« Fire Punch » T1 par Tatsuki Fujimoto

Décidément, c’est la mode du feu en manga cette année ! Après le très enfantin « Fire Force » chez Kana, voici la nouvelle série de Kazé, destinée cette fois-ci à un public mature : « Fire Punch ». Quand les jeunes des années 1980 avaient « Judo Boy » comme série sur le thème de la vengeance, les ados de maintenant ont ce nouveau titre immoral à souhait, mais ne tombant jamais dans le gore et la violence gratuite. Un tout de force avec, cette fois-ci, un héros réellement tout feu tout flamme.

L’histoire débute dans un monde ou le froid éternel règne en maître. Ici, vivent des humains normaux, mais également des « élus » dotés de pouvoirs surnaturels. C’est l’un de ces êtres, la sorcière des glaces, qui a plongé la planète dans une nouvelle ère glaciaire qui ne laisse que désolation et famine derrière elle. D’autres élus ont également des pouvoirs bien différents comme la capacité de régénérer leur corps, tel un lézard, leurs membres peuvent repousser. Si cela se passe de manière instantanée pour le héros (Agni), il faut plus d’une heure pour sa sœur (Luna). Doté d’une force d’abnégation certaine, le jeune homme se sectionne régulièrement un bras, afin de nourrir son peuple. Pourtant, certains préfèrent se laisser dépérir plutôt que de sombrer dans le cannibalisme.

Malheureusement, dans ce monde apocalyptique, c’est la loi du plus fort qui règne et si le village vit assez paisiblement, lorsqu’une milice débarque, ils peuvent difficilement s’opposer au pillage. De maison en maison, les soldats découvrent rapidement des restes humains, ce qui fait de ces habitants des sauvages abjects aux yeux de ce gang pourtant habitué aux pires sévices. Leur chef Dogma décide donc de les condamner et utilise son pouvoir d’élu sur toute la populace présente, pouvoir qui consiste à brûler les corps jusqu’à ce que mort s’ensuive. Malheureusement pour le jeune Agni, sa capacité à se régénérer quasiment instantanément se met en branle. Il ne meurt pas, mais ressent pourtant la morsure du feu dans sa chair. Il passe ainsi huit ans à apprivoiser la douleur engendrée par son corps qui se consume et qui renaît immédiatement. Huit longues années où il ne pense qu’a une chose : survivre pour venger sa petite sœur dont les capacités de régénération trop lentes lui ont heureusement permis ne pas souffrir trop longtemps et d’expier rapidement devant ses yeux.

Seul survivant du massacre perpétré par Dogma, Agni va le traquer pour se venger. C’est dans cette chasse que le lecteur suit les aventures de cet antihéros quasiment immortel, parcourant les steppes glacées. Totalement immoral, ce titre n’est pas vraiment choquant du point de vue graphique, mais du point de vue narratif, l’auteur sait comment exploiter les bas instincts de l’humanité. Sui Ishida, l’auteur de « Tokyo Ghoul » dit même qu’« il vaudrait sans doute mieux que Tatsuki Fujimoto prenne rapidement conscience qu’il est encore bien plus déjanté qu’il ne l’imagine ». Mais si cette vengeance est omniprésente au sein de ce manga, cela démontre également qu’une société qui n’a plus rien à perdre engendre forcément des êtres qui sont prêts à tout pour survivre ; et s’ils ne dominent pas, ils sont forcément dominés. Survivre est ici la règle numéro un, quitte à se rendre coupable d’actes que la morale réprouve : cannibalisme, meurtre, viol, mais aussi zoophilie ou inceste, rien n’est épargné au lecteur.

Visuellement, il n’y a rien d’extrêmement choquant dans ces pages. Les meurtres ne donnent pas lieu à une explosion d’hémoglobine ou les actes sexuels n’offrent pas une exhibition de corps à outrance. C’est de la torture psychologique plus que visuel. Du coup, chaque perversion est encore plus malsaine, puisque traitée de manière réaliste et avec un détachement qui peut faire penser que finalement rien n’est grave.

Prépublié sur internet au Japon, Kazé a décidé de faire la même chose en France comme nous l’évoquions le mois dernier. Fini les magazines de prépublication, c’est maintenant sur la toile que se crée le succès d’un titre. D’ailleurs, l’auteur s’est prêté au jeu et a répondu à ses nombreux fans en leur assurant qu’il avait déjà la conclusion en tête. Il avoue également prendre du plaisir à rajouter une pointe d’humour au fil des pages qui, « paradoxalement, sert de révélateur des horreurs déchaînées par le cataclysme et les survivants de ce monde de glace ». Bien sûr, il réfléchit également à son prochain titre, mais n’a rien dévoilé de plus sur le sujet. Il sait garder une part de suspens, comme dans son manga.

Avec une thématique forte, jouant sur les tabous de l’humanité « Fire Punch » est la nouvelle série phare de Kazé. Loin des thèmes enfantins, ce manga surprend par la vision pessimiste de notre monde, mais Tatsuki Fujimoto n’aurait-il pas fait, tout simplement, une analyse pertinente de ses semblables ? Le second opus sortira le 23 août 2017 et le troisième le 25 octobre.

Gwenaël JACQUET

« Fire Punch «  T1 par Tatsuki Fujimoto
Éditions Kazé (7,99 €) – ISBN : 978-2820328649

FIRE PUNCH © 2016 by Tatsuki Fujimoto/SHUEISHA Inc.  

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