« Weird Detective : sous de mauvaises étoiles » par Guiu Vilanova et Fred Van Lente

Certains albums vous tombent dessus sans crier gare et vous happent, tel le Chtulu venu des étoiles. Cette nouvelle série, inspirée de l’univers de Lovecraft, réussit son tour de chauffe avec un premier tome au charme détonnant.

Sebastian Greene est un inspecteur officiant au sein de la police de New-York. Grand sec taciturne, il est connu comme « Le canadien » par ses collègues. Remarque qui est sensée expliquer son attitude pour le moins étrange. De fait, les cas spéciaux lui sont souvent confiés. Comme ce gars retrouvé complètement vidé de sa substance, dans une piscine.

Mais pas de chance pour lui, aujourd’hui son chef lui met un partenaire dans les pattes, comme s’il en avait besoin. Dana Fayez, jeune inspectrice, va avoir du fil à retordre avec ce drôle de type, qui passe ses soirées à parler avec son chat et possède entre autre le pouvoir de traverser les matières…

Fred Van Lente, remarqué par son passage dans la série « Marvel Zombies » (Tomes 4 à 7, Panini 2009-2011), a surtout fait parler de lui ces derniers mois avec l’incroyable « Archer and Armstrong » (intégrale chez Bliss comics), et « Delinquents » chez le même éditeur. Un ton bien spécial, mêlant amour du polar, de l’horreur et humour vache.

 « Weird Detective » n’échappe pas vraiment à cette formule sulfureuse, même si l’atmosphère est ici encore plus fantastique. Le titre fait bien sur référence aux anciens pulps des années trente, dont le fameux « Weird Tales » et pourrait se traduire par : « L’inspecteur étrange ». Oui, c’est sûr que ce monsieur Greene a quelque chose d’étrange. Rien que son nom pourrait le faire passer pour un petit homme vert, ce qui, dans l’absolu, lui conviendrait pas mal, car il n’est pas franchement d’ici. Sauf…qu’il n’est pas petit du tout.

 Le ton et le dessin de cet album sont résolument adultes. On peut situer ce genre de comics dans la veine des « Blue Estate » (Ankama), « Last Days of American Crime » (Emmanuel Proust éditions), ou encore « Homeland Directive » (Urban comics) et il est curieux de noter que des dessins aux traits fins légèrement encrés sont souvent utilisés sur ce genre de récits. Comme si un style acéré convenait davantage à l’évocation d’ambiances malsaines, étranges, ou dures. Notons au passage la très bonne colorisation de Mauricio Wallace sur les quatre principaux chapitres. Un jeune brésilien dont c’est apparemment la première incursion en album par chez nous. (1)

Ceci dit, je précise tout de suite que les amateurs de Lovecraft et des univers qui en sont issus, peut-être déjà comblés par diverses publications parues ces dernières années (2) pourront sans souci s’attacher à cet album-ci, tant il émane de son style un charme si particulier, à la fois léger, utilisant l’humour, mais aussi sombre par moments, et de fait, très addictif. Le scénario développe une intrigue très bien écrite, ménageant le suspens, et des personnages suffisamment originaux pour que l’on puisse espérer une suite.

 Un nouveau Marlow venu du fond de l’espace vient de débarquer à New York , et ce « Weird Detective » vous tend ses grands tentacules globuleuses. Saurez-vous les saisir ?

Franck GUIGUE

 (1) Mauricio Wallace a déjà quelques autres titres à son actif aux États-unis, dont 12 n° de la série « Magnus Robot Fighter », chez Dynamite avec Fred Van Lente au scénario (2014-2015), ou encore : « Slayer », avec Guiu Vilanova au dessin (tiens!), chez Dark Horse (2017).

 (2) « Neonomicon » et la série « Providence » d’Alan Moore et Jacen Burrows, chez Panini comics, ou les « Lovecraft : quatre classiques de l’horreur » par Ian Cublard chez Akileos, pour n’en citer que trois des plus récents.

« Weird Detective : sous de mauvaises étoiles » par Guiu Vilanova et Fred Van Lente

Editions Akiléos (16 €) – ISBN 9782355743092

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