« La Longue Marche des éléphants » par Nicolas Dumontheuil et Troub’s

C’est à un projet original qu’ont eu la chance de participer les auteurs de cet album, puisque l’occasion leur a été donnée de suivre cette longue marche éléphantesque que Le Centre de conservation de l’éléphant du Laos avait organisée, fin 2015. Au total, un parcours de 500 kilomètres aux côtés de 20 éléphants pour attirer l’attention sur cette espèce en voie de disparition au « royaume du million d’éléphants »…

Deux récits composent l’album : deux visions très particulières de cette équipée peu sauvage et extrêmement lente, qu’on imagine d’emblée à dos d’éléphant, ce qui n’est pas le cas. Le groupe qui accompagne le troupeau marche à ses côtés et va ainsi atteindre la capitale Luang Prabang où sont prévues les célébrations du 20e anniversaire du classement de la ville au patrimoine de l’UNESCO (c’était en décembre 2015).

Alors que Troub’s évoque, dans la seconde partie, le travail que réalise le Centre de conservation créé en 2011, Dumontheuil, lui, est chargé des deux mois de l’itinéraire destiné à sensibiliser la population sur la disparition progressive des éléphants : on en comptait 40 000 il y a un siècle et seulement 1 000 aujourd’hui ! Pourtant, le Laos est intimement lié à la bête incontournable autrefois dans les villages, mais devenue bête de somme exploitée à outrance dans les chantiers de bûcheronnage, martyrisée également par des cornacs de moins en moins expérimentés : le métier de cornac, ceci expliquant cela, n’a plus la même aura qu’autrefois. De l’aristocratie d’antan, le cornac n’appartient plus, désormais, qu’à la classe des travailleurs agricoles surexploités.

Nicolas par son sens du portrait donne beaucoup de vie aux accompagnants en tous genres et réussit le pari de ne pas ennuyer le lecteur avec la répétition des éléphants, présents presque sur chaque case. Il agrémente de dialogues nourris de détails pittoresques et « portraiture » efficacement les rues villageoises, les maisons sur pilotis, les abords de rivières, les paysages forestiers… jusqu’à cette scène incroyable où Rambo le roi de la forêt danse la salsa !

De son côté, Troubs présente donc le Centre de conservation situé à Sayaboury, au sud-ouest du Laos, où l’on tente notamment de réhabituer l’éléphant à la vie sauvage. On en apprend plus encore du métier de cornac, ces « dépositaires d’un savoir ancestral » mis à mal par l’industrie du bois qui sacrifie sans compter des territoires autrefois recouverts de forêts. Comparaison est faite avec le sort de l’éléphant africain et de la nécessité de tout faire pour sauver le peuple éléphant. Troub’s s’intéresse tout particulièrement à ses comportements : grondements sourds, couinements, façons de se renifler, attouchements de la trompe…, tout un langage sophistiqué et fascinant qui soude les membres de la communauté animale fondée sur les femelles.

Moins anecdotiques et savoureuses que les planches de Dumontheuil, les pages de Troubs apportent ainsi des compléments nécessaires à la bonne compréhension de cette « longue marche », que 4 pages d’informations supplémentaires complètent utilement.

Alors, bon voyage…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook)

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« La Longue Marche des éléphants » par Nicolas Dumontheuil et Troubs

Éditions Futuropolis (18 €) – ISBN : 978-2-7548-2256-5

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