, comme à son habitude à la grande époque du début des années quatre-vingt-dix. Une époque bien révolue aujourd’hui.

Une couverture d’Alessandro Barbucci (« Sky Doll », « Ekhö ») sympathique, mais pas franchement dans le ton du récit. Pas grave. La belle surprise de cette réédition se trouve à l’intérieur, puisque l’on constate que ce volume propose l’épisode complet de « Daredevil » # 181 (continuité 1964, mais publié en 1987), et le graphic novel « Elektra Lives Again » de 1990.

En effet, si ces deux albums ont paru respectivement chez Comics USA (collection Super Héros en 1989, sous le titre « La Mort d’Elektra ») pour le premier et, en grand format, sous le titre « Elektra : Le Retour » (1991) pour le second ; à l’époque, « La Mort d’Elektra » avait été délestée de 14 pages (24 au lieu de 38). Un raccourci qui avait dû être dicté, j’imagine, par le choix d’ajouter l’épisode # 191 « Roulette », suite directe de l’histoire, en seconde partie du recueil. Une idée sans doute défendable, mais qui, après coup, lorsque l’on a enfin accès en français à l’épisode complet, fait réfléchir.

Un récit donc incontournable de la maison des idées, bien réédité.

 

Sur le principe général de la collection : la première chose que l’on peut remarquer est que si une telle idée est originale, l’amateur de comics réalise vite qu’une couverture est responsable au moins à 70 % de la réussite d’un fascicule ou d’un TPB, et à plus forte raison lorsqu’il paraît cartonné. Or, à voir en librairie certains tomes, j’ai pour ma part vite compris qu’il allait être difficile d’apprécier tous ces albums. Pourquoi ?

1— Parce que ces couvertures ont beau, pour certaines (« Miss Marvel » par Pénélope Bagieux, « Spider-Man » par Bastien Vivès), être belles ou originales, voire stylées, d’autres (« Punisher », « X-Men »…) ne reflètent que très peu le genre traité à l’intérieur, réalisé la plupart du temps à l’origine par des Américains dont les amateurs aiment suivre le travail.


2— Parce que la plupart de ces albums sont des rééditions de comics cultes et qu’il y a de fortes chances pour qu’on les possède déjà.

On pourra me rétorquer, et sûrement avec raison, que ces albums s’adressent sans doute en priorité à de nouveaux lecteurs, et sûrement à des lecteurs de bande dessinée franco-belge. Mais suffit-il d’une couverture francisée, posée sur un album américain pour en faire un atout à coup sûr ? Pas si évident.

Prenons l’exemple de la couverture de « Punisher »… Il y a de quoi être sceptique, et je n’ai eu pour ma part qu’une envie, qu’un réflexe : ouvrir les pages intérieures pour espérer retrouver, au plus vite, les reproductions des couvertures originales américaines. Ceci afin de comprendre d’où vient le récit (auteurs, date), et de m’en délecter. Et celles-ci étaient présentes, en séparation de chaque chapitre, comme dans chaque volume. Bon point.

En bonus pour tous ces volumes  : une présentation en début d’album du héros et du contexte, une biographie des auteurs originaux, une interview rapide de l’auteur de la couverture, ainsi que sa biographie.

On ne boudera donc pas notre plaisir en appréciant ces albums pour ce qu’ils sont : des rééditions de classiques, agréables à lire, et plutôt bien réalisés, en leur ajoutant un petit « plus » à caractère « collector » : une couverture inédite d’un univers légèrement différent. À chacun, cependant, de choisir celle qu’il préfère.

 

À noter les autres titres de la deuxième salve de juin :

« Wolverine  » (« Je suis Wolverine ») par Frank Miller et Chris Claremont : un récit de 1982 mettant en avant le mutant aux griffes d’Adamantium dans sa première mini série solo. Une histoire d’amour plutôt mélo dramatique et un autre épisode culte. Couverture de Mathieu Lauffray bien dans l’esprit du mutant, avec les éléments typiques d’un récit dynamique exclusivement associé au Japon ayant d’ailleurs servi au scénario du film « Wolverine le combat de l’immortel » de James Mangold, en 2013.

« Daredevil » par John Romita Jr et Frank Miller
Cet album reprend les cinq comics du run « Man Without Fear » paru originellement en 1993 et 1994 et traduit en France par Bethy en 1997 dans un album avec jaquette, à la suite des 2 Top BD de Semic # 35 et 36 en 1994. Sous-titré « Daredevil l’homme sans peur », il s’agit d’un épisode incontournable du célèbre diable d’Hells Kitchen. Il présente l’enfance, l’accident et la transformation du jeune Matt Murdock en Daredevil, par les géniaux Frank Miller et John Romita Jr en grande forme. La couverture, réalisée par Benjamin Lacombe, surtout connu comme illustrateur jeunesse (« Cerise Grillote », Seuil jeunesse 2006), propose une belle peinture naïve de l’accident du jeune Murdock.

« Punisher : Sale Boulot » par Steve Dillon et Garth Ennis
Les cinq épisodes du run « L’Île des damnés » de 2001, publié en France en 2002 chez Marvel France, où notre ancien militaire va déjouer les plans machiavéliques d’un dictateur fou sur une île du Pacifique. Déjanté, et culte aussi. La couverture, réalisée par Joan Sfar, n’est pas vraiment de mon goût, et trop enfantine pour le propos, mais cela reste évidemment subjectif.

Franck GUIGUE

 

 

 

 

 

 « Elektra renaît à la vie » par Frank Miller

Editions Panini comics, collection Panini 20 ans (16 €) — ISBN : 978-2809463842

Galerie

3 réponses à « Elektra renaît à la vie » par Frank Miller : 20 ans pour Panini

  1. Box office Story dit :

    Un très bon article d’une grande pertinence.
    A signaler que Panini est en général destiné aux patrons du CAC 40 pour ceux qui désirent acheter chaque mois la boulimique collection d’albums édités. C’est cher (32 euros pour une intégrale jusqu’à 145 euros pour des coffrets) et rempli de rééditions ( parfois une 5ème édition d’un même contenu). Quant à leurs revues elles sont illisibles (d’ailleurs 99% de Marvel est illisible). Il reste effectivement des perles dans leur catalogue et même si le collectionneur possède déjà toutes ces œuvres il ne fait pas de mal de se pencher sur quelques grands classiques. Merci à vous.

  2. Michel Dartay dit :

    Il me semble qu’il y a eu du progrès depuis la création de panini comics il y a vingt ans, mais cela remonte sans doute à l’arrivée sur le marché d’Urban Comics, qui avec le matériel DC pratique une politique commerciale tout à fait différente. Les livres sont faits pour être vendus et lus, quand ils sont épuisés, ils sont réimprimés à l’identique . Panini multiplie les versions différentes pour ses comics (notamment les couvertures), mais il y a aussi un travail assez incompréhensible au niveau de ses albums. Les fans de Marvel sont parfois complétistes, il ne faut pas abuser de leur générosité….

  3. Franck dit :

    Merci Boxoffice pour les mots gentils. Sur BDzoom, on essaie d’écrire avec le plus de passion possible, et sans trop dire de bêtise. En tous cas, les albums chroniqués ici feront toujours partie de ceux qui m’ont touchés, et sortent du lot, ou bien des classiques incontournables. Pour le reste de la production pléthorique de l’éditeur, dont celle de Marvel, parfois effectivement critiquable sur certains aspects, je laisse le soin à d’autres sites d’en parler. ;-)